Wonder Woman : féminisme, bondage et bannière étoilée

Depuis sa première apparition il y a 76 ans de cela, Wonder Woman s’est imposée comme une icône féminine incontournable, un modèle de force, de courage, de persévérance et d’équité souvent imité mais jamais égalé. Cette superhéroïne hors du commun ouvrit la voie à un renouveau des mentalités au sein de la société américaine de l’époque et donna l’impulsion à un mouvement créatif jusque-là inédit.

Si Wonder Woman n’était pas la première des femmes à apparaître dans les pages des Comic Books, il s’agissait d’un genre nouveau de superhéroïne.

Cet article sera divisé en six sections. Premièrement, nous présenterons brièvement William Moulton Marston, le drôle de créateur de Wonder Woman, avant de nous intéresser très exhaustivement à l’évolution de la célèbre amazone. Troisièmement, nous nous pencherons longuement sur la composante féministe dans l’univers de Wonder Woman. À cela, il conviendra d’ajouter un point sur l’hyper-sexualisation des personnages féminins dans les Comic Books. Sur base d’exemples concrets, nous établirons ensuite, dans la cinquième partie, un commentaire concernant les images sadomasochistes dans les Wonder Woman du Golden Age. Enfin, la chose étant de rigueur en raison du contexte actuel, nous dresserons un bilan des apparitions télévisuelles et cinématographiques de Wonder Woman.

1. William Moulton Marston et la première apparition de Wonder Woman

La première apparition officielle de la belle amazone date de décembre 1941, dans les pages du numéro 8 de All-Star Comics. Cette introduction s’étalant sur neuf pages était alors reléguée aux dernières pages du numéro. Cependant, le succès fut tel qu’elle réapparut un mois plus tard en pleine couverture du premier numéro de Sensation Comics (Janvier 1942). Au cours de cette même année, elle obtint son propre périodique qui, à l’instar des publications mettant en scène ses camarades Batman et Superman, est depuis paru sans interruption.

 

Sensation Comics #1 (Janvier 1942)

Contrairement aux papas de ces deux héros, le créateur de Wonder Woman, William Moulton Marston (1893-1947) – qui donna naissance à l’héroïne sous le pseudonyme de Charles Moulton – était un psychologue renommé. En effet, là où les tandems Joe Shuster/Jerry Siegel ou Bob Kane/Bill Finger étaient de jeunes adultes sans réelle formation, Marston était âgé de quarante-huit ans à l’époque de la création de Wonder Woman, et avait déjà derrière lui une longue carrière professionnelle. Ses recherches – présentées en 1921 dans sa thèse de doctorat intitulée « Systolic Blood Pressure and Reaction Time Symptoms of Deception and Constituent Mental States » – jouèrent un rôle important dans l’invention du détecteur de mensonges. Marston se présentait d’ailleurs lui-même comme l’inventeur du polygraphe et s’amusait fréquemment à soumettre ses invités à l’un de ces fameux examens.

Mais, plus étonnant encore que cette riche formation, était le style de vie de Marston, particulièrement hors norme compte tenu de la société dans laquelle il évoluait. De 1920 jusqu’à sa mort, Marston entretint une relation polygame avec deux femmes : Elizabeth Holloway qu’il épousa en 1920, et sa secrétaire Olive Byrne qu’il rencontra quelques années plus tard. Chacune de ces femmes eut deux enfants de Marston et ce triangle amoureux fonctionnait tellement bien qu’Elizabeth prénomma sa fille Olive… Les deux conjointes allèrent jusqu’à garder le contact trente ans après la mort du père de leurs enfants.

La famille Marston De gauche à droite : Marjorie Wilkes, Byrne Marston, Olive Ann Marston, Pete Moulton Marston, William Moulton Marston, Olive Byrne Richard, Donn Marston, Elizabeth Holloway Marston

Wonder Woman est ainsi le fruit d’une double inspiration : Elizabeth donna à Marston l’idée d’une superhéroïne, et Olive lui prêta ses traits physiques (cheveux noirs, yeux bleus). Cette dernière portait également des bracelets métalliques à chaque poignet, accessoire mythique de l’héroïne.

Comme nous allons le voir, ce style de vie, dépeignant une mentalité hors du commun aura une influence capitale sur la création et les évolutions de Wonder Woman jusqu’au décès de Marston en 1947.

2. Wonder Woman : naissance et évolution d’une héroïne

Wonder Woman n’est pas, à proprement parler, la première des superhéroïnes. Avant elle, certains personnages féminins avaient déjà pavé le chemin, comme par exemple Fantomah (1940), Sheena reine de la jungle (1937) ou encore Phantom Lady (1941) ; ces deux dernières étant issues de l’imagination de Will Eisner, génial créateur du Spirit.

Mais William Moulton Marston fera de son héroïne la plus iconique en prenant soin d’incorporer une dimension supérieure à celle-ci, notamment en intégrant à ses récits toutes sortes de contenus propres à créer chez le lecteur une réponse émotionnelle.

Grand amateur de culture historique, Marston créa donc un personnage qui trouvera ses racines dans la Grèce Antique. C’est ainsi qu’à défaut de naître sur une planète lointaine, Wonder Woman vint au monde sur l’île mystérieuse de Paradise Island, entièrement peuplée d’Amazones. Loin du monde des Hommes, les Amazones – menées par la reine Hyppolite – créèrent une société avancée, placée sous la protection des déesses Aphrodite et Athéna, et dans laquelle la culture antique cohabitait avec une technologie avancée.

Les Amazones étant immortelles, jamais le besoin de pérenniser leur race ne se fit sentir, jusqu’à ce que la reine Hyppolite exprime le désir de donner vie à un enfant. Ainsi, sur les conseils d’un oracle, elle sculpta dans l’argile une petite fille « aussi belle qu’Aphrodite, sage comme Athéna, plus forte qu’Hercule et aussi rapide que Mercure » à laquelle les Dieux de l’Olympe donnèrent vie. Celle-ci, prénommée Diana, grandit sur Paradise Island – autrement connue sous le nom de Themyscira –, lieu d’installation des Amazones depuis la trahison d’Hercule. Là-bas, elles veillent sur la porte des enfers, tâche leur ayant été confiée par les Dieux en punition face à la naïveté d’Hippolyte.

