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    [Ardent’ludik Festival] Interview de Gianni La Rocca, créateur du premier festival de jeux à Liège

    Le week-end des 7 et 8 mars 2026, Liège accueillera la toute première édition d’un festival entièrement consacré aux jeux de société : l’Ardent’Ludik Festival. Organisé au Manège Fonck, l’événement s’adresse à toutes et tous — familles, joueuses et joueurs chevronnés ou simples curieux — et proposera une plongée dans l’univers du jeu sous toutes ses formes : jeux de plateau, jeux de rôle, jeux d’ambiance, jeux de cartes, figurines, animations, concours, tombola et bien d’autres surprises. Le tout avec une entrée gratuite.

    Derrière cette initiative inédite se trouve l’ASBL Art’Dente Ludik, une association liégeoise qui souhaite promouvoir le jeu de société comme un véritable objet culturel, vecteur de rencontres et de partage. Parmi ses fondateurs : Gianni La Rocca, comédien et metteur en scène liégeois, qui en assure la présidence, aux côtés de Maxime Daenen et Raphaël Thion.

    Nous sommes partis à la rencontre de Gianni La Rocca pour qu’il nous raconte la genèse du projet, sa vision et ce que le public peut attendre de cette première édition de l’Ardent’Ludik Festival.

    Bonjour. Pour commencer, pouvez-vous vous présenter en quelques mots et nous dire votre lien avec le jeu ?

    G.L.R. : Bonjour, je suis Gianni La Rocca. Je suis comédien de formation, diplômé de l’ESACT (École Supérieure d’Acteurs et d’Actrices) il y a une dizaine d’années. Depuis, je travaille comme comédien sur des spectacles et des films mais j’anime également des formations et des ateliers pour des enfants, des adolescents et des adultes.

    Je suis tombé dans le monde du jeu de société il y a 7 ou 8 ans. J’ai découvert cet univers incroyable grâce au club Objectif Jeux. J’y suis allé un jeudi soir, un peu par curiosité, et on a joué à cinq à Terraforming Mars. La partie a duré 5 ou 6 heures — c’était long — mais c’était tellement génial que, dès le lendemain, je suis allé acheter le jeu à la boutique L’Autre Monde. C’est comme ça que tout a commencé. Aujourd’hui, j’ai environ 400 jeux à la maison. C’est devenu une vraie passion, au même titre que le théâtre.

    Pourriez-vous nous expliquer ce qui vous a donné l’envie de créer le tout premier festival dédié aux jeux de société à Liège ?

    G.L.R. : Ça faisait plusieurs années que je me disais : « C’est quand même dommage qu’il n’y ait rien à Liège. » On voit plein de festivals en France, dans d’autres villes… et ici, rien. Ça me travaillait vraiment. Je me disais : « C’est fou que personne ne se lance. »

    Un jour, je buvais un verre avec Maxime, qui est aujourd’hui mon partenaire sur le festival. Le lendemain, je partais pour un autre événement — je pense que c’était le Brussels Games Festival — et il m’a demandé : « Pourquoi tu vas si loin pour jouer ? » Je lui ai répondu : « Parce qu’on n’a rien à Liège. » Et là, il m’a dit : « Alors il faut que quelqu’un le fasse. Pourquoi pas toi ? »

    Au début, je n’y croyais pas du tout. Je me disais que je n’étais personne dans le monde du jeu et que je n’avais jamais organisé ce type d’événement. Mais Maxime, lui, avait déjà de l’expérience, notamment avec le FIFCL (Festival International du Film de Comédie de Liège). Il m’a proposé qu’on le fasse ensemble. L’idée a fait son chemin… et on a fini par se lancer.

    Très vite, on s’est rendu compte qu’à deux, ce serait compliqué. J’étais membre du club Objectif Jeux, donc j’ai commencé à en parler autour de moi. J’en ai discuté avec Raphaël, avec qui j’avais déjà joué plusieurs parties, et il en a parlé à Laurence. Tous les deux ont accepté de rejoindre l’aventure. C’est comme ça qu’est née l’ASBL Art’Dente Ludik, qui a d’ailleurs fêté son premier anniversaire le 1er janvier 2026.

    D’où vient le nom de l’ASBL Art’Dente Ludik ?

    G.L.R. : Le nom reflète assez bien ce qu’on voulait faire. Comme je viens du milieu artistique, je tenais à ce qu’il y ait le mot « art », parce qu’on s’est toujours dit qu’on pourrait toucher à d’autres domaines que le seul jeu de société. « Ardent », évidemment, c’est un clin d’œil à Liège, à la Cité ardente, à son côté festif. Et « Ludik », parce que tout ce qu’on fait, on veut que ça reste ludique, accessible et amusant pour les gens.

    Elodie Clément et Théo Rivière, deux auteurs de jeux, parraineront ce premier festival. Comment s’est déroulée votre première rencontre ? Pourquoi souhaitiez-vous collaborer avec eux lors de ce premier festival ?

    G.L.R. : Il n’y a pas vraiment eu de rencontre officielle. Lors d’une réunion, l’idée d’avoir un parrain et une marraine pour cette première édition est venue assez naturellement. Comme on voulait un festival familial, ouvert aussi bien aux enfants qu’aux joueurs plus aguerris, les noms d’Élodie Clément et de Théo Rivière se sont imposés assez vite.

