[BIFFF 2022 : Jour 4] Focus sur le cinéma ougandais, un remake coréen, un peepshow nocturne et une pépite du BIFFF

Once upon a time in Uganda : un studio de cinéma au milieu d’un bidonville

Depuis quelques années, le monde a pu découvrir un nouvel épicentre du cinéma : Wakaliwood, un studio de bric et de broc créé par Isaac Nabwana au milieu du bidonville de Wakaliga, quartier de Kampala, la capitale de l’Ouganda. A force de passion, lui et les gens du coin ont réussi à produire pour une bouchée de pain, des films de série B violents et grandguignolesques qui ont fait qu’il a été surnommé le Tarantino de l’Ouganda. Très vite, ces films dépassent les frontières grâce entre autre à YouTube. C’est là que le documentaire commence, avec l’arrivée d’Alan Hofmanis, un newyorkais déçu par la vie qui décide de tout plaquer pour rejoindre Isaac dans l’aventure. En plus de jouer dans les films le blanc qui se fait tabasser par les locaux, il s’occupe aussi de diffuser les films à l’étranger dans une plus grande échelle. Le monde entier découvre alors le travail colossal effectué dans ce bidonville et une flopée de médias en font leur une (CNN, Playboy, SoFilm, Esquire, etc.).

Cette aventure extraordinaire est passionnante est retranscrite à merveille dans le documentaire de Cathryne Czubek qui axe son histoire sur la bromance entre Isaac et Alan et les difficultés de garder intact cette amitié malgré le succès et leurs différences. En cela, le docu est parfois à la limite du fictionnel mais sert à merveille son sujet et le sublime. Il y avait peu de de monde dans la salle, horaire difficile oblige ? Vous ne savez pas ce que vous venez de rater … L.S.

Blast : vive la mobilité douce

Non contents de nous pourrir un vendredi par mois et de nous culpabiliser plus qu’une nuit passée avec une ex, les eco-terroristes d’Extinction Rebellion sont passés à l’étape supérieure. Cette fois, ils s’en prennent à une famille de démineurs. Alors non, pas le jeu Démineur sur Windows, ça n’aurait aucun sens. Non non, ils ne travaillent pas tous dans une mine. Ah, deux d’entre eux sont en effet mineurs mais ça n’a aucun intérêt dans cette chronique. Bref, nos Ivanhoé version quinoa et trottinette ont décidé de mettre une bombe sous la voiture de Sonia alors qu’elle s’apprête à amener ses gosses à l’aquaponey. Et ça nous donne tout de suite un huis-clos dans une voiture. Remarquez que nos activistes de chez Wish marquent un point. Saviez-vous par exemple que 100% des attaques à la voiture piégée impliquaient une voiture ? Des chiffres glaçants. En même temps, essayez de caser une bombe sous une trottinette. Ça marche directement beaucoup moins bien. Et on s’en fout si dans le film les terroristes sont Ukrainiens. L’auteur de cette chronique a clairement choisi la fake news comme outil de travail et compte bien s’y tenir.

Non content d’être Français, ce qui est déjà un défaut qui justifie tous les outrages, le réalisateur Vanya Peirani-Vignes nous a même confié avant le film avoir enfermé son actrice principale (Nora Arnezeder) dans une voiture pendant deux heures avant le tournage pour la préparer au film. Et avec cette anecdote, j’ai officiellement écoulé tout ce qu’il y avait d’intéressant à dire sur ce Blast. Alors oui, le concept du film est intéressant et arrive à nous tenir en haleine pendant la première demi-heure. Mais passé ce cap, on commence à s’ennuyer et les twists du scénario sont aussi prévisibles qu’une faciale dans un porno. Sur ce, je dois vous laisser, faut que j’aille faire des freins à main dans mon quartier en Hummer. Bisous. O.E.

Nightride : Plaisir solitaire

Le réalisateur Stephen Fingleton nous avait prévenu : son film se déguste d’une traite, comme une Troll. Normal me direz-vous puisqu’il s’agit en fait d’un seul plan séquence de plus d’1h30 dont l’immense majorité se déroule dans une voiture. De quoi, encore une fois, fâcher les militants écolos responsables déjà d’avoir posé une bombe dans la chronique précédente. Mais la provocation de Nightride ne pouvait pas passer inaperçue. Un gars qui se balade pendant 1h30 en voiture juste pour tourner en rond et appeler ses potes, c’est pour donner un infarctus à Greta Thunberg. Pourtant, le pauvre Budge n’avait qu’un seul rêve : régler un deal de cocaïne à 200.000 boules pour prendre sa retraite et ouvrir un garage avec son pote. Et qui peut l’en blâmer ? Comment ça illégal ? Passons.

Si techniquement ce Nightride impressionne, il se repose un peu trop vite sur ses lauriers et sur son concept, certes novateur, mais qui ne tient qu’un temps. Et après un moment, les appels à répétition passés par le héro du film, peu ou prou le seul qu’on verra à l’écran durant 1h30, pour organiser son petit business finissent par lasser. Alors c’est vrai, l’expérience immersive offerte par le film vaut largement la peine d’être vécue. Cependant, on reste un peu sur notre faim. La preuve, comme dans la chronique précédente, qu’une bonne idée originale est une magnifique rampe de lancement mais qu’elle ne permet pas de tenir tout un film. O.E.

Let the Wrong One In : Daddy Dracula

Faut que j’la morde pendant qu’ses parents sont pas là. Couleur vermeille elle m’appelle Daddy Dracula ! Pour tous les boomers, demandez à vos gosses ou à vos petits cousins plus d’informations pour avoir la ref. Sous son titre de film porno, ce Let the Wrong One In est un film tout simplement taillé pour le BIFFF. Et on était prévenu puisque le bougre Conor McMahon n’en est pas à son galop d’essai sur notre terre sainte. Mais oui, vous vous rappelez Stitches passé au BIFFF en 2013 ? Un clown zombie revenu pour défoncer les sales gosses qui avaient causé sa mort ? Voilà ! Eh bien ce LTWOI suit totalement la lignée de son prédécesseur. Avec un humour potache, des gags sanguinolents et des personnages dignes d’une version irlandaise de New Kids Turbo, le succès ne pouvait qu’être au rendez-vous. Il faut dire que LTWOI, c’est le genre de film qui n’est jamais aussi bon qu’au BIFFF. Une réalisation qui vous donne une expérience inoubliable dans le meilleur festival du monde avec un Ciné 2 plein à craquer et un public aussi survolté qu’Amber Heard prête à poser une pêche sur son lit. Par contre, dans le monde normal, il est probable que vos amis vous en veuillent longtemps pour les avoir tannés pendant des jours tout ça dans le but de leur faire voir ce film boiteux. C’est la magie du BIFFF. Un univers parallèle totalement dérangé qui change la perception de notre réalité.

Pour le moment, on s’en tiendra donc à remercier chaleureusement Conor McMahon pour cette petite perle de beauferie sanguinolente et à souhaiter qu’il nous revienne très vite avec d’autres réalisations aussi barrées parce que nous, on en redemande. O.E.

 

Confession : C’est pas ce que vous croivez !

Adaptation coréenne du très apprécié The invisible guest, présenté au BIFFF en 2017, Confession, du réalisateur Jong-seok Yoon possède toutes les cartes en main pour mettre à rude épreuve les nerfs des spectateurs de cette quarantième édition du célèbre festival bruxellois.

Accusé d’un crime dont toutes les preuves pointent vers sa personne, Min-ho, joué par So Ji-sub n’a qu’une nuit pour convaincre Shin-ae, interprétée par Yun-jin Kim – qui reprend le rôle de Raquel Murillo dans l’adaptation coréenne de La Casa de Papel – célèbre avocate et star des prétoires qu’il est innocent. Il aura dès lors fort à faire alors qu’on l’a retrouvé seul sur la scène de crime, la victime à ses pieds, fenêtres et portes fermées de l’intérieur.

Confession n’est pas le genre de thriller qui utilise des effets de manche pour tenir le spectateur en haleine, il n’en a pas besoin. Il instille plutôt le doute, obligeant chacun à garder son attention jusqu’à la dernière scène pour comprendre ce qui se trame. Ainsi, au fur et à mesure de la nuit, les versions de Min-ho évoluent, au gré des questions et suggestions proposées par son avocate, à tel point que l’on se demande qui détient réellement la vérité dans toute cette affaire.

Un doute qui se reporte également sur la distribution des rôles. Qui est le personnage principal ? Qui mène la danse ? L’accusé ou son avocate ? Car à force de mentir, on commence à ne plus savoir qui dirige la partition. Et d’ailleurs ne sont-ils pas les marionnettes d’un acteur resté dans l’ombre ?

Porté par un casting convaincant – les rôles féminins surpassant selon moi leurs alter ego masculins –  Confession est un agréable thriller qui aime surprendre le spectateur en l’obligeant à remettre en cause en permanence ce qu’il pense avoir compris sur l’affaire en cours. Si, habitué aux retournements de situation, on s’attendait à un dénouement moins conventionnel, on ne peut néanmoins que conseiller le film à tous ceux qui privilégient les parcours sinueux aux longues lignes droites. V.P.

 

Midnight Peepshow : La passe de quatre

Je veux dire. Midnight Peepshow. Tout est dit non ? C’est donc un public averti qui venait à cette première séance de 00h30 du BIFFF 2022. Et heureusement qu’il l’était. Parce que ce Midnight Peepshow n’est pas à mettre dans toutes les mains. Alors non, ce n’est pas le film le plus gore qu’on ait vu au BIFFF, c’est sûr. Mais on atteint tout de même un niveau intéressant de sadisme et de brutalité à certains moments. Surtout durant la scène finale. No spoiler mais apprêtez-vous à en perdre la tête. Ok spoiler.

Réalisé par Anthony Hayles, Jake West, Andy Edwards et Ludovica Musumeci, le film suit les traces d’un site internet particulièrement dérangé sur le dark web qui s’intitule Black Rabbit. Entre un home invasion qui vide les bourses, un remake de Saw en version porno sadique et une version de Pretty Woman vue par Lars Von Trier, cette anthologie empeste la violence, le sexe et le sang. Une violence frontale qui va rester plutôt modérée jusqu’à la scène finale qui réjouira les plus barbares/dérangés d’entre nous.

Alors oui, on savait un peu à quoi s’attendre avec Midnight Peepshow mais le film ne restera pas non plus dans les annales du BIFFF, que ce soit en positif ou en négatif. Porté par une esthétique bien maîtrisée et un casting excellent, il réussit à nous tenir en haleine mais n’apporte rien de nouveau au genre et se contente surtout d’étaler des clichés réalisés presqu’à la perfection. Les différents réalisateurs qui se sont frottés au projet ont pris leur pied en faisant ce film et ça se voit directement à l’écran. Reste à savoir ce que cela dit de leur santé mentale et de la nôtre. Et de ce côté-là, rien de réjouissant à l’horizon. Bon je vous laisse, faut que j’aille dégommer des bébés phoques à coups de club de golf. O.E.

A propos Olivier Eggermont 100 Articles
Journaliste du Suricate Magazine