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    Anna Maria Maiolino : Et de ses doigts, elle construit le monde

    Anna Maria Maiolino se (re)présente par une forme déchirée, sur la couverture de ce livre consacré à l’exposition je suis là/estou aqui, qui se tient au musée national Picasso-Paris du 14 juin au 21 septembre 2025. On pourrait y voir un cheval ou un autre type d’animal. On pourrait aussi y décerner les contours d’un pays avec ses frontières délimitées par la matière même, cernées de blanc et de noir. C’est une œuvre parmi d’autres qui constitue sa collection.

    Maiolino est une femme née en 1942 en Italie, en Calabre. Les premières années furent difficiles, la nourriture avait du mal à se trouver sur la table pour nourrir cette grande famille. Elle se souvient pourtant de moments joyeux. Ce qui n’empêcha pas la smala à prendre le bateau en direction du Venezuela, où Anna vivra jusqu’à ses 18 ans. Ensuite, elle s’en ira, de nouveau accompagnée de ses frères et sœurs et parents, au Brésil. Suite à la dictature militaire, elle partira vivre avec son mari à New York, avant de revenir s’installer pour de bon au Brésil (avec quelques aller-retours en Argentine), sans son homme.

    Maiolino est une femme déracinée, qui toute sa vie aura cherché à comprendre d’où elle venait et qui elle était. Et elle continue à le faire, à 83 ans, d’où le titre de son exposition. Elle qui ne se sentait ni vraiment italienne, ni brésilienne, ni européenne, ni latino-américaine, aura mis toute une vie à découvrir son identité, à la forger. C’est de cela que son art parle, de la vie faite de souvenirs, de langages, de gestes qu’on cherche à dire, performer.

    Anna Maria Maiolino a déjà plus de 60 ans de carrière. Elle se sera essayé à tout type de matériau : le dessin, les mots, l’argile, le plâtre, la photo, la vidéo, la performance, etc. Ce qui l’intéresse, c’est de travailler la matière, que la matière ressorte du résultat final. L’œuvre est œuvre par les éléments qui la constituent, il ne faut pas nier ou lisser ce qui la composent. Il faut mettre en avant non seulement la matière mais aussi les gestes qui l’ont modelée.

    Ce livre présente des compositions graphiques et une série de textes, produits par l’artiste ou sur l’artiste, tous traduits en anglais, ainsi qu’une chronologie de sa vie. En feuilletant l’ouvrage, et comme le fait remarquer Andrea Viliani, on réalise que c’est une œuvre multiforme qui doit être vue et envisagée dans sa dimension tridimensionnelle. Pourtant, il n’est présenté qu’une photo du lieu d’exposition. Et nous aurions gagné fortement à ce qu’on visualise mieux ces productions plastiques, formelles, si elles n’occupaient pas toute la page, en gros plan, mais qu’elles étaient replacées dans l’espace. La bidimensionnalité du livre vient rabattre toute tentative de communication entre ces différents formats et matériaux.

    Si nous en savons plus sur Maiolino et son œuvre variée, abstraite, qui se joue des lignes et des bouches, qui prétend couper sa langue en protestant contre la dictature et marche sur des œufs, on reste un peu de marbre malgré l’apport théorique apporté. S’il est évoqué que l’artiste est féministe, cette force politique n’est pas explicitée dans l’ouvrage, si ce n’est en mentionnant Donna Haraway en note de bas de page. Les textes détaillant l’œuvre de Maiolino, très pointus, limitent la compréhension plus qu’ils cherchent à se rendre accessibles. Ils intellectualisent une démarche basée sur des gestes et de la matérialité, même si la dite démarche est compliquée à décrire, il est vrai. L’artiste elle-même ne semble parler de son œuvre qu’en ne s’adressant aux personnes initiées à l’art contemporain exclusivement.

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    Titre : Anna Maria MaiolinoAuteur.ice : CollectifEditions : FlammarionDate de parution : 25 juin 2025Genre : Livre d'art Anna Maria Maiolino se (re)présente par une forme déchirée, sur la couverture de ce livre consacré à l’exposition je suis là/estou aqui, qui se tient au musée national Picasso-Paris du 14...Anna Maria Maiolino : Et de ses doigts, elle construit le monde