    Je les avais vus une fois au festival Ludinord l’année précédente, lors d’une conférence où ils parlaient de leur parcours. Je les avais trouvés hyper accessibles, très à l’aise avec le public. Je n’avais pas osé leur parler à ce moment-là parce qu’il y avait beaucoup de monde, mais dans ma tête, c’était clair : si on devait avoir un parrain et une marraine, ce serait eux.

    Je leur ai donc envoyé un message un peu au culot sur Messenger. Ils m’ont répondu très gentiment, en me disant que ça les touchait beaucoup, mais que c’était la semaine juste après Cannes et qu’ils devaient vérifier leurs disponibilités.

    Avec l’équipe, on a eu envie de marquer le coup : on a créé une vraie carte de « parrain-marraine » qu’on leur a envoyée par la poste, avec la photo que vous pouvez voir sur l’événement, où ils nous font un petit cœur. Je me souviens très bien : je revenais du Festival de Vichy Pro avec Geoffrey de L’Autre Monde quand j’ai reçu un vocal de deux minutes de Théo qui disait que c’était trop chou et qu’ils acceptaient avec plaisir. Là, on s’est dit : c’est parti !

    Que feront-ils plus particulièrement au festival ?

    G.L.R. : Ils vont être partout ! Dès le départ, on voulait poser les bases d’un festival qui s’inscrive dans la durée. Donc on a décidé de mettre en place, dès la première édition, tout ce qu’on aimerait voir revenir chaque année : le parrain-marraine, la Game Jam, la zone prototypes…

    Élodie et Théo ont accepté de coacher les créateurs pendant la Game Jam. Les auteurs auront entre 10h et 18h pour imaginer un jeu, et ils passeront donner des conseils tout au long de la journée. Le lendemain, ils feront aussi partie du jury pour tester les six prototypes finalistes.

    Ils participeront également aux conférences. Élodie proposera notamment une conférence sur la place des femmes dans le monde du jeu de société : un état des lieux et des pistes de réflexion. Théo et Élodie prendront aussi part à une table ronde avec Boris de Rue du Jeu autour de la question des émotions dans les jeux, notamment via la scénographie.

    Il y aura aussi un tournoi de Sea Salt & Paper, et Théo remettra le prix au gagnant. Les jeux Oh My Socks ! et Dixit Kids seront présentés pendant le festival, ce qui permettra aussi d’organiser des séances de dédicaces. On est particulièrement heureux d’accueillir Dixit Kids, sur lequel ils ont travaillé tous les deux et qui est sorti en janvier 2026.

    Une zone prototypes sera également présente lors de ce festival. Pourriez-vous nous en parler un peu plus ?

    G.L.R. : Oui, la zone prototypes est devenue presque incontournable dans les festivals et conventions. On en voit au Brussels Games Festival, au Festival Folenjeux, ou même à l’IRV ici à Liège depuis plusieurs années.

    Comme on avait l’espace nécessaire, on a décidé d’en faire une aussi. On ne s’attendait pas à recevoir autant de candidatures dès la première édition, surtout qu’on est encore nouveaux dans le milieu. Il existe déjà des concours très prestigieux, comme celui de Boulogne-Billancourt, donc on ne savait pas trop à quoi s’attendre. Finalement, dès l’annonce publiée, plusieurs auteurs se sont inscrits.

    On est d’ailleurs très heureux de compter parmi eux des auteurs liégeois comme Gael Brennenraedts et Simon Garzaniti. En parallèle du festival, un collectif s’est créé en août 2025 : LIDJ (Liège Invente Des Jeux). On se réunit régulièrement au B3 lors des soirées « Club Gaming » pour échanger sur nos projets et tester nos prototypes. Pour l’instant, on est 7 ou 8, mais on espère que le groupe va grandir. Et qui sait ? Peut-être que dans quelques mois, un jeu issu du LIDJ trouvera un éditeur.

    Pour vous, quels seront les signes que ce premier festival sera une réussite ?

    G.L.R. : C’est une très bonne question ! Déjà, que les gens soient au rendez-vous. On a réussi à rassembler pas mal d’éditeurs, d’associations, à mettre en place différentes zones — dont une zone prototypes, une Game Jam, des tables rondes… Il y aura vraiment beaucoup de choses à faire pendant le festival. Donc évidemment, on espère que les festivaliers viendront en nombre. On estime pouvoir accueillir environ 2 000 personnes. C’est une projection qu’on a faite en regardant les autres festivals de la région, en tenant compte du fait qu’on est sur deux jours et qu’on organise aussi une nocturne le samedi, de 20h à 3h du matin.

    Sur le plan financier, l’objectif serait au minimum d’atteindre l’équilibre. Ce serait l’idéal pour pouvoir lancer une deuxième édition dans de bonnes conditions.

    Mais au-delà des chiffres, ce qu’on veut surtout, c’est voir les gens s’amuser et partager. Voir des amis jouer ensemble, des familles autour d’une table, des enfants avec leurs grands-parents. On a envie de voir des sourires, d’entendre des rires un peu partout dans la salle. Si on vit ça, alors oui, on pourra dire que le festival est réussi.

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