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    « Africa Legacy » : l’Afrique au cœur de l’histoire de l’art

    Avec Africa Legacy – Berceau de l’Art, Bruxelles invite à parcourir plusieurs siècles de création africaine, des arts classiques aux scènes contemporaines. Plus qu’une exposition, le projet entend transmettre une histoire artistique encore trop méconnue et rendre à ses créateurs la place qui leur revient.

    À l’Espace Vanderborght, sous le commissariat de Didier Claes, Africa Legacy – Berceau de l’Art présente plus de 250 œuvres qui racontent surtout une histoire trop rarement envisagée dans sa continuité : celle de sociétés africaines qui ont produit des formes artistiques bien avant la colonisation et n’ont jamais cessé de créer, d’inventer et de renouveler leurs langages.

    Au rez-de-chaussée, sculptures, masques et objets témoignent de la diversité des cultures Baoulé, Dan, Dogon, Fang, Kota, Yoruba, Luba, Kuba, Songye, Pende, Hemba ou Kongo. Spécialiste de l’art classique africain depuis plus de trente ans, Didier Claes propose de déplacer le regard. Ces pièces possédaient des fonctions culturelles, sociales ou spirituelles, mais elles sont aussi le fruit du travail de créateurs dont l’histoire a rarement conservé les noms. « On sait beaucoup de choses sur la fonction des objets, mais très peu sur les artistes qui les ont créés », observe-t-il. Les regarder comme des œuvres ne revient donc pas à effacer leur histoire, mais à restituer une dimension longtemps reléguée au second plan : leur valeur artistique.

    Africa Legacy

    À l’étage, le récit se poursuit avec les modernités et la création contemporaine. Albert Lubaki, Mwenze Kibwanga, Seydou Keïta, Malick Sidibé ou Chéri Samba côtoient notamment Eddy Kamuanga Ilunga, Aimé Mpane, Alioune Diagne, Aboudia, Omar Ba, Samuel Fosso, Joana Choumali ou Romuald Hazoumè. Le parcours évite ainsi l’image d’une Afrique qui serait passée directement de l’objet rituel à l’art contemporain mondialisé. Entre les deux existent des générations de créateurs, des écoles, des ruptures et des modernités propres. Plus qu’un « art africain » homogène, Africa Legacy révèle une multitude d’histoires artistiques.

    Cette mise en lumière porte aussi une volonté de reconnaissance. Pour Lydia Mutyebele Ngoi, députée fédérale à la Chambre des représentants et l’une des personnalités à l’origine de cette dynamique culturelle, Bruxelles doit assumer la diversité de sa population et donner toute sa place à cette création : « Bruxelles est une ville multiculturelle qui compte 184 nationalités et communautés. À ce titre, elle doit permettre à la culture africaine d’exister et d’être connue. »

    Nancy Kawaya, coordinatrice du Centre Culturel Congolais, pousse plus loin cette logique de reconnaissance. Les enjeux coloniaux, de provenance ou de restitution demeurent nécessaires, mais ne peuvent constituer l’unique grille de lecture des cultures africaines. « Il ne s’agit pas de redonner à l’Afrique une place dans le monde de l’art, mais de remettre en contexte son rôle dans la genèse et l’histoire de l’art, tout en permettant aux communautés africaines de se raconter elles-mêmes. » Le parti pris d’Africa Legacy consiste donc moins à éluder l’histoire coloniale qu’à refuser qu’elle constitue le point de départ et d’arrivée de tout récit consacré à l’Afrique.

    L’exposition s’inscrit par ailleurs dans une politique culturelle plus large de la Ville de Bruxelles. La création du Centre Culturel Congolais, puis l’organisation des Nyota Awards, consacrés aux talents des communautés congolaise et africaine, avaient déjà matérialisé cette volonté de représentation. Africa Legacy en constitue une nouvelle étape. Cette succession d’initiatives répond à une stratégie culturelle pensée sur le long terme : inscrire davantage les cultures congolaise et africaine dans l’offre culturelle bruxelloise et ne plus faire dépendre leur visibilité des seules initiatives privées ou communautaires. Le Centre entend ainsi accompagner aussi bien les grands événements de la capitale que les opérateurs qui les portent.

    Africa Legacy

    Ce positionnement prend tout son sens à Bruxelles. Africa Legacy ne s’adresse pas uniquement aux diasporas africaines. Belgo-Belges, Afrodescendants, Bruxellois d’origine marocaine, Européens installés dans la capitale ou visiteurs de passage n’arriveront pas devant ces œuvres avec les mêmes références. Pour certains, elles pourront évoquer un héritage culturel ou familial ; pour d’autres, elles constitueront une découverte. L’exposition propose pourtant à tous un même mouvement : regarder avant de catégoriser, connaître pour mieux reconnaître.

    L’ambition dépasse enfin l’événement. Avec la création de l’ASBL Africa Legacy, ses initiateurs entendent prolonger ce travail d’exposition, de transmission et de valorisation du patrimoine artistique africain. Une démarche qui rejoint la conviction défendue par Didier Claes tout au long du parcours : « tous les arts naissent égaux ».

    Toutes les infos : https://www.centreculturelcongolais.be/africa-legacy/

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