Titre : 123 choses incroyables à connaître sur le corps, l’amour et la sexualité
Texte : Mathilda Masters
Dessin : Louize Perdieus
Éditeur : La Martinière
Date de parution : 29 août 2025
Genre : Documentaire jeunesse
Mathilde Masters nous propose un nouveau titre dans sa collection des « 123 ou 321 choses incroyables », à destination des jeunes à partir de 11 ans. Cette fois, elle parle de sexe, d’amour et de corporalité. Les 123 entrées, elles-mêmes divisées en divers chapitres (la reproduction, l’amour, la puberté…), dressent une liste de ce qu’il paraît nécessaire d’apprendre avant d’embarquer dans la grande aventure des hormones.
Dans 123 choses incroyables à connaître sur le corps, l’amour et la sexualité, l’autrice se repose beaucoup sur la science biologique pour répondre à ses propres questions. Se définissant comme une « exploratrice de continents », elle avoue elle-même que ses sources proviennent majoritairement d’articles lus sur internet. Elle parle surtout ce que le corps qui mue fait de nous et de notre être sexué. Entrecoupant le tout d’anecdotes, parfois drôles, elle essaie d’adopter un ton léger et non culpabilisant pour aborder les choses du sexe.
Il s’agit donc d’un parti pris assumé. L’étalon hétérosexuel découpant le monde entre des « garçons » et des « filles » est la norme. À peine le genre et l’orientation sexuelle sont-elles mentionnées dans son sixième chapitre qui s’intitule « Tout le monde est différent ». La plupart du temps, « faire l’amour » équivaut à ce qu’un garçon pénètre une fille, même si une des 123 entrées définit le sexe de toutes les manières possibles. Internet semble être un repère de pervers et de perverses qui cherchent à entrer en contact avec des jeunes. Dans 123 choses incroyables à connaître sur le corps, l’amour et la sexualité, Mathilde Masters fait de la prévention positive et insiste sur le port du préservatif (sur un pénis en érection) pour éviter les grossesses et les IST. Mais jamais elle n’évoque (sauf erreur de ma part) le mot « avortement », sur plus de 100 pages. D’où cette sensation de se retrouver devant un livre d’obédience catho 4.0 pour les jeunes qui découvrent le sexe avant le mariage.
Cette impression est renforcée par certaines petites touches qui viennent déformer le propos « scientifique » général. Ainsi, Masters écrit, le plus sérieusement du monde, qu’« on se forme une image de notre partenaire idéal.e vers l’âge de 8 ans ». Inconsciemment, bien sûr, pour ne pas qu’on ait besoin de vérifier l’information. Elle dit aussi que c’est quand même mieux d’avoir sa première relation sexuelle avec quelqu’un dont on est amoureux.se, et que la découverte sexuelle se fait rarement entre ami.e.s. L’amour, pour elle, ce sont des papillons dans le ventre, le reste n’existe pas. La famille traditionnelle, c’est un homme, une femme et leurs enfants. Elle semble avoir raté l’étape du divorce et des infidélités (et grand bien lui fasse : comme le dit Tolstoï, chaque famille malheureuse l’est à sa façon).
Pour autant, 123 choses incroyables à connaître sur le corps, l’amour et la sexualité est-il un mauvais livre ? Non, bien sûr. Les illustrations de Louize Perdieus sont toutes mignonnes. Mathilde Masters (ré)apprend à se servir correctement d’une capote sur un pénis prêt à la pénétration, en rappelant qu’il est toujours utile d’essayer seul pour être (un peu) moins maladroit le jour même du premier essai à deux. Elle revient en long et en large sur les règles, la création des spermatozoïdes et des ovules. Il faut juste être conscient que l’autrice adopte un parti-pris clair, assez conservateur et « vieux jeu ». Pour notre part, on préférera se diriger vers les livres de Charline Vermont ou de Camille Aumont Carnel pour nos enfants.
