De Laura Moreno
Avec Célestine Brassine, Lucile Marmignon, Blanche Delhausse, Lila Leloup
Du 26 mai au 6 juin 2026
Au Théâtre de la Vie
Le spectacle parle de ça : fais pas ci, fais pas ça, pas comme ça, ne touche pas, ne crie pas, ne cours pas, ne mange pas, arrête ça, donne, laisse, crache, à genoux, sans bouger, sans respirer, meurs, meurs, meurs. Bien Fermer Le Robinet Merci parle des corps pétris d’interdictions depuis l’enfance et questionne les droits que les adultes se sont octroyés sur eux. Il parle en particulier du corps des filles*, rendu inoffensif et utilisable pour d’autres, et hors d’usage pour lui-même. Il parle de transmission, de la mère à la fille*, de ce corps impraticable, anémié, impuissant. Mais ce n’est pas l’histoire d’une douleur. C’est l’histoire d’une BOMBE.
* par « femmes » ou « filles », les personnes que les structures de pouvoir dominantes cherchent à définir comme femmes ou filles ; cela implique une série de comportements réservés et imposés à cette catégorie de personnes.
Le Théâtre de la Vie ferme la saison avec une pièce à son image : déjantée, engagée et contemporaine. Comme de nombreuses fois sur cette saison également, une équipe féminine pour mener à bout de bras un projet ambitieux : critiquer l’apprentissage de la docilité et son effet sur le corps. Combat important certes, mais pas sans rire. Une place particulière est donnée à l’humour, un choix évident pour Laura Moreno qui y voit une « [mise] à distance nécessaire pour que la violence soit reconnue et comprise ». La violence et l’humour, voilà deux mots stratégiques pour décrire Bien Fermer Le Robinet Merci. En effet, si le public se noie en larmes de rire tout du long, c’est bien devant des corps qui se tordent pour tenter d’exprimer un danger plus grand : la docilité. Grand thème de la pièce, la docilité est un processus, ici présenté en huit tableaux représentant le cycle de la vie d’une femme. Entre scènes empruntes d’improvisation et images muettes, le spectacle oscille entre dynamisme corporel et image presque figée de la mère, figure parfaite du corps éduqué (interprétée par Lila Leloup).
Le travail d’improvisation transparait et nourrit l’âme de la pièce. La retranscription de ces scènes plus cocasses les unes des autres, crée la folie du spectacle. Sur scène, Célestine Brassine, Lucile Marmignon et Blanche Delhausse (accompagnées par les instruments de Camille Huguenin) nous entrainent dans un exercice d’écoute minutieux, duquel chaque blague devient rire collectif. Le jeu est fluide, communicatif, mais certaines situations, si drôles soient-elles, gagneraient à être condensées. Le comique de répétition, oui, mais nous ce qu’on a préféré, c’est la critique à répétition ; ce moment où la pièce tirant légèrement en longueur vient questionner autre chose, donnant au rire le goût d’une vérité qui dérange. Pensé et construit comme une bombe, Bien Fermer Le Robinet Merci est l’aboutissement d’un grand questionnement. Mise en scène modeste, la force du spectacle puise dans les corps et le second degré. La docilité, il fallait y penser, Laura Moreno l’a fait et on salue la créativité de toute l’équipe. On tient à préciser que ne pas être une femme n’est pas une excuse pour ne pas assister à la représentation.