Diana passera ainsi son enfance à parfaire son éducation entourée de ses 3000 sœurs jusqu’à l’arrivée de Steve Trevor, un pilote de l’US Air Force dont l’avion s’écrasera sur Themyscira alors qu’il pourchassait un avion nazi. Diana tomba rapidement amoureuse de l’officier américain. La reine Hyppolite, craignant pour sa fille, lui expliqua alors pourquoi une Amazone ne pouvait pas tomber amoureuse, au risque de perdre ses pouvoirs : durant l’Antiquité, Hercule, désireux de démontrer qu’il était possible de conquérir les Amazones emmena ses plus braves soldats afin de combattre la reine Hyppolite en duel singulier. Celle-ci triompha du héros grâce à la ceinture magique que lui avait donnée la déesse Aphrodite. Hercule rusa alors afin de s’approprier cette ceinture et réduire les Amazones en esclavage. Consternée par cette imprudence, Aphrodite abandonna celles-ci à leur sort afin de les punir, avant de se laisser convaincre par les supplications d’Hyppolite et de l’aider à récupérer sa ceinture. Les Amazones parvinrent ainsi à défaire leurs esclavagistes masculins et quittèrent le monde des hommes pour partir s’installer sur Paradise Island. Plus encore, Aphrodite décréta que celles-ci devraient pour toujours porter des bracelets aux poignets, afin de garder à l’esprit le souvenir de leur imprudence. La reine Hyppolite fit une autre promesse à la déesse : tant que les Amazones resteraient sur Paradise Island, elles pourraient conserver la ceinture magique et vivre éternellement.

La reine montra ensuite à Diana une sphère magique qui lui fut offerte par Athéna et à travers laquelle il était possible d’observer le monde extérieur, ce qui permit aux Amazones de maintenir un niveau technologique élevé sans entrer en contact avec les Hommes. C’est ainsi que Diana apprit que la Seconde Guerre mondiale faisait rage. Hyppolite lui interdit cependant d’aider Steve Trevor à regagner sa patrie.

Seule l’intercession des esprits d’Aphrodite et Athéna convainquit Hyppolite de renvoyer Steve Trevor vers son monde, afin qu’il puisse achever sa mission et aider à la sauvegarde des États-Unis, « dernière citadelle de démocratie et d’égalité pour les femmes ». Hyppolite promit alors d’envoyer la plus vaillante et la plus courageuse des Amazones afin de porter assistance au soldat. Elle organisa ainsi un tournoi visant à sélectionner la meilleure de ses sœurs et empêcha Diana d’y participer. Celle-ci refusa de se soumettre aux injonctions de sa mère et participa aux épreuves déguisée, l’emportant sans peine : la reine Hyppolite fut obligée de la laisser accompagner Steve Trevor.

C’est ainsi qu’elle donna à sa fille un costume aux couleurs de l’Amérique que celle-ci pourrait porter afin de participer dignement à l’effort de guerre américain tout en rendant hommage à sa patrie d’accueil. Avec celui-ci, Diana reçut la ceinture magique d’Aphrodite qui lui permit de garder ses pouvoirs hors de Paradise Island, ainsi qu’une tiare, des bracelets métalliques capables d’arrêter les balles et, surtout, un lasso capable d’extirper la vérité à n’importe quel opposant et d’effacer sa mémoire (on peut ici deviner l’étrange obsession que semblait posséder Marston pour la vérité). Hyppolyte confia également à sa fille un avion invisible. Plus tard, son attirail s’étoffa encore des sandales d’Hermès, permettant le voyage inter-dimensionnel, ou des gants d’Atlas capables de décupler les forces de Wonder Woman.

Arrivée aux États-Unis, Diana choisit une identité secrète et devint Diana Prince. Comme Superman, elle décida de porter des lunettes afin de paraître plus faible, et adopta à son tour un comportement maladroit, radicalement opposé à celui de son alter ego super-héroïque. Elle entra alors dans l’armée comme infirmière avant d’être intégrée aux services de renseignement de l’Oncle Sam. Comme Loïs Lane avec Clark Kent, Steve Trevor – n’ayant pas la moindre idée que les deux femmes étaient en réalité la même personne – exprima généralement son dédain pour Diana, tandis qu’il éprouvait une forte attirance pour Wonder Woman.

L’amazone devait ainsi devenir l’une des plus puissantes héroïnes jamais créée – à moins que, dans la logique de son créateur, on attache ses bracelets ensemble ou qu’elle se marie, ce qui aurait pour conséquence de la priver de ses pouvoirs.

a. L’âge d’or (1938-1956)

Wonder Woman fit ses premiers pas au cours de l’âge d’or des Comics (1938-1950) et son succès fut immédiat. Jusqu’à ce jour, il s’agit d’un des rares super-héros dont les aventures furent publiées sans interruption depuis sa création. Durant cette première phase de son existence, l’Amazone combattit le plus souvent des nazis ou des traîtres à la solde du Troisième Reich, participant ainsi à l’effort propagandiste américain. Les comics de cette époque comportaient également souvent une section dans laquelle étaient présentées des femmes célèbres (intitulée « Wonder Women of History »). Nous sommes ici pleinement dans la logique féministe voulue par William Moulton Marston et sur laquelle nous reviendrons rapidement. C’est également dans cette première période que l’on trouve quantité de scènes de bondage… Marston fit en sorte d’intégrer à chaque aventure de son héroïne une scène où celle-ci était attachée ou fessée par un autre personnage. Et si cela peut paraître étonnant, voire choquant, il importe de préciser que ces scènes étaient généralement atténuées par le dessinateur H. G. Peter ; certains scénarios de Marston étaient souvent plus explicites que leur retranscription en image.

