More

    [Anima 2026] Allah n’est pas obligé, l’innocence tachée de sang

    Birahima aurait pu être un enfant insouciant, pas plus canaille qu’un autre, s’il n’était pas né en Côte d’Ivoire. Si sa mère qui marchait sur les fesses après avoir vu la maladie emporter ses jambes, n’était pas morte. Et surtout si la guerre n’existait pas. Mais voilà, Birahima qui n’a plus de famille dans son village de Togobala est envoyé chez sa tante au Liberia, puis dans le Sierra Leone. De toute façon, qu’importe l’endroit, c’est l’enfer partout. Birahima dresse un portrait funeste de cette partie de l’Afrique méridionale, contaminée par la violence.

    Malgré la souffrance qui pave sa route, Birahima peut compter sur la présence d’un drôle d’allié. Qui aurait pu parier sur la loyauté de Yacouba, connu dans tout le continent pour être un féticheur maître gri-gri et un multiplicateur de billets peu scrupuleux ? Et pourtant… De togobala au Sierra, ce duo improbable va faire front contre les différentes milices armées, s’unissant à elle quand c’est nécessaire. Allah n’est pas obligé ne désigne pas une histoire de foi ou d’absolution. C’est la malheureuse fable de l’enfant-soldat, beaucoup trop connue dans certains pays, et qu’on préfère ignorer dans les autres.

    Birahima se retrouve donc contraint de prendre les armes pour défendre des causes qu’un enfant ne devrait pas comprendre. Mais Birahima n’est pas n’importe quel marmot. Souvent félicité pour son courage, il est déterminé, voire imprudent. Et pour ne pas se laisser faire, il manie les armes aussi bien que les mots. Birahima possède quatre dictionnaires pour être capable d’exprimer le plus précisément et le plus poétiquement possible toute la merditude de son existence.

    L’importance de la langue est d’ailleurs l’une des forces du film. Si Birahima possède plusieurs dictionnaires, il est surtout un gamin qui jongle avec différents lexiques. D’abord, il maîtrise bien sûr le français, parlé en Côte d’Ivoire et héritage d’un passé colonial. Mais aussi les expressions locales. Et enfin le jargon de l’enfance qui, dans la bouche de Birahima, se caractérise par une forme de spontanéité touchante, parfois grossière. Birahima est forcé de grandir trop vite, mais ce qui lui reste d’innocence se cache dans la liberté avec laquelle il s’exprime.

    Cette écriture fleurie avait déjà fait le succès du livre et lui avait valu le Prix Renaudot et Prix Goncourt des lycéens en 2000. L’adaptation du roman d’Ahmadou Kourouma par Zaven Najjar cherche donc à préserver son insolence originelle. Mais la touche personnelle du cinéaste, ce sont les couleurs. Elle éclatent. Elles sont vives et solaires, pour contrebalancer avec ces guerres qui ternissent les pays. Zaven Najjar qui a travaillé notamment pour Arte soigne ses cadrages et ses transitions aussi bien que son esthétique. Dans Allah n’est pas obligé, il adapte sa technique pour coller à certaines émotions ou situations, tout en gardant en tête la cohérence globale de son œuvre. C’est un film maîtrisé qui aborde un sujet, malheureusement, encore d’actualité.

    Allah n’est pas obligé est diffusé dans le cadre du festival Anima les mardi 24 et mercredi 25 février 2026. Il fait partie de la sélection des longs métrages en compétition dans la catégorie ados/adultes.

    Cheyenne Quévy
    Cheyenne Quévy
    Responsable littérature

    Derniers Articles

    Allah n'est pas obligéRéalisateur : Zaven NajjarGenre : Animation, DrameNationalité : France, Luxembourg, Canada, BelgiqueDate de sortie : 4 mars 2026Présenté dans le cadre du Festival Anima 2025 Birahima aurait pu être un enfant insouciant, pas plus canaille qu’un autre, s’il n’était pas né en Côte d'Ivoire. Si sa...[Anima 2026] Allah n'est pas obligé, l’innocence tachée de sang