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    A Fidai Film libère des archives et fait résonner le récit palestinien

    Avec ce documentaire expérimental, A Fidai Film révèle ce qui tend à être effacé. Kamal Aljafari a rassemblé puis mis en musique et en voix des images d’archives, dont certaines ont été volées à Beyrouth en 1982 par l’armée israélienne et sont conservées actuellement par le ministère de la Défense israélien. Le résultat : un diaporama artistique hypnotisant, brutal et presque méditatif sur la Palestine.

    « Ça commence par la mer et ses vagues qui s’enroulent jusqu’à la terre. On reconnaît la tour de l’horloge du port de Jaffa, des rues animées, de nombreuses échoppes, la façade moderne du « Journal palestinien ». Nous sommes bien avant la création d’Israël, du temps certainement où les frères Lumière ont ramené les premières images de Jérusalem. »

    Le film au format carré s’ouvre sur ces images d’un autre temps, où la Palestine est un pays comme les autres. Filmées en centre-ville, elles montrent des scènes banales, des passants pressés, certains endimanchés. Des hommes devant des vitrines discutent et la quiétude semble totale. A Fidai Film n’a pas de narrateur et n’offre presqu’aucune description de ce qu’il se passe à l’écran, attisant une curiosité immense mais aussi une certaine frustration du spectateur. Où ? Comment ? Pourquoi ? Quand ? sont les questions qui se bousculent. Mais c’est « à nous de décider » et surtout de se laisser porter.

    La violence de la guerre et le calme de la mer

    Les vidéos défilent, se chevauchent et se fondent dans des bruits sourds et organiques. Des musiques lancinantes et des comptines d’enfants s’entrecoupent de bruits de missiles et de gravas qui tombent. On voit des visages en plans rapprochés, gênés, affrontant puis fuyant la caméra, mais aussi des corps gisants sur le sol, des civils, des soldats qui confisquent le ballon d’un enfant, puis soudain, l’eau, le sable, le vent.

    Dans le film, la nature silencieuse et apaisante contraste avec les scènes de guerre. Elle semble briller comme une lumière d’espoir, ou une hallucination qui, si elle pouvait parler, dirait : « je serai toujours là ». La variété impressionnante des paysages naturels, du littoral méditerranéen aux hautes terres et vallées agricoles en terrasses jusqu’aux zones arides et désertiques, offre des visions de rêve au milieu du chaos. Mais la nature finit aussi par se confondre avec l’idée de destruction, comme lorsque le bruit d’une chute de pierre dans l’eau ou d’une pastèque sur le trottoir résonne telle une explosion.

    Les voix d’enfants et de quelques anonymes, témoignant de la vie en Palestine ou de la guerre, nous ramènent dans une certaine réalité, là où les combats perdurent et marquent à vie. Une petite fille, invisible à l’image, compte pour jouer à cache-cache mais son énumération semble éternelle. Quel écho est-il donné à ces voix aujourd’hui ?

    Révéler et saboter pour lutter

    Entre approche documentaire et acte d’engagement politique, A Fidai Film révèle sans devoir beaucoup dire. L’image brute prend toute la place et raconte à elle seule le passé, le présent et le futur d’une lutte.

    Son réalisateur Kamal Aljafari a grandi entre Ramla et Jaffa avant de s’établir en Europe et souhaite avec ce film faire « [acte] de justice cinématographique contre l’occupation cinématographique israélienne ». En effet, certaines des images annotées du film proviennent d’archives israéliennes, en libre accès. Kamal Aljafari choisit de les raturer d’un trait rouge vif dans une volonté de « sabotage cinématographique », comme pour refaire jaillir le récit palestinien. Ainsi, des archives publiques, qui servent le discours israélien, se confrontent à une riche matière visuelle, volée et cachée depuis des années par l’armée israélienne.

    Dans le contexte actuel où des milliers d’hommes et de femmes luttent pour leur survie, A Fidai Film choisit de délaisser les mots et de favoriser l’image impactante, multiple pour ancrer la mémoire d’un pays, tout en rappelant que le reste des archives de ce peuple restent encore aux mains de l’occupant.

    À découvrir au cinéma Nova (Rue d’Arenberg 3, 1000 Bruxelles) du 20 novembre au 19 décembre 2025, à l’occasion de la programmation « Palestinian Archives – Fragments d’une mémoire volée » qui met à l’honneur une partie de l’œuvre de Kamal Aljafari.

    Mélanie Lecoeuvre
    Mélanie Lecoeuvre
    Responsable arts

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