Texte de Jean Racine
Mise en scène Raven Ruëll
Avec Colette Coutant, Jérôme de Falloise, Valentine Gérard, Johan Heldenbergh, Anne-Marie Loop, Raven Ruëll, Sophie Warnant, Sélim zahrani
Du 25 septembre au 10 octobre 2025
Au Théâtre des Martyrs
Toute œuvre s’inscrit dans un contexte. Les contextes finissent par passer. Les œuvres tombent ainsi dans le désuet. Aucune œuvre n’est universelle. Il est cependant possible de moderniser une œuvre pour qu’elle reste au goût du jour. C’est ce qui arrive au théâtre classique, on ne garde que le texte, mais on actualise les intentions, les décors, les costumes, on inverse les rôles, on change les identités des personnages, la géographie de l’action, on crée un parallèle avec un enjeu contemporain. Ainsi les tragédies en alexandrin se sont transformées en quelques siècles, histoire de tenter de rester actuelles, de garder les mêmes intentions. Mais il se passe quoi si on repart au départ ? Il se passe quoi si on décide de jouer face au public avec de grands gestes, le plus fort possible, comme avant pour que toute la salle entende et comprenne ce qui se déroule ? Il se passe Andromaque.
Pour résumer une pièce qu’on a toustes lue en secondaire, Andromaque c’est l’histoire d’amours unilatéraux : Oreste aime Hermione qui aime Pyrrhus qui aime Andromaque qui aime son défunt mari et veut sauver à la fois son fils et son honneur. Ce qui diffère pour cette Andromaque-ci c’est donc cette volonté de le jouer comme avant… même si. « Comme avant » parce que le texte est totalement fidèle à la pièce de Racine, parce que, mis à part un décor des plus épurés, les intentions de jeu soulignées et les costumes sont ce qu’on peut attendre d’une tragédie classique.
« Même si » parce que plusieurs choses dénotent. Déjà, puisque nous parlions des costumes, Hermione avec un manucure à la Rosalía, Pyrrhus torse nu avec une capé dorée d’un kitsch absolu, nous fait relativiser le « comme avant ». Mais surtout la plus grande mise à distance réside dans le jeu des comédien. ne. s. Les curseurs sont poussés à leurs maximums, la représentation ne pourrait pas être plus « théâtrale ». Et c’est cette donnée qui rend la pièce aussi invraisemblable. Parce qu’avec nos yeux de 2025, cette manière de jouer tout à fait démodée dépasse le ridicule, elle en devient hilarante. Ce recul sur « comment jouer au théâtre ? Comment interpréter du classique ? » donne à cette tragédie des allures comiques encore jamais vues. C’est bien simple, si on accepte l’aspect lunaire de la représentation, on passera un moment incroyablement divertissant, tout en écoutant un texte d’une beauté folle.
Ce qu’a fait la troupe La Brute d’Andromaque, c’est sûrement la chose la plus courageuse et innovante qu’on verra sur scène en cette année 2025. C’est beau et drôle. Et c’est inespérément inattendu qu’un retour à une forme de représentation aussi obsolète soit aussi rafraichissant.
