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    72 Heures : mi-amis à Miami

    Joe (Kevin Hart) est responsable marketing pour une grande marque. Jusqu’ici, le succès lui a souri, mais à l’approche de la quarantaine, il se heurte à un problème de taille : ses campagnes ne parviennent plus à séduire le public que son entreprise cherche désormais à conquérir, les jeunes. Profitant d’un heureux hasard, il saisit l’occasion de se rendre à un enterrement de vie de garçon réunissant quatre vingtenaires à Miami. Joe entrevoit une occasion inespérée de comprendre les codes de cette génération, de prouver qu’il est encore dans le coup et, surtout, de conserver son emploi.

    Lorsqu’on évoque Kevin Hart, il est difficile de citer spontanément un film qui aurait durablement marqué l’histoire de la comédie américaine. Pourtant, l’acteur et humoriste fait probablement partie des têtes les plus connues des productions mainstream. Comme quoi, succès commercial et qualité artistique entretiennent parfois des rapports pour le moins distants.

    Ne tournons pas autour du pot : 72 Heures est (encore) un mauvais film. Lourdingue, caricaturale et saturée d’un sentiment de déjà-vu, cette comédie semble incarner à elle seule certaines dérives de l’économie du streaming – Netflix en tête -, à savoir produire à un rythme soutenu pour alimenter en permanence le catalogue et retenir des abonnés toujours plus sollicités financièrement. Le problème n’est donc pas tant que le film soit mauvais (on commence à en avoir l’habitude), il réside plutôt dans ce qu’il choisit de raconter et surtout dans la manière dont il aborde son sujet central : le choc intergénérationnel.

    Chaque génération possède ses propres codes, ses combats, ses références et, jusqu’à un certain point, son propre langage. Ces différences tendent toutefois à s’atténuer lorsque les individus entrent dans la vie active, côtoient d’autres tranches d’âge et adoptent progressivement certains de leurs codes ainsi qu’un langage commun. Ce processus ne signifie pas nécessairement renier ce qui constitue l’identité de sa génération, il traduit plutôt une forme de socialisation réciproque, un lissage en quelque sorte.

    De cette incompréhension initiale entre générations pourrait naître une source presque inépuisable de comédie. Le Nouveau Stagiaire de Nancy Meyers, sorti en 2015, ou encore une grande partie de la filmographie de Noah Baumbach en offrent de bons exemples. Ces œuvres évitent précisément le piège de l’opposition caricaturale. Elles déplacent les rapports de pouvoir, inversent les rôles et utilisent le décalage générationnel pour observer, avec davantage de finesse, les mœurs contemporaines.

    72 Heures fait exactement l’inverse. Le film évacue presque systématiquement les échanges intergénérationnels susceptibles de produire de la nuance, de la compréhension ou simplement une évolution des personnages. Dans ce long-métrage, si l’excès d’alcool peut poser partiellement problème à la jeune génération, la drogue semble bénéficier d’un traitement nettement plus indulgent ; si le mariage et la fidélité sont présentés comme des valeurs importantes pour la génération Z, l’inconnue reste un objet de désir qu’on drague lourdement dans la rue et dont on commente le physique. À l’opposé, les imitations d’accents asiatiques ou hispaniques pratiquées par le quadragénaire ne semblent guère susciter de véritable questionnement narratif. Elles sont simplement jugées « gênantes », mais répétées sans filtre.

    Alors, vous nous direz : « Oui, mais ils jouent avec les clichés justement pour les dénoncer », à la manière d’un humoriste qui pousse volontairement un stéréotype jusqu’à l’absurde. Encore faudrait-il que cette intention soit lisible. Or, dans 72 Heures, ces blagues fonctionnent avant tout comme de simples ressorts comiques. Elles invitent le spectateur à rire AVEC le cliché et non DU cliché. Le mécanisme est alors contre-productif, le film contribuant à reconduire et faire perdurer les représentations qu’il aurait pu interroger.

    C’est là que réside son principal échec. Le conflit générationnel n’est jamais véritablement utilisé pour questionner les différences entre deux époques, deux systèmes de valeurs ou deux façons d’habiter le monde. Il sert surtout de décor à une succession de situations comiques, de sketchs.

    En résumé, 72 Heures nous fait comprendre que les hommes de 20 ans et de 40 ans partagent le même substrat, mais qu’ils n’utilisent pas le même vernis pour le dissimuler. Et c’est précisément cette ressemblance – qui peut être dérangeante à bien des égards -, bien plus que leur prétendue opposition, que le film aurait dû avoir le courage d’explorer.

    Matthieu Matthys
    Matthieu Matthys
    Directeur de publication - responsable cinéma du Suricate Magazine.

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