
The Quiet Girl
Réalisateur : Colm Bairéad
Genre : Drame
Acteurs et actrices : Carrie Crowley, Andrew Bennett, Catherine Clinch
Nationalité : Irlande
Projeté dans le cadre du BRIFF 2026
Nommé aux Oscars dans la catégorie du meilleur film international, The Quiet Girl de Colm Bairéad (adapté de la nouvelle Foster de Claire Keegan) est sorti dans les salles belges en mai 2023. Comme tous les ans, le BRIFF met à l’honneur le cinéma d’un pays européen pour un focus autour de trois films. Puisque c’est l’Irlande qui a été choisie, l’occasion était parfaite de projeter à nouveau ce drame sublime sur l’enfance, la famille et le deuil, le tout en gaélique irlandais.
Tout commence avec une petite fille. Elle s’appelle Cáit, elle n’a pas encore dix ans et elle est, comme le suggère le titre du film, silencieuse (« quiet »). À l’école, elle est seule et jugée par ses camarades de classe. À la maison, son environnement est étroit et sombre, l’attention de ses parents peinant à l’envelopper, elle et ses sœurs. A l’été 1981, elle est envoyée vivre chez un couple, membres de sa famille éloignée. La situation ne devrait durer que deux mois, le temps pour ses parents de se concentrer sur le bébé à naître. Dans sa nouvelle demeure aux abords d’une ferme, Cáit va découvrir ce qu’est réellement être aimée.
Parce que c’est là tout le sujet du film, qui arrive par ailleurs à transmettre cet amour par des gestes pourtant perçus comme simples. Brosser ses cheveux, lui offrir un biscuit, regarder la télé avec elle, … Toutes ces actions de la part du couple qui l’accueille témoignent de quelque chose qui lui manquaient. La mise en scène, par les angles de caméra et le montage, traduit une chose forte et importante : le temps. Le temps que ces deux adultes lui donnent et qu’ils passent avec elle. En comparaison, elle n’est vue que rarement dans le même plan que ses parents biologiques, trahissant de manière à la fois subtile et viscérale le manque d’implication de ceux-ci dans sa vie. En adéquation avec son titre, The Quiet Girl n’est pas très verbeux. Tout tient à des scènes du quotidien, avec de longs silences où les dialogues ne sont jamais là pour les remplir. Plutôt, chaque phrase prononcée permet de tisser des liens et de faire avancer ou reculer les relations entre les personnages.
En montrant Cáit immergée dans le soin et l’amour de presqu’inconnus, Colm Bairéad questionne le concept de famille, encore très ancré dans les liens du sang en Irlande à l’époque. Sa position est claire avant même le dévoilement de la fin – que certain·es pourraient qualifier de tire-larmes – mais il n’empêche que la forme est si maîtrisée, sublime et conductrice de l’intérieur de sa protagoniste que le film ne saurait perdre en intérêt. Sans parler de la beauté de la campagne irlandaise se dévoilant sous nos yeux. The Quiet Girl réussit donc à émouvoir par l’authenticité de l’amour qu’une petite fille reçoit de manière aussi saine, porté par l’interprétation magnifique de Catherine Clinch. Le cast adulte est également très bon, dont les personnages, et surtout ceux du couple accueillant une enfant, sont profondément humains. Il s’agit donc d’une histoire où nous suivons des personnes plutôt que de réelles péripéties. Un récit de vie sur quelques mois, réussi brillamment par son réalisateur.
