Titre : 80 mots de Roumanie
Auteur.ice : Sylvain Audet-Găinar
Édition : L’Asiathèque
Date de parution : 12 mars 2026
Genre : Carnet de voyage
La Roumanie. Ce n’est pas nécessairement le premier pays qui nous vient à l’esprit quand on pense voyages, cultures ou langues fascinantes.
Bon, on pensera peut-être Transylvanie, vampires, et…voilà à peu près ce que le commun des mortels associe à ce coin d’Europe. Et pourtant, derrière cette image réductrice se cache un pays d’une richesse culturelle insoupçonnée, des paysages sublimes et, surtout, une langue porteuse d’une profondeur, de jeux de mots et d’anecdotes qui n’attendent qu’à être découverts. C’est précisément ce défi que relève Sylvain Audet-Găinar avec 80 mots de Roumanie : raconter tout un pays à travers 80 mots ou concepts soigneusement choisis, comme autant de fenêtres ouvertes sur une culture unique.
Raconter un pays en 80 mots est un défi que la maison d’édition L’Asiathèque s’est lancé à travers sa collection 80 mots du monde, qui compte déjà une dizaine d’ouvrages. Afghanistan, Cambodge, Corée du Sud, Inde, Madagascar, Maroc…
Ce qui rend 80 mots de Roumanie particulièrement précieux, c’est la dimension profondément personnelle de la démarche de l’auteur. Entré en contact avec la langue roumaine à l’âge de 19 ans, Sylvain Audet-Găinar ne la quittera plus, car cette langue a un nom, elle est incarnée par une personne qui lui est chère et qu’il épousera plus tard. Ce n’est donc pas le regard d’un touriste curieux ou d’un académicien distant que l’on trouve ici, mais celui d’un homme qui a fait de cette langue une partie de son identité au point d’accoler le patronyme de son épouse au sien, malgré sa résonance quelque peu péjorative en roumain (găinar désignant un voleur de poules). Ce geste symbolique dit tout de la démarche : Audet-Găinar n’observe pas la Roumanie, il l’habite.
Il y a dans sa démarche autant d’attention et de rigueur accordées à la précision et à la diversité sémantique des mots choisis que de confidences qui rendent passionnant son apprentissage du roumain. Ici, on ne lit pas un manuel de langue ni un guide touristique. On lit un dictionnaire affectif, personnel, où chaque entrée est une occasion d’explorer non seulement un mot mais tout un rapport au monde, une façon particulière de nommer les choses, les émotions, les situations.
Ces réflexions linguistiques nourrissent aussi la réflexion plus large sur les langues et leur impact sur les personnalités et les cultures. Car derrière chaque entrée, Audet-Găinar soulève des questions fascinantes : une langue façonne-t-elle celui qui l’apprend ? Peut-on vraiment comprendre une culture sans maîtriser sa langue ? Que reste-t-il de sa propre identité quand on en adopte une autre ? Vivre entre deux cultures, c’est aussi savoir ce qu’on ne sera jamais. Mais qu’on peut tout de même apprendre à comprendre.
Le format de la collection mérite également d’être salué. On peut lire 80 mots de Roumanie d’une traite ou on peut décider de le picorer sur plusieurs soirées. On peut l’ouvrir au hasard comme on lancerait une conversation. C’est le genre de livre qui trouve naturellement sa place sur une table de salon, qui nourrit les discussions entre amis, qui donne envie de tendre le livre à quelqu’un en disant : « Lis juste cette page. »
On referme 80 mots de Roumanie avec une curiosité soudaine pour ce pays qu’on ne pensait pas visiter, avec des mots plein la tête, avec l’envie d’apprendre quelques rudiments de cette langue latine. Et pour les amoureux des langues déjà convaincus, c’est une confirmation bienvenue que chaque langue est effectivement un bijou passionnant qui ne demande qu’à être apprivoisé.
Bref, petite pépite littéraire et linguistique à recommander à tous les fanatiques des langues, aux linguistes en herbe et à quiconque croit que les mots sont des fenêtres sur l’âme des peuples.
