Après la guerre, la fadeur du film à sujet

Après la guerre

d’Annarita Zambrano

Drame

Avec Giuseppe Battiston, Charlotte Cétaire, Barbora Bobulova, Fabrizio Ferracane, Jean-Marc Barr

Sorti le 21 mars 2018

Présenté dans la section Un Certain Regard lors du dernier Festival de Cannes, le premier long métrage de l’italienne Annarita Zambrano sort donc en salles auréolé de cette sélection, laquelle conférerait presque immédiatement de l’intérêt à un premier film dont on ne sait forcément pas grand-chose de l’auteur. Cette coproduction franco-italienne, « film à sujet » à la mise en scène plus qu’effacée – voire absente – n’en est, à l’arrivée, que plus décevante.

À Bologne en 2002, tandis qu’une crise fait rage concernant une nouvelle loi travail, un juge est assassiné à la sortie d’une réunion à l’Université. Le suspectant d’avoir commandité l’assassinat, l’Italie demande alors l’extradition de Marco, ancien militant d’extrême gauche réfugié en France, et jusque-là protégé par la Doctrine Mitterrand – laquelle régulait le fait que les anciens terroristes réfugiés en France ne soient pas extradés. Marco est alors contraint de prendre la fuite et de se cacher avec sa fille Viola, 16 ans, dont la vie bascule dès lors malgré elle. Dans un même temps, en Italie, la famille de Marco est également très impactée par les événements.

Comme si le genre du film à sujet impliquait forcément de ne pas accorder beaucoup d’importance à la forme, Annarita Zambrano semble avoir choisi d’épurer celle-ci au maximum. Mais ici, « épure » n’est pas synonyme de « radicalité », loin de là. Arborant une esthétique de téléfilm didactique, Après la guerre a des allures de film à débats que l’on inclurait dans une soirée thématique ou dans le cadre d’une projection scolaire, mais il est difficile d’y voir du « cinéma » à proprement parler.

En dehors de cet habillage peu attrayant, le film pâtit également d’une incapacité de choisir entre deux points de vue, entre deux tons. Car, à côté de l’aspect politique du récit – faisant intervenir des problématiques difficiles à cerner dans leur globalité si l’on n’est pas familier avec l’histoire récente de l’Italie –, celui-ci s’attarde également sur les désidératas de la fille de Marco, personnage d’adolescente tel qu’aime à le représenter le cinéma français, dont les déambulations paresseuses et les caprices boudeurs sont globalement sans intérêt.

Thibaut Grégoire
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Journaliste du Suricate Magazine