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    Balto de Simon Wells : au mauvais endroit, au mauvais moment

    Il y a 30 ans, lors de la deuxième semaine de juillet 1996, sort le film d’animation Balto réalisé par Simon Wells et produit par Amblimation, le département dédié d’Amblin Entertainment, la société de production de Steven Spielberg. Mais avec un tel pedigree, comment le film a-t-il pu être un échec au box-office ? 

    Logo d’Amblimation

    Comme on vient de l’évoquer, Amblimation est une branche de la boîte de prod’ de Spielberg dédiée à l’animation. Après avoir produit Fievel et le Nouveau Monde de Don Bluth, Steven pense qu’il est intéressant de développer un studio autour de ce succès et de capitaliser sur le succès de Fievel (Fievel sera d’ailleurs la mascotte du studio et apparaît dans le logo) en lui donnant une suite et en développant une série pour la télévision. 

    Qui veut la peau de Roger Rabbit ? de Robert Zemeckis

    Cependant, des divergences artistiques avec Don Bluth le font quitter le projet dès le début et la licence Fievel est exploitée sans lui. Ce qui n’est peut-être pas le meilleur démarrage pour ce nouveau studio. Malgré tout, Phil Nibbelink, un ancien de chez Disney qui a bossé entre autres sur Rox et Rouky est engagé. Il est accompagné par Simon Wells (qui a la particularité d’être l’arrière-petit-fils d’H.G. Wells, l’auteur de science-fiction dont il adaptera  en 2002, avec plus ou moins de succès, un de ses romans les plus connus : La machine à explorer le temps) . Les deux gars s’étaient fait remarquer par Spielberg grâce à leur travail sur Qui veut la peau de Roger Rabbit sorti à la fin des années 80. 

    Les Quatre Dinosaures et le Cirque magique

    Sans surprise, le film et la série, se déroulant dans le Far West, rencontrent un joli succès, le public voulant continuer à voir les aventures de Fievel. Mais il est vite temps de passer à un autre projet. Et les deux compères sont envoyés sur le développement du long-métrage suivant : Les Quatre Dinosaures et le Cirque magique, une histoire de dinosaures devant servir de pendant plus enfantin à Jurassic Park qui sort au même moment. Mais après le travail préparatoire, ils sont envoyés sur le développement d’une adaptation de Cats de T.S. Eliot et les frères Dick et Ralph Zondag sont engagés pour finir le film. Mais au bout d’un moment, Cats est abandonné et ils retournent aider les deux frères sur Les Quatre Dinosaures. Au vu du nombre de personnes sur le projet, Simon Wells se permet alors de partir sur un autre projet : Balto. Mais la tâche ne sera pas aisée car, suite à l’échec des Quatre Dinosaures, Balto devra être réalisé avec de grosses restrictions budgétaires. 

    Le véritable Balto et son maître Gunnar Kaasen

    L’idée de Balto vient, à la base, de la scénariste Elana Lesser, qui avait entendu de son grand-père, l’histoire de Balto, le chien de tête d’un traîneau qui avait acheminé jusqu’à une petite ville d’Alaska, un sérum contre la diphtérie, afin d’endiguer l’épidémie qui avait déjà emporté plusieurs enfants. Le transport par des traîneaux tirés par des chiens fut privilégié suite aux mauvaises conditions climatiques empêchant tout autre moyen d’acheminer ce sérum. Elle y voit une bonne histoire pour un film d’animation et elle signe un scénario avec son mari, Cliff Ruby, lui aussi scénariste, et le propose à Amblin. Les dirigeants valident le projet et l’envoient à Simon Wells et Phil Nibbelink qui acceptent de travailler sur cette histoire. 

    Rox et Rouky

    Mais Steven Spielberg, bien qu’intéressé par l’histoire, a peur que le film manque de couleurs. Wells et Nibbelink doivent alors lui montrer leurs premières études prouvant que le film ne sera pas juste un film représentant des chiens noirs et blancs sur fond de paysage enneigé. Le projet peut alors commencer mais sera finalement supervisé par Simon Wells seul. Nibbelink, malgré son expertise canine (on le rappelle, il a travaillé sur Rox et Rouky quand il était chez Disney), se consacre plutôt à son travail sur les Quatre Dinosaures mais adjoint à Wells, un de ses anciens collègues, Jeffrey J. Varab, lui aussi ancien animateur sur Rox et Rouky. Afin d’entraîner au maximum les animateurs, des travaux sont réalisés sur une dizaine d’huskies et certains membres de l’équipe sont aussi envoyés en Finlande afin d’étudier les traîneaux à chiens. 

    Jungle Jack des studios A. Film A/S

    Malgré le sérieux du travail de tout le monde, le film est soumis à des contraintes budgétaires et des décisions difficiles doivent être prises : il faut parfois choisir entre les empreintes de pas et les ombres ; il faut parfois utiliser d’autres méthodes de peinture autres que celles habituellement employées pour les films d’animation ; ou encore l’animation secondaire est sous-traitée auprès d’un studio danois, A. Film A/S, qui a acquis une certaine réputation pour Jungle Jack, un film d’animation vite devenu culte au Danemark. 

    Kevin Bacon dans La rivière sauvage de Curtis Hanson (1994)

    Au même moment, il faut aussi trouver le bon casting pour les voix. Si au départ, l’acteur de second rôle Kevin Anderson est envisagé pour le rôle de Balto, le studio réclame à Simon Wells, quelqu’un de plus connu. Et c’est Kevin Bacon qui est choisi. Un choix audacieux tant l’acteur est surtout connu pour des rôles de méchants mais ce choix a pu aussi être motivé par le fait que Bacon tournait au même moment Apollo 13 pour Universal, le studio qui collabore avec Amblin. A l’inverse, pour le rôle de Steele, le chien arrogant et ennemi de Balto, c’est d’abord Brendan Fraser qui est choisi, faisant du personnage une sorte de jeune sportif arrogant. Mais Steven Spielberg souhaitait mettre en avant le côté mauvais du personnage et le rôle est allé à un comédien spécialisé dans le doublage, Jim Cummings. Un dernier changement de casting a aussi été effectué pour le personnage féminin principal. L’actrice expérimentée en doublage, Jennifer Blanc, est remplacée par Bridget Fonda qui doit aussi améliorer le potentiel de célébrité du casting. Deux autres vedettes rejoindront aussi l’aventure. Tout d’abord, Bob Hoskins, qui a déjà travaillé avec Spielberg sur Roger Rabbit et Hook, se charge de doubler Boris, l’oie et amie de Balto. Le second est une surprise, car c’est le chanteur Phil Collins qui fait ses premiers pas dans le doublage en interprétant les deux ours polaires Muk et Luk. 

    Malgré toute la bonne volonté et le travail accompli par toute l’équipe, à la sortie, c’est la douche froide. La presse ne déteste pas, loue les bonnes intentions de cette chouette histoire mais trouve le film quelque peu banal et mièvre. Mais surtout, elle trouve le film très en dessous de ses concurrents au niveau de l’animation. Et sur ce point, elle n’a pas vraiment tort : à la même époque Disney a déjà sorti Le Roi Lion et est sorti, la même année que Balto, Pocahontas. Mais ce qui va vraiment faire de l’ombre à Balto, c’est la sortie de Toy Story, le film d’animation de Pixar dont le succès et la technique ont vite fait de ringardiser les productions d’Amblimation.

    Logo de DreamWorks Animation

    Ce nouvel échec sonne le glas pour Amblimation. D’autant plus qu’entre-temps, Steven Spielberg a fondé un studio multimédia avec le producteur David Geffen et l’ancien haut cadre de Disney, Jeffrey Katzenberg. Et afin de concurrencer Disney et sa collaboration avec Pixar, il est décidé aussi de créer un département animation au studio. Spielberg décide alors de fermer Amblimation et de transférer les animateurs vers DreamWorks Animation pour travailler sur leur premier projet : Le Prince d’Egypte qui sera d’ailleurs coréalisé par Simon Wells en compagnie de Brenda Chapman et Steve Hickner. Un autre projet dont le développement était en cours chez Amblimation est aussi transféré du côté de DreamWorks Animation. Une adaptation d’un roman de William Steig relatant les aventures d’un ogre vert appelé… Shrek ! Le film, sorti en 2001, aura un succès énorme et deviendra la franchise à succès du studio. 

    L’aventure de Balto n’était pourtant pas tout à fait finie. Si la sortie au cinéma a été un échec retentissant, le film a très bien fonctionné en vidéo, surtout auprès des plus jeunes. Universal qui détient alors les droits de distribution décident de continuer l’aventure de son côté et sortira deux suites aux aventures de Balto mais directement en vidéo. Si le second, sorti en 2002, se vend plutôt bien, le troisième qui sort en 2004 n’atteint pas des chiffres à la hauteur des attentes du studio et un quatrième opus, pourtant déjà prévu, est annulé et met fin à la franchise. 

    Toy Story

    La réussite en vidéo de Balto peut être expliquée que ce média ne condamne pas directement un film fait au mauvais endroit et sorti au mauvais moment. Pour le cinéma, Balto était un échec prévisible. Amblimation n’a jamais réussi à capitaliser en dehors du succès de la franchise Fievel, qui avait déjà été développée sans le talent de son créateur original, Don Bluth, parti pour divergences artistiques. Quand le travail de Balto commence, Amblimation est déjà en difficulté et des restrictions budgétaires sont imposées. Alors comment rivaliser avec la qualité des films d’animation de l’époque chez Disney, comme Le Roi Lion ou Pocahontas ? Et c’était sans compter avec le révolutionnaire Toy Story qui a tout raflé au box-office. Mais tout n’était pas à jeter dans Balto qui reste un joli dessin animé, certes un peu ringard dans son animation ou son humour, mais qui a trouvé son public, souvent très jeune, en vidéo. Il est d’ailleurs devenu culte grâce surtout à ce jeune public qui a grandi et l’a transmis ensuite à leurs enfants.

    Loïc Smars
    Loïc Smarshttp://www.lesuricate.org
    Fondateur, rédacteur en chef et responsable scènes du Suricate Magazine

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