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    80 mots de Madagascar : Ady gasy, à la malagasy

    Johary Ravaloson propose, à travers 80 entrées classées dans un ordre non alphabétique, de découvrir la langue de son pays et ce qu’elle raconte de lui, c’est-à-dire autant de l’homme que du territoire (et des personnes qui y habitent). En préambule, il donne quelques indications langagières de lecture, si l’on souhaite se lancer dans la prononciation qu’on espère correcte du malagasy de ce lexique choisi.

    S’il fallait donner une raison unique de lire 80 mots de Madagascar, c’est qu’on y découvre que le mot « malgache » est en fait fortement connoté. En-effet, « malgache », qui fait référence à la population de Madagascar et à sa langue (une de ses langues parlées), serait en fait un mot imposé durant la colonisation. D’où le fait que malagasy, faisant office des mêmes fonctions (évoquant à la fois le peuple et sa langue ou une de ses langues), est un terme (que je n’avais jamais entendu auparavant) qui revient fréquemment dans l’ouvrage. Sans chercher à être politiquement correct, cela me semble intéressant d’utiliser les termes appropriés et revendiqués par la population (et l’auteur) qu’elle définit.

    80 mots de Madagascar s’envisage donc comme un dictionnaire avec des entrées en malagasy : avec « Ravinala », « Fady » ou « Tanindrazana » (respectivement « Arbre du voyageur », « Tabou » « Patrie ou Terre des ancêtres »), vous découvrirez un aspect langagier, culturel, politique, historique ou économique de cette énorme île au taux de corruption et de pauvreté tout aussi inquiétant. Les mots se suivent et se rencontrent souvent par proximité thématique. Pour chacun d’entre eux, deux pages sont réservées. Une qui se veut plus général, contextuel et une où l’auteur Johary Ravaloson développe son lien particulier avec ce mot, ce concept, cet aspect culturel.

    80 mots de Madagascar est un livre qu’il faut ouvrir de temps à l’autre et qu’il faut aussi refermer pour mieux y revenir. C’est presque comme un dictionnaire. Les entrées, même si le livre est court (moins de 180 pages), sont chargées : c’est à la fois de la linguistique et du lexical, du personnel et de l’intime, puis du politique. C’est beaucoup pour deux petites pages par mot. On aimerait peut-être que Ravaloson ne se contente parfois que d’une voie, un champ. Il cherche peut-être à dire beaucoup parce qu’il y a tant à dire sur ce pays où l’électricité est une denrée rare et où le voyageur « n’est qu’un malheureux à la recherche de ce qui lui fera cesser le voyage, izay hampitsahatra ny dia ».

    Pour les personnes qui aiment voyager et prendre le temps, qui n’ont pas peur de la pauvreté et qui voient un réel intérêt à fouler des pieds cette terre malagasy, l’ouvrage 80 mots de Madagascar permet de préparer leur arrivée, et d’y aller prévenu. Les zébus les attendront patiemment, alors que les lecteurs et lectrices rêvent déjà d’Antananarivo, la capitale. Les chiffres liés aux femmes mourant suite à des avortements illégaux ne les feront pas (plus) écarquiller les yeux de stupeur (3 femmes par jour). Et vous saurez qu’on dit « Rano » pour « Eau », ce liquide si essentiel, de plus en plus inaccessible et qui vient même à manquer pour se laver les mains. Johary Ravaloson regarde l’état de son pays droit dans les yeux, avec un zeste de mélancolie, un brin d’humour et l’énergie du désespoir. Alefa ! Allez !

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    Titre : 80 mots de Madagascar Auteur.ice : Johary RavalosonÉdition : L'AsiathèqueDate de parution : 5 février 2026Genre : Livre/Dictionnaire sur Madagascar Johary Ravaloson propose, à travers 80 entrées classées dans un ordre non alphabétique, de découvrir la langue de son pays et ce qu’elle raconte de lui, c’est-à-dire autant de...80 mots de Madagascar : Ady gasy, à la malagasy