Sensation Comics #31 (Juillet 1944)

La guerre prit fin en 1945 et William Moulton Marston décéda en 1947 d’un cancer de la peau. Le dessinateur Harry Peter renonça à dessiner Wonder Woman après la disparition de ce dernier. Ces deux évènements privèrent la superhéroïne de deux de ses plus grandes thématiques : la guerre et le bondage. Wonder Woman traversa ainsi une légère crise à la fin de l’âge d’or et ses ventes s’en ressentirent : alors qu’elle figurait dans trois comics différents depuis son apparition, elle cessa d’apparaître dans All-Star Comics en février 1951 (#57) et quitta les pages de Sensation Comics en novembre-décembre de la même année, à partir du numéro 106.

L’auteur Robert Kanigher prit la relève et intégra légèreté et glamour aux aventures de l’Amazone. Le numéro 94 de Wonder Woman mit par exemple en scène Steve Trevor traversant un petit cours d’eau avec l’Amazone dans les bras. Dans le coin inférieur droit de la couverture, on pouvait également lire : « Seul un soudain appel à l’aide pourrait empêcher Wonder Woman d’épouser Steve Trevor ! Quelle sera sa réponse à SOS Wonder Woman ! » À ce moment, William Moulton Marston devait probablement se retourner dans sa tombe.

Mais l’évolution ne s’arrêta pas là et les numéros suivants présentèrent encore Wonder Woman en star de cinéma ou en conseillère vestimentaire dans les pages d’un magazine pour cœurs solitaires. Il va de soi que l’héroïne fut moins souvent amenée à se battre durant cette période.

En somme, après la mort de Marston, les scénaristes eurent du mal à savoir que faire de l’héroïne et en firent une caricature en totale opposition avec la vision de son créateur.

b. L’âge d’argent (1956-1971)

Kanigher ne s’arrêta pas là et intégra également toute une galerie de personnages à l’univers de l’Amazone comme Wonder Girl et Wonder Tot, versions miniatures de Wonder Woman. L’héroïne se vit également gratifier d’un large panel de prétendants. Steve Trevor n’était plus seul et devait désormais rivaliser avec Birdman, Merman l’homme sirène et également le Glop, sorte de flaque gluante en totale extase devant Wonder Woman… Au niveau des antagonistes, Egg-man – un mélange entre Humpty-Dumpty et Fu-Manchu – fit son apparition, ou encore le ridicule Crimson Centipede, le centipède écarlate… Dans Wonder Woman #155, sorti en juillet 1965, l’amazone épousa carrément un monstre vert aux oreilles pointues. Il est également intéressant de soulever le fait qu’à cette époque, la section « Wonder Women of History » disparut pour laisser place à la rubrique « Marriage a la mode » expliquant les différentes coutumes matrimoniales de par le monde.

Les origines de l’héroïne furent également modifiées, Wonder Woman n’étant désormais plus une création formée à partir d’argile à laquelle les Dieux avaient donné vie. À la place, Robert Kanigher en fit une humaine née de deux parents et à laquelle les Dieux avaient accordé des pouvoirs.

En octobre 1968, l’auteur quitta la série et fut remplacé au scénario par Dennis O’Neill qui s’entoura des dessinateurs Mike Sekowsky et Dick Giordano. On aurait pu penser que ceux-ci reviendraient en arrière, mais ils firent tout l’inverse. À cette époque, l’Amérique découvrait le kung-fu : la chaîne ABC venait de diffuser les 26 épisodes du Frelon Vert et Bruce Lee révolutionnait le cinéma d’action dans son rôle de Kato, le fidèle partenaire du Frelon Vert. Wonder Woman fut donc réimaginée dans cette optique.

Mike Sekowsky pensait que « les filles voudraient lire une histoire mettant une scène une femme forte dans le monde réel, quelque chose de très actuel. Donc [il a] créé un nouveau livre, de nouveaux personnages, tout ». Dans le numéro 178 de Wonder Woman, Diana fut ainsi redéfinie comme une femme indépendante, adepte du shopping, de mode et de salons de beauté. Sans oublier que celle-ci possédait désormais une maîtrise inouïe des arts martiaux qu’elle avait appris auprès de son mentor aveugle, I Ching ! Exit le costume étoilé et les super pouvoirs, place aux combinaisons en cuir à fermeture éclair auxquelles s’ajoutaient des bottes montantes. L’héroïne devint ainsi une jeune femme d’apparence normale travaillant sous couverture lors de missions dangereuses auxquelles elle sera confrontée à de terribles ennemies comme Dr Cyber ou Catwoman. Dans cette dynamique nouvelle, Steve Trevor fut tué, probablement de façon à souligner l’indépendance de la nouvelle Diana Prince (il sera plus tard ressuscité. Puis tué à nouveau… puis ressuscité… et ainsi de suite).

Wonder Woman #178 (Octobre 1968)

Cette transformation matérialiste déplut fortement à nombre de féministes et c’est ainsi qu’en juillet 1972, Gloria Steinem fit apparaître la Wonder Woman originale sur la couverture du premier numéro de Ms. Magazine. Entretemps, O’Neill s’était retiré et la direction artistique du Comics fut confiée à Samuel Daleny. Celui-ci admit que l’intervention de Gloria Steinem poussa DC Comics à changer la direction narrative du Comic Book. Le retour de la Wonder Woman du Golden Age était en marche : le numéro 204 de Wonder Woman, paru en février 1973, rendit à l’héroïne son célèbre costume et ses pouvoirs. Par la même occasion, un nouveau personnage fut introduit dans le récit : Nubia, une amazone afro-américaine en phase avec la blaxploitation de l’époque.

Cependant, si cette refonte de Wonder Woman opérée entre 1968 et 1973 peut sembler contestable, elle avait le mérite d’aborder toutes sortes de sujets d’actualité chers aux femmes de l’époque comme les cliniques d’avortement, les problèmes financiers, l’immigration aux États-Unis ou encore l’activisme féminin. Ainsi, si l’héroïne semblait au premier abord avoir été réimaginée de façon caricaturale, la composante féministe restait tout de même présente, même de façon peu explicite.

c. L’âge de bronze (1970-1980)

Ce retour aux sources pour l’héroïne après la parenthèse 1947-1973 coïncide avec un succès inespéré pour Wonder Woman. En effet, au début de la décennie 1970, tout semblait sourire à l’amazone. Du moins à la télévision. En 1973, elle apparut pour la première fois dans l’émission animée Super Friends qui durera pas moins de treize saisons. Deux ans plus tard, elle connut un succès fulgurant dans la désormais célèbre série télévisée mettant en scène Lynda Carter.

Wonder Woman continua bien entendu à batailler dans les pages des Comics jusqu’à une nouvelle refonte en 1985. Pour bien comprendre cela, il faut revenir dans les années 1960.

En 1961, DC Comics introduit le multivers aux lecteurs, une série de mondes parallèles dans lesquels nos héros possédaient chacun un équivalent, qu’il soit héroïque ou simple mortel, bon ou mauvais. À l’époque, cela permit un dépoussiérage et un relancement de certaines séries. En effet, quelques années plus tôt, DC Comics avait créé de nouveaux personnages, notamment un nouveau Flash en la personne de Barry Allen (1956), ainsi qu’un nouveau Green Lantern avec Hal Jordan (1959). C’est la création des héros du Silver Age, l’âge d’argent !

Jay Garrick et Alan Scott, les premiers Flash et Green Lantern, furent ainsi peu à peu supplantés par de nouveaux héros possédant sensiblement les mêmes pouvoirs mais n’ayant pas la même identité secrète ou Origin Story. DC continua cependant à publier les aventures de ces super héros du Golden Age en parallèle à ceux du Silver Age et, en 1961, la société décida de mettre de l’ordre dans tout cela. Ainsi, dans le Flash #123 publié en septembre 1961 et intitulé « Flash of the Two Worlds », Barry Allen courut si rapidement qu’il fut instantanément transporté sur une terre parallèle où il rencontra son homologue, Jay Garrick, le Flash de la Terre-II. Cet épisode établit ainsi l’existence du multivers et permit par la même occasion de justifier l’existence de plusieurs super héros disposant du même nom et des mêmes pouvoirs : les héros du Golden Age habitaient sur la Terre-II tandis que ceux du Silver Age évoluaient sur la Terre-I. La Wonder Woman de la Seconde Guerre mondiale, celle créée par William Moulton Marston, vivait donc sur la Terre-II.

Cela étant établi, nous pouvons en revenir aux années 1980. Vingt ans plus tard, en avril 1985, les scénaristes estimèrent que le concept du multivers était devenu trop compliqué à comprendre. Ils décidèrent ainsi de faire le ménage dans tout cela et créèrent un récit en douze épisodes intitulé « Crisis on Infinite Earths ». Cela eut pour conséquence de faire disparaître le multivers ainsi qu’une bonne partie des personnages qui évoluaient en son sein et de ne laisser qu’une seule terre.

Wonder Woman fut donc intégrée à tout cet arc visant à faire le ménage dans l’univers DC Comics. Dans cette dynamique, avant que ne paraisse le dernier numéro de « Crisis on Infinite Earths » destiné à mettre les pendules à l’heure, les scénaristes décidèrent d’organiser le mariage de Wonder Woman et Steve Trevor. C’est ainsi que dans le 329e numéro de Wonder Woman, l’héroïne épousa l’aviateur. Une conclusion heureuse avant le grand nettoyage ! Quelques années auparavant, en 1982, une légère modification fut apportée au costume de l’héroïne, et l’aigle ornant sa ceinture fut transformé en W.

Après cela, de mai à août 1986, une minisérie intitulée The Legend of Wonder Woman vit le jour avec la particularité d’être dessinée par l’artiste Trina Robbins. Pour la première fois depuis sa création, Wonder Woman était dessinée par une femme. Notons cependant que Robbins n’était pas la première femme à participer au processus créatif de Wonder Woman. Trois ans plus tôt, pour le 300e numéro du Comic Book, l’écrivaine Dann Thomas corédigea l’un des scripts de cette publication anniversaire !

En février 1987, une toute nouvelle série Wonder Woman fit son apparition sous le crayon de George Perez. Dans celle-ci, l’Origin Story de l’héroïne restait sensiblement la même, à quelques exceptions près. Ici, Diana ne rejoint pas le monde des hommes afin d’accompagner Steve Trevor dans ses missions au cours de la Seconde Guerre mondiale. Le contexte historique n’étant plus le même, il fallut redéfinir les motivations de l’héroïne. Cette fois-ci, Arès menaçait la terre et les Dieux décidèrent de désigner un champion pour l’affronter. Comme au cours du Golden Age, un tournoi fut organisé et Diana remporta celui-ci haut la main, se qualifiant pour cette mission. Mais ici, pas de Steve Trevor ! À la place, l’Origin Story intégrait la mère de ce dernier, Diana Rockwell. Celle-ci se serait écrasée sur l’île de Themyscira en plein milieu d’une terrible bataille au cours de laquelle elle perdit la vie. Lorsque Wonder Woman fut envoyée vers la terre des Hommes, son costume lui fut donné en mémoire de celle-ci.

D’autres détails changèrent encore, comme le fait que les Amazones n’étaient désormais plus une race guerrière rescapée de l’Antiquité, mais les âmes réincarnées de femmes mortes trop tôt à cause de l’ignorance des hommes. De son côté, Wonder Woman ne possédait désormais plus d’identité secrète et agissait dans notre monde comme ambassadrice de Themyscira. Quant à Steve Trevor, il était bien présent mais plus âgé et marié à Etta Candy, meilleure amie de Wonder Woman durant le Golden Age

Par la même occasion, le costume de Wonder Woman fut légèrement redessiné et l’héroïne représentée de manière plus musclée.

Certains saluèrent le travail de George Perez qui parvint selon eux à rajeunir l’héroïne en la replaçant dans le contexte des années 1980 et en conservant certaines thématiques féministes, tout en allant chercher ses racines dans l’Antiquité grecque. Mais le repos fut de courte durée !

d. Des années 1990 jusqu’à aujourd’hui

En février 1992, l’auteur George Perez qui était à la base du relancement de la série en 1987 quitta celle-ci. À partir du numéro 63, plusieurs équipes créatives se succédèrent cherchant chacune à imprimer leur marque. De 1992 à 1995, l’artiste Brian Bolland en prit les commandes et Diana apparut ainsi en pirate de l’espace ou exerçant le métier de serveuse dans un fast-food (numéro 73). Quant à Wonder Woman, elle fut tout simplement remplacée dans le numéro 90 (septembre 1994) par une autre amazone aux cheveux roux répondant au nom d’Artémis. Le dessinateur Mike Deodato Jr vint apporter sa contribution à cette nouvelle équipe en faisant de Wonder Woman une créature de rêve à la taille fine, aux longues jambes et à la poitrine opulente…

Artémis et Wonder Woman par Mike Deodato Jr.

En septembre 1995, John Byrne prit la suite de Brian Bolland et tua la moitié des Amazones… Diana Prince elle-même n’échappa pas au carnage et fut tuée dans le double numéro 125-126 (septembre-octobre 1997), faisant d’Hippolyte la nouvelle Wonder Woman à la suite de sa fille. Diana fut quant à elle ressuscitée en déesse de la vérité et alla rejoindre les Dieux de l’Olympe… Byrne rétablit cependant une cohérence dans l’univers lors de son dernier numéro (#36) en août 1998.

En somme, malgré une inconstance peu souvent rencontrée et de nombreux changements dans la série, Wonder Woman est parvenue à traverser les âges jusqu’à aujourd’hui. Plus que certains héros, la création de William Moulton Marston a été imaginée dans une optique particulière. De ce fait, l’Amazone évolue en adéquation avec la société dans laquelle elle est plongée et il est fort à penser que d’autres changements sont encore à prévoir à l’avenir. En 2006 par exemple, un nouvel évènement intitulé Infinite Crisis rebattait à nouveau les cartes de l’univers DC Comics. Dans le cadre d’évènements au cours desquels Superman tomba sous l’emprise de Maxwell Lord, Wonder Woman tua ce dernier afin de permettre à l’Homme d’Acier d’échapper à son contrôle et d’ainsi sauver le monde. Cet acte eut pour résultante de placer l’héroïne dans une certaine forme d’ostracisme par rapport à Batman et Superman. De nouveaux changements furent conséquemment apportés à la série. Cependant, cette fois-ci, ses origines restèrent les mêmes que celles imaginées en 1987 par George Perez.

Depuis 2011, c’est le New 52 qui a apporté de nouveaux changements au personnage. Mais au fond, aussi malheureux que ces métamorphoses puissent parfois être, il semble que ces constantes redéfinitions permettent à l’héroïne de survivre dans ce monde d’hommes. Comme l’écrit Tim Hanley dans son livre Wonder Woman Unbound : The Curious History of the World’s Most Famour Heroine, même si l’attitude de l’Amazone dans le cadre de l’Infinite Crisis a permis aux scénaristes de minimiser son rôle dans certaines publications postérieures, il semble que « l’arrière-plan soit l’endroit le plus sûr où se trouver. Au moins, elle est toujours vivante ».

3. Une icône du féminisme

En 1943, Marston expliqua son cheminement intellectuel dans la création de Wonder Woman : « Il m’a semblé que, d’un point de vue psychologique, le plus gros défaut des Comics était leur masculinité exacerbée… C’est bien d’être fort, c’est encore mieux d’être généreux, mais – si l’on en croit ces règles masculines –, il est ridicule d’être tendre, attentionné, affectueux et séduisant. “Haa, c’est des trucs de filles !” nous dit notre jeune lecteur, “Qui veut être une fille ?” Et voilà le problème, même les filles ne veulent pas être des filles tant que notre archétype féminin manque de force et de caractère… Les plus grandes qualités des femmes se sont vues ignorer à cause de leurs faiblesses ». C’est en opposition à ce genre de préconceptions que William Moulton Marston imagina son héroïne. Selon lui, la société des années 1940 ne permettait pas aux femmes de parvenir à l’auto-réalisation selon laquelle elles étaient pleinement capables d’accomplir des choses ordinairement déléguées aux hommes. Plus encore, il pensait que les femmes étaient plus à même de diriger une société et d’instaurer la paix en raison de leur nature affectueuse. Un pas de plus allait ainsi être posé par rapport à Lois Lane qui incarnait jusque-là la quintessence de la femme indépendante, de la professionnelle accomplie. Lane fut une source d’inspiration pour de nombreuses femmes et connut une telle popularité qu’elle eut droit à son propre Comic Book entre 1958 et 1974 (intitulé « Superman’s Girl Friend, Lois Lane »). Wonder Woman allait redistribuer les cartes !

L’héroïne fut ainsi envisagée par son créateur comme un « personnage possédant l’allure d’une femme attractive et la force d’un surhomme », allant jusqu’à ajouter que « Wonder Woman [était] un instrument de propagande psychologique pour un nouveau type de femme qui, je le pense, devrait diriger le monde ». Ainsi, Wonder Woman fut pensée comme une icône féminine majeure, destinée à bousculer les mentalités de l’époque.

Cependant, si la native de Themyscira avait à faire face à une tâche considérable, un terreau fertile était déjà présent pour ce faire. En effet, lors de sa première apparition, les Etats-Unis venaient d’entrer dans la Seconde Guerre mondiale. Le 7 décembre 1941, la base navale de Pearl Harbour était attaquée par l’aviation japonaise et, le lendemain, le président Roosevelt devait déclarer la guerre aux forces de l’Axe. Dès lors, les femmes furent chargées d’assurer la production de l’armement et de maintenir à flot l’économie du pays tandis que les hommes partaient combattre. Si la guerre est un phénomène tragique, elle eut ici pour corolaire d’entamer le mouvement d’émancipation de la femme. Le hasard fit donc que le personnage de Wonder Woman, probablement en gestation depuis plusieurs mois, apparut à l’un des moments les plus cruciaux de l’histoire américaine, devenant ainsi un instrument de propagande antifasciste mais également le fer de lance de la libération de la gent féminine.

Les origines même de l’héroïne donnent lieu à un discours à coloration féministe. Les Amazones sont des femmes fortes qui ont bâti une société paisible et avancée sans l’aide des hommes. En prenant pour base le mythe de la ceinture d’Hippolyte, Marston expose le vol de la ceinture magique d’Hippolyte qu’Hercule aurait obtenue au cours de sa huitième épreuve. Séduisant la reine des Amazones, il se serait emparé de cette ceinture, réduisant par la même occasion les guerrières en esclavage. Seule l’intercession d’Aphrodite permit à celles-ci de retrouver leur liberté avant d’aller s’installer sur l’île de Paradise Island. Depuis ce jour, les Amazones portent des bracelets autour des poignets afin de se rappeler de ne jamais plus céder devant un homme. Selon l’auteur Angelica E. Delaney, cette histoire pourrait tenir lieu de métaphore visant à expliquer les difficultés vécues par les femmes dans la société des années 1940.

La couverture du premier numéro de Sensation Comics de janvier 1942 met en évidence cette image de la femme forte : Wonder Woman y offre un sentiment de puissance, surgissant entre le Capitol et le Temple de la Justice de Washington pour affronter des truands. Les bases sont jetées et nous pouvons observer une femme forte qui fonce vers le danger, personnifiant ainsi la Justice. Qui plus est, au lieu d’affronter un ennemi féminin, c’est à des hommes qu’elle se frotte. Le sexe faible est en passe de stopper les agissements illégaux du sexe fort, le tout vêtu d’un costume à l’image du drapeau américain, devant deux symboles architecturaux majeurs. Les numéros suivant épouseront cette même logique. Dans le Sensation Comics #4, Wonder Woman apparaîtra à deux endroits de la couverture : dans le registre inférieur, en train d’arrêter deux malfaiteurs, et encore au centre, brisant des chaînes. Ici encore, l’image est forte et a de quoi inspirer les jeunes lectrices !

Autre exemple également parlant, le Sensation Comics #13 de janvier 1943 montre Wonder Woman sur une piste de bowling, lançant sa boule vers trois quilles aux formes d’Adolf Hitler, Hirohito et Mussolini. Quelques mois plus tôt, le 18 septembre 1942 était diffusé l’épisode « Japoteurs » de la série animée Superman réalisée par les studios Fleischer. L’Homme d’Acier y apparaissait en train de combattre les forces armées japonaises. Ce Sensation Comics #13 montrait que Wonder Woman pouvait elle aussi prétendre participer à l’effort de guerre et porter sur ses épaules la dynamique propagandiste américaine aux côtés de Superman et des autres super-héros de l’époque.

Dans une tout autre logique, si ces deux numéros présentent une célébration de la force féminine, d’autres s’inscriront davantage dans une dynamique dénonciatrice. Un passage du Sensation Comics #9, par exemple, montre Diana Prince – alter ego de Wonder Woman – la cheville enchaînée devant une cuisine, comme une façon de dénoncer la condition de la femme au début du xxe siècle. De façon intéressante, nous pourrions ainsi imaginer que William Moulton Marston et le dessinateur Harry Peter proposent un choix aux femmes : être elles-mêmes Diana Prince et accepter cet état de fait, ou briser les chaînes de la soumission et devenir Wonder Woman !

Sensation Comics #9

Dans le même registre, le numéro 90 de la revue Wonder Woman présente l’héroïne poussant un berceau occupé par un bébé T-Rex. Comme l’exprime ici encore Angelica E. Delaney, cette couverture exprime une volonté de présenter les femmes autrement que comme des matrices uniquement destinées à la vie de femme au foyer. La présence du T-Rex suggère l’idée que les femmes peuvent faire ça, mais bien plus encore !

Nous pourrions encore citer le numéro 1 de Wonder Woman paru à l’été 1942, dans lequel l’héroïne mène une charge de cavalerie au milieu la Seconde Guerre mondiale, ou encore le numéro 4 d’avril-mai 1942 sur la couverture duquel celle-ci s’apprête à réceptionner un char d’assaut en plein vol afin de sauver Steve Trevor d’une mort certaine. Enfin, près d’un an seulement après la première apparition de l’héroïne, le numéro 7 de la revue Wonder Woman, paru à l’hiver 1942, titrait « Wonder Woman for President » ! Le slogan parle de lui-même…

Mais l’un des exemples les plus flagrants de cette dynamique semble se trouver dans le Sensation Comics #6 au cours duquel les Amazones s’amusent à attacher Wonder Woman à un poteau. Celle-ci se libérera de ses chaînes sans le moindre effort, donnant à ses sœurs – et par là-même aux lectrices – un conseil inestimable : « Vous voyez les filles, c’est facile de briser ses chaînes si vous savez que vous en êtes capables ». Ce passage semble à lui seul résumer le message féministe présent chez Wonder Woman et son association avec le bondage sur lequel nous reviendrons rapidement.

Sensation Comics #6 (Juin 1942)

Au-delà de ces considérations, un réel commentaire féministe fut associé au personnage. S’il était sous-jacent lors de sa création en 1941, il le sera moins trente ans plus tard, lorsqu’en 1972 l’héroïne fut choisie pour apparaître sur la couverture du premier numéro du magazine féministe Ms. Au sein de celui-ci se trouvait un article signé Joanna Edgar et intitulé « Wonder Woman Revisited ». Cette apparition correspond avec ce que Gloria Steinem, la co-créatrice de Ms., qualifie de « renaissance » de l’Amazone en tant qu’icône féministe, mais également avec un retour de la Wonder Woman du Golden Age. Exit les changements typés années 60, les tenues stylisées et les intrigues liées à l’espionnage, place au retour du costume traditionnel. Mais surtout, cette couverture titrait un slogan bien connu des lecteurs de la première heure : « Wonder Woman for President ». Si le féminisme chez Wonder Woman adopte ainsi un autre visage au tournant des années 1970 et s’affirme plus ouvertement, il était présent depuis les origines. Il s’agit donc effectivement, comme l’a dit Steinem, d’une renaissance, bien que l’on pourrait probablement arguer du fait que le discours féministe au sein du Comic Book n’a jamais totalement disparu, il s’est simplement adapté aux différentes époques et aux divers scénaristes.

La mise en page de cette couverture n’était pas sans rappeler le Sensation Comics #1 qui lança les aventures de l’héroïne. Les deux unes présentent Wonder Woman au milieu d’une grand-rue, en pleine action. Mais là où celles-ci diffèrent, c’est dans le traitement de la scène : si, dans Sensation Comics #1, l’héroïne maîtrisait sans peine ses assaillants, elle s’attaque en couverture de Ms. à un ennemi plus complexe, la guerre du Vietnam. L’Amazone tient ainsi dans son lasso un village d’apparence asiatique qu’elle tente de protéger de la destruction, tandis qu’elle cherche de l’autre côté à prévenir la chute d’un avion militaire américain. L’héroïne est ainsi ramenée à son statut d’incarnation de Paix, de Justice et d’équité. Statut rappelé par le slogan « Peace and Justice in 1972 ». Elle cherche à stopper la guerre. Mais si sa tâche semble insurmontable, elle ne se décourage pas pour autant. Wonder Woman est ainsi redéfinie comme une héroïne, capable de stopper une guerre, comme c’était le cas en 1943. Plus encore, c’est dans la non-violence et la conciliation qu’elle cherche à accomplir sa tâche. Le « nouveau type de femme » créé par William Moulton Marston apparaît ainsi dans toute sa splendeur et Ms. Magazine offre à Wonder Woman un retour aux sources rafraîchissant.

Ms. Magazine #1

4. Wonder Woman face au sexisme des comic books

Si Wonder Woman a souvent offert une vision extrêmement positive de la femme, cela ne lui aura pourtant pas permis d’échapper aux polémiques concernant l’hyper-sexualisation des personnages féminins dans les Comic Books.

Les super héros sont connus pour leur plastique parfaite : les hommes possèdent une imposante musculature, les femmes un corps de rêve. L’argument avancé par les détracteurs de cette forme graphique consiste ainsi à dire que cette idéalisation physique de la femme tient lieu de « réaction hostile au féminisme, consistant à utiliser ces images idéalisées de la femme comme une arme politique dirigée contre les avancées féministes ». L’argument vise à considérer cette idéalisation physique comme un instrument d’oppression et de contrôle de la femme, celle-ci étant souvent utilisée en publicité pour vendre divers produits. D’aucuns ont encore avancé le fait que les femmes sont idéalisées d’une façon sexuelle quand les hommes le sont d’une façon qui met en avant la force et la puissance.

Cette conception donne finalement lieu à un débat : cette hyper-sexualisation est-elle libératrice car elle donne à voir des femmes qui assument leur sexualité, ou bien s’agit-il réellement d’un instrument oppressif masculin ? Au fond, il y a probablement des deux : le Comic Book est le fruit d’une époque et d’une mentalité. Si ce média est parvenu à se redéfinir et à évoluer au fil de l’Histoire, il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’une forme d’expression artistique façonnée par des hommes et dans lesquelles les hommes sont encore aujourd’hui majoritaires. On y trouve ainsi certains codes immuables, aussi contestables soient-ils. Il existe bien des femmes dessinatrices, scénaristes ou productrices mais la plupart des grands noms du genre sont aujourd’hui encore masculins. Au fond, la chose est probablement liée au lectorat des comics, principalement composé de petits garçons qui un jour deviennent grands et envisagent une carrière dans ce domaine cher à leur enfance. Mais il importe de se demander si la médiatisation de plus en plus importante des super-héros n’est pas en passe de changer la donne : un long-métrage consacré à l’héroïne vient de voir le jour, réalisé par une femme, Patty Jenkins, et produit par Deborah Snyder. Si les hommes sont encore majoritaires dans le processus créatif de ce long-métrage, il y a là une avancée symbolique importante.

Il est cependant indéniable que cette hyper-sexualisation peut donner lieu à une insatisfaction chez certaines femmes qui pourraient estimer ne pas tenir la comparaison physique avec Wonder Woman ou Power Girl. Mais au fond, quel homme peut prétendre avoir le corps de Superman ? Les super héros sont avant tout des parangons, des modèles de perfection tant physique que morale, comme l’étaient les Dieux Grecs et Romains. Il s’agit ni plus ni moins d’exemples à suivre. Aucun être humain ne peut espérer voler ou courir plus vite que la lumière, mais le super héros représente, comme le disait Jor-El dans Man of Steel, « un idéal à atteindre ». Un idéal de justice, de probité, d’honnêteté et d’humilité. Ce modèle se doit donc d’être parfait.

Cependant, s’il semble que ce point pourrait s’avérer contestable, il est indéniable que de nombreux personnages féminins dans les comics furent souvent relégués à un rôle de second plan. Comme l’ont très judicieusement souligné quantité de commentateurs, jusque dans les années 1990, les femmes les plus puissantes présentées dans ce média étaient le plus souvent méchantes ou corrompues par leur puissance. Ou encore, les personnages féminins étaient souvent assassinés, violés ou dépossédés de leurs pouvoirs. Le site internet Women in Refrigerators a notamment référencé quantité d’occurrences de ce type, tout en cherchant à en expliquer les causes.

Dans un mémoire en sciences sociales défendu en 2012 à l’Iowa State University, l’auteure Jackie Renee Hayes avance l’argument de la tragédie chez les super héros, exprimant que les superhéroïnes ne connaissent généralement pas de tragédie leur permettant de passer du statut de femme à celui d’héroïne, alors que la chose est quasiment inévitable chez les hommes. Ici encore, si l’argument semble plausible, nous pourrions multiplier les contre-exemples, comme Supergirl qui partage à peu de choses prêt l’Origin Story de son cousin Superman, ou encore Catwoman/Selina Kyle, échappée d’un centre de détention juvénile et confrontée à l’univers de la prostitution.

Finalement, Wonder Woman ouvre un débat à elle seule : peut-on être une icône féministe tout en possédant une plastique à la limite de l’irréalité ? L’un n’empêche probablement pas l’autre et tout dépend peut-être de la façon dont les choses sont présentées au lecteur. À ce titre, le film Wonder Woman (2017) offre un bel exemple de femme physiquement parfaite qui parvient à défendre ses idéaux et à obtenir le respect de ses pairs par sa seule force de caractère.

5. Du sadomasochisme chez Wonder Woman ?

Comme nous l’avons vu, William Moulton Marston menait une vie conjugale peu conventionnelle. Le plus étonnant est ici que, malgré ce mode de fonctionnement pouvant être considéré comme extrême, Marston soit parvenu à rejoindre le monde ces Comic Books, média alors réservé aux enfants. D’autant que celui-ci fera rapidement en sorte de disséminer ses conceptions personnelles au sein des aventures de l’héroïne.

L’une des thèses centrales de William Moulton Marston – présentée en 1928 dans son livre « The Emotions of Normal People » – était que les interactions sociales, politiques et sexuelles peuvent être réduites à une simple opposition entre les émotions primaires de domination et de soumission. Ce postulat devait l’amener à considérer que la psychologie peut nous amener à dépasser nos tendances les plus agressives et autodestructrices.

Afin de développer ses idées, l’auteur s’est intéressé aux rites de passages mis en place dans certaines sororités américaines, notamment la « Baby Party » du Jackson College, pendant féminin de la Tufts University où Olive Byrne fut étudiante. Ces « Baby Parties » étaient un rituel d’initiation consistant pour les jeunes recrues à se déguiser en bébé et à répondre aux demandes de leurs supérieures. L’un des rituels lié à cette initiation consistait à faire entrer isolément les initiées dans un couloir sombre, yeux bandés et mains liées dans le dos et de leur faire subir toute sortes de « punitions » inoffensives. D’après Marston, les aînées exprimèrent à de nombreuses reprises une forme d’excitation à l’idée d’exercer ce rituel de soumission, principalement lorsque l’une des jeunes recrues manifestait sa désapprobation à l’idée de se soumettre au jeu. L’auteur qualifiera le plaisir exercé dans ce rôle dominateur de « Pleasant Captivation Emotion ».

À l’inverse, il qualifia le sentiment des jeunes recrues soumises à ce traitement de « Passion Emotion », celles-ci ressentant selon lui « un sentiment extrêmement plaisant à l’idée d’être soumises et de plus en plus sans défense, entre les mains d’une personne placée en position de force et exerçant un stimulus ».

En se basant sur un sondage, le psychologue conclut ainsi que les trois-quarts des jeunes universitaires ayant participé au rituel d’initiation éprouvèrent une émotion non dissimulée. Il distingue alors les « Pleasant Captivant Emotions » [qu’il appelle également « Active Love »] des « Passion Emotions » [ou « Passive Love »]. La distinction est donc faite entre amour actif et passif… Néanmoins, l’auteur distingue ces théories du sadomasochisme qui a selon lui une connotation négative, reconnaissant cependant que « l’émotion ressentie au cours de ces Baby Parties pourrait être interprétée comme un genre d’idylle BDSM [pour Bondage, Discipline, Sado-Masochisme] dans laquelle le dominant et le dominé parviennent à établir une parfaite dialectique ».

William Moulton Marston s’intéresse ensuite aux hommes et avance l’idée selon laquelle ceux-ci sont naturellement enclins à réprimer ce « désir naturel de domination ». Selon lui, les femmes sont naturellement aptes à trouver le plaisir à la fois dans le rôle de dominant et celui de dominé, et ce autant dans une relation hétérosexuelle qu’homosexuelle. Il en tire ainsi la conclusion selon laquelle près d’une femme sur deux serait logiquement disposée à la relation homosexuelle… Cette conception se retrouvera plus tard dans Wonder Woman, les femmes vivant recluses sur l’île de Paradise Island où elles pratiquent de drôles de jeux visant à s’attacher les unes et les autres (Sensation Comics #6, Sensation Comics #29, Wonder Woman #6 ou encore Wonder Woman #13).

Sensation Comics #6 (Juin 1942)
Wonder Woman #13 (Juin 1945)

Étant parfaitement à l’aise avec sa théorie, il affirme encore que les hommes désireraient secrètement être dominés par les femmes et que celles-ci sont tout à fait capables d’exercer tant un rôle actif que passif dans ce jeu de domination. Il propose ainsi un programme d’entraînement sexuel dirigé par la gent féminine. Selon lui, les femmes les plus expertes devraient jouer le rôle de « Love Leaders » et apprendre tant aux hommes qu’aux femmes à prendre du plaisir dans une relation de domination, grâce à leur « Love Supremacy », ajoutant cependant que « la femme doit apprendre à utiliser son pouvoir pour le bien de l’Humanité et non pour son propre intérêt comme certaines le font sous le régime actuel ».

Si toute cette théorie a de quoi pousser le lecteur à sourire, il convient de souligner deux choses, à l’instar de l’auteur Ben Saunders dans son essai Do the Gods wear Capes : premièrement, l’idée de Marston était, à travers cela, de « fonder une société plus juste et pacifique par le biais d’une refonte de l’hétérosexualité ». Mais surtout, ce fantasme de la femme sauvant le monde grâce au pouvoir de l’amour érotique est à la base de ce que deviendra Wonder Woman treize ans plus tard.

Nous voyons donc à quel point Marston est un féministe convaincu qui, s’il présente les choses sous une forme peu conventionnelle, place la femme au centre de ses théories visant au renouveau de l’Humanité.

Wonder Woman est ainsi le fer de lance de cette vision. Et à celle-ci sera associée toute une imagerie faisant écho aux préceptes de Love Supremacy exprimés en 1928 par William Moulton Marston. C’est ainsi que les six premières années de l’histoire de Wonder Woman (de la création de l’héroïne jusqