
Backrooms
Réalisateur : Kane Parsons
Genres : Epouvante-horreur, Science-Fiction
Acteurs et actrices : Chiwetel Ejiofor, Renate Reinsve, Mark Duplass
Nationalité : USA
Date de sortie : 17 juin 2026
Après s’être emparé d’une légende urbaine d’internet pour en faire une série de courts-métrages à succès sur YouTube, le vidéaste Kane Parsons, âgé de vingt ans seulement, se voit confier la réalisation de son premier long métrage afin d’étendre cet univers singulier. Le portail vers les backrooms est désormais ouvert, nous laissant explorer à notre guise ces espaces dits « liminaux », souvent dépouillés et à l’allure aussi inquiétante qu’étrangement familière. C’est un pari réussi pour cette creepypasta tombée dans le mainstream et désormais estampillée du logo des studios A24, pour notre plus grand plaisir autant que pour notre plus grande angoisse.
Clark (Chiwetel Ejiofor), architecte raté et alcoolique, découvre dans le sous-sol de son magasin de meubles un portail menant aux backrooms, un dédale chaotique de pièces aux murs jaunâtres peuplé d’entités mystérieuses et dangereuses. Lorsqu’il tente de partager cette trouvaille avec sa thérapeute (Renate Reinsve), celle-ci reste sceptique tout en se montrant soucieuse face à un Clark démuni et hagard. Quand son patient lui confie son intention de partir dans les backrooms sans jamais en revenir, la docteure n’a d’autre choix que de franchir à son tour le seuil de cette autre dimension, où elle devra affronter ses propres démons.
Avec un tel dispositif, Kane Parsons disposait d’un champ infini de possibilités scénaristiques. Alors pourquoi avoir choisi cette histoire plutôt qu’une autre ? La question importe finalement assez peu, tant le film semble vouloir nous faire parcourir cet univers inexplicable plutôt qu’à le rationaliser. C’est avec un rythme lent et contemplatif que nous déambulons dans ces couloirs, au son bourdonnant des néons et des synthétiseurs ; l’univers sonore volontairement désorganisé épousant la mise en scène. Et à vrai dire, on s’y sent aussi bien que nerveux dans ces « arrière-salles » que dans le monde extérieur, qui nous rappellerait presque ces vidéos Instagram prétendant que la lumière était plus éclatante dans notre enfance. C’est d’ailleurs dans une version assez fantasmée des années 90 que Parsons plante son décor et, même s’il s’agit d’une décennie qu’il n’a pas connue, force est de constater qu’il tient le spectateur autant par l’effroi que par la nostalgie.
Lesdites entités n’apparaissent que brièvement, la menace semblant surtout intime, intérieure, propre à des personnages confrontés à leurs traumatismes dans une forme de mauvaise lecture de leur réalité. Pourtant, Parsons ne cède pas entièrement aux codes de l’« elevated horror » : le réalisateur ne cherche pas à expliciter toutes les règles de son arène et laisse subsister une part d’ambiguité, qui n’est pas pour nous déplaire et contribue à entretenir un certain trouble. Quelques scènes en found footage, à l’image de la séquence d’ouverture au grain VHS, viennent à la fois compléter et perturber une image parfois trop lisse et maîtrisée, tout en faisant écho à l’esthétique de la websérie originelle et en satisfaisant les fans de la première heure.
L’actrice Renate Reinsve (Julie (en 12 chapitres), Sentimental Value) semble s’épanouir elle aussi dans ces espaces liminaux autant que dans le genre horrifique, peut-être la promesse d’une nouvelle scream queen. Et même si son personnage demeure encore opaque, on se surprend à espérer une ou plusieurs suites, notamment pour voir d’autres protagonistes déambuler dans les backrooms et développer une trame autour d’Async, cette organisation composée de personnes en combinaisons de protection chargées d’étudier le mystère de cette autre dimension.
Si le film ne sort qu’en juin dans les salles francophones, Kane Parsons semble déjà avoir conquis le box-office américain, au même titre qu’un autre très jeune réalisateur, Curry Barker, avec son très réussi Obsession (2026). L’horreur est donc plus que jamais au goût du jour. Place à la nouvelle génération.
