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    [Avignon OFF 2025] Découverte des spectacles de Freddie Tougaux et Elodie Arnould

    Hein ! de Freddie Tougaux à L’autre Carnot

    Il y a 14 ans, la Belgique est sans gouvernement et Freddy fait son apparition sur YouTube avec une vidéo qui suscite moult réactions positives. Dans cette vidéo, le personnage se dessine déjà, l’autodérision présente et cette absurdité bien belge qui est de renommée mondiale et qui nous fait rayonner loin. Depuis, le personnage a fait son bonhomme de chemin, avec deux premiers spectacles. Nous voici donc avec son troisième spectacle Hein. Hein, ça veut dire tellement ; ça veut dire répète, ça veut dire quoi, ça veut dire tu rigoles là. Pour Freddy Tougaux, Hein est un moyen de nous dire à quel point le monde actuel le déroute.

    Il y a des spectacles qui ne trouvent pas leur public, pour Freddy Tougaux, le public était au rendez-vous, il se peut cependant que moi, j’ai loupé le coche, sûrement que je ne suis pas le public cible. Je serai presque le public ciblé par ce spectacle qui raconte la vision d’un homme perdu dans tout ce vacarme antiraciste, féministe et j’en passe et qui tente par l’humour et le détachement (et les jeux de mots) de dealer avec tout ça. On sent qu’il n’y a pas de malice, il n’y a que le regard un peu maladroit de Freddy Tougaux, bon belge et fier de l’être, qui nous parle de la société telle qu’il la voit et qu’il la vit. Sur scène, il a une présence tranquille, c’est à la bonne franquette. Le public du jour rit et réagit, assez peu selon les dires de Freddy à qui j’ai posé une ou deux questions après le spectacle. Notamment sur le rapport qu’il entretient avec le public d’Avignon.

    Il nous dit que le Festival d’Avignon est un véritable ascenseur émotionnel, certains jours sont fantastiques d’autres sont comme des petits coups de poings dans l’estomac. Il poursuit en appuyant l’idée qu’il faut venir se confronter au festival quand on est suffisamment costaud, sans quoi le festival peut se transformer en épreuve. Dans ce court échange, ce qui ressort, c’est que Freddy est passionné par son métier et qu’il la met au service du public ; adapter ses blagues par exemple au public français à qui la grande aventure du tram à Liège ne dirait rien ou encore et surtout, garder la face même quand l’énergie en face n’y est pas, même quand la salle est à moitié pleine, même quand les rires ne fusent pas.
    Hein ne s’adresse pas à toutes les générations, Freddy Tougaux incarne un personnage tout autant touchant qu’à côté de la plaque, foncez le voir si vous aussi vous vous sentez un peu perdu et que vous avez besoin de ne pas vous sentir seul dans cette société qui évolue.

    Elodie Arnould en rodage à La Scala Provence

    Après ce voyage belge, direction La Scala Provence pour le rodage du troisième spectacle d’Élodie Arnould. Très active sur les réseaux sociaux, notamment sur Instagram, c’est sûrement là que vous avez dû la voir. Peut-être avez-vous même tapé sur Google “Élodie Arnould est-elle plus petite qu’un enfant” sans avoir la réponse. Si c’est le cas, venez voir le rodage, vous aurez la réponse et bien plus encore. Ce rodage est l’occasion pour Élodie Arnould de nous parler de tout ce qui concerne de près ou de loin sa famille, c’est-à-dire : sa deuxième grossesse, la manière dont elle éduque positivement ces enfants et son chéri, ses parents. Élodie est de cette génération qui choisit de faire autrement et qui au lieu de poser un voile pudique sur ses émotions et ses réflexions préfèrent les amener sur scène et nous faire rire avec.

    Première chose à mettre en avant, c’est à quel point Élodie Arnould rayonne sur scène, elle est pétillante et solaire. Tout en simplicité, elle arrive avec ses notes, son GSM, sa gourde et son sourire. On sait que le moment qu’on passera avec elle sera sans chichi et cela fait partie du rodage : venir tester ses blagues, rebondir, annoncer en direct que “celle-là, je ne la garde pas, je pense” ou mieux assister à la naissance d’une blague. Assister à un rodage, c’est s’assurer que nous assistons à une représentation unique, car entre les blocs qui sauteront, les trous de mémoire, les retours en arrière et les réflexions en direct, la représentation ne fera qu’évoluer. Ce tour de rodage est prometteur, on apprécie le dynamisme d’Élodie qui déploie délicieusement bien ses différents personnages. On aime le regard tendrement moqueur qu’elle porte sur son père et son chéri qu’elle imite au moyen d’une grosse voix virile ce qui par simple effet de contraste avec sa carrure fait mouche. Les autres personnages, non en reste, complètent la galerie familiale.

    Quant au contenu, il n’y a pas de tabou, elle parle de sa péridurale, de ses flatulences (vivement que vous découvriez cette partie, vraiment), de ses tentatives de jeu de rôle avec son chéri pour épicer leur vie de couple ou encore du décès de son père. Il ne s’agit pas d’aborder un sujet en particulier, il s’agit d’aborder tous les sujets de sa vie de mère et de femme. Elle parvient à exploiter des sujets centraux tels que le racisme et le sexisme qu’elle a pu vivre en tant que femme racisée sans qu’on ait l’impression que ce soit le sujet principal, tout simplement en parlant d’elle. C’est une réussite complète et c’est avec hâte qu’on attend le bijou final.

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