[BIFFF 2019 : Jour 6] Zombies et sorcières, what else ?

Rampant : les zombies dans l’Histoire

Marier un film historique avec un film de zombies, c’est le pari réussi réalisé par Sung-hoon Kim dans son nouveau film Rampant, que les spectateurs du BIFFF ont eu l’occasion de voir hier.

Rampant se déroule en Corée du sud à l’époque Joseon. Les temps sont troublés à la cour du roi de Joseon. Le prince héritier désire des changements pour le peuple tandis que le ministre de la guerre, lassé de la domination des Qing s’apprête à prendre les armes. Aidé dans son entreprise par des marchands hollandais, celui-ci rapporte bien plus que des mousquets dans le palais du roi. Un homme aux yeux globuleux, aux dents aiguisées et en quête de viande fraiche fait également partie du voyage.

Plusieurs éléments font sortir Rampant du lot des films de zombies traditionnels. Premièrement, le film est tourné avec toute la rigueur d’un film historique. Même si certains codes scénaristiques peuvent échapper aux spectateurs occidentaux, visuellement le film est particulièrement réussi et les scènes d’action sont de la trempe de ce que nous a habitué le cinéma asiatique ces dernières années.

Ensuite, l’humour est également présent grâce au duo formé par le prince Lee Chung et son aide de camp. Lee Chung est un épicurien qui ne pense qu’à profiter des plaisirs de la vie, mais telle sa bonne conscience, son fidèle compagnon lui distille en permanence des conseils de bienséance et autres paroles philosophiques, même lorsque des hordes de zombies les attaquent.

Pour ceux qui sont lassés de voir toujours les mêmes scènes de zombies attaquant le supermarché du coin, qui aiment les films en costumes et les scènes de combats qui défient la gravité, Rampant est un film qui vous fera passer un excellent moment, ponctué de rires et de cris, et qui vous donnera envie d’en connaître plus sur le cinéma coréen. V.P.

Assassination Nation : Who run the world ? 

N’en déplaise aux partisans du monde patriarcal, voici certainement le film le plus féministe du BIFFF. Et, ça ne s’invente pas, il traite d’une chasse aux sorcières à Salem à notre époque. Mais plus les sorcières avec un chapeau pointu et un balai comme dans la BD Mélusine. Cette fois, celles qui vont subir l’inquisition en pleine gueule sont un groupe de jeunes filles populaires de l’école. Pourquoi? Eh bien parce qu’il faut bien quelques agneaux sacrificiels pour satisfaire les moutons de Panurge.

Critique frontale de notre société dans laquelle l’image fait l’homme (ou la femme), cet Assassination Nation nous dépeint également les travers d’une société américaine puritaine et à l’hypocrisie révoltante. Tout cela avec un réalisme glaçant. Alors oui, c’est devenu un peu cliché de taper sur notre mode de vie actuel et ses dérives bien visibles. Beaucoup de films le font mais tous n’atteignent pas le talent de Assassination Nation. De l’hyperconnectivité permanente à l’imposition de façade de la pensée unique seule maîtresse de notre société, tout y passe. Mais le tout dépeint avec une justesse crue et sans faux-semblants moralisateurs. Après un final qui ferait passer les Pussy Riot pour un groupe de lecture tout droit sorti de Desperate Housewife, le film ressort comme une catharsis intelligente mais néanmoins pleine d’humour et de recul de la société américaine actuelle. Avec son rythme soutenu (qui nous a fait directement penser à Tragedy Girls présent l’an dernier) et son climax qui se met en place doucement mais sûrement jusqu’à une scène finale explosive, cet Assassination Nation allie le fond et la forme pour une production très réussie. Mais pas assez de tetjes (eh oui, il fallait bien une blague de beauf macho pour finir cette chronique). O.E.

Olivier Eggermont et Vincent Penninckx

Vincent Penninckx
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Journaliste du Suricate Magazine