D’Aurélien Labruyère
Mise en scène Jean-Baptiste Delcourt
Avec Aurélien Labruyère et avec les voix de Jean-Baptiste Delcourt, Laetitia Gayet, François Gillerot, Sarah Lefebvre, Éline Schumacher
Du 13 janvier au 25 janvier 2026
Au Théâtre des Martyrs
A l’heure où la consommation immédiate est devenue une évidence, Amazonia explore les vices d’un monde ultra-optimisé. Portée par un remarquable Aurélien Labruyère, la pièce plonge le spectateur dans l’univers destructeur des entrepôts logistiques. Inspirée de faits réels, elle met surtout en lumière celles et ceux que l’on ne voit jamais et interroge frontalement notre modèle de société.
Une première grande victoire
Le récit débute dans une usine de boulangerie industrielle. Les salariés y apprennent, lors d’une réunion soigneusement mise en scène par la direction, le licenciement de 185 collègues. Ce moment de bascule marque la naissance d’un combat syndical inattendu. Malgré les pressions, la mobilisation collective parvient à faire reculer le projet. Cette victoire pousse Christian, l’un des ouvriers, à aller plus loin dans l’engagement. Bien décidé à l’action concrète, il se fait embaucher volontairement dans l’entrepôt logistique d’une multinationale afin d’y fédérer les travailleurs et de les sensibiliser à leurs droits.
Un modèle aliénant
L’immersion révèle un système fondé sur le contrôle absolu. Les corps sont surveillés, chronométrés, évalués en permanence. Les cadences, rendues perceptibles par l’accélération du texte, épuisent et aliènent les travailleurs. De son côté, Christian tente de soutenir ses collègues, d’organiser des gestes de solidarité et de transmettre l’espoir de résister ensemble jusqu’au bout. Tout au long de la pièce, le spectateur est confronté à la dureté extrême du travail et la peur de perdre son emploi.
Seul en scène, Aurélien Labruyère impressionne par sa capacité à incarner une multitude de personnages. Avec justesse et une pointe d’humour, il passe avec naturel d’un manager cynique à une collègue épuisée. Le décor épuré, les silences pesants et les bruits métalliques composent un univers quasi carcéral, où le corps des ouvriers devient finalement un simple outil de production. Le point culminant de la pièce réside dans l’affrontement de deux discours irréconciliables : celui de la rentabilité absolue et celui de la dignité humaine.
Une prise de conscience salutaire
La force de la pièce réside aussi dans son équilibre. Loin de se cantonner à une simple dénonciation d’un système abusif, il laisse aussi la parole à l’entreprise elle-même. Dérangeante, cette plaidoirie éclaire les logiques économiques qui structurent ces géants de la distribution. Le spectateur se retrouve face à ses contradictions et à sa complicité indirecte mais très humaine. La pièce suggère aussi que certains acquis n’ont pas été offerts mais bien arrachés par des individus courageux et déterminés. Moderne, juste et nécessaire, Amazonia révèle finalement un « angle mort social » et rappelle que derrière chaque livraison se cache un coût humain (trop) souvent ignoré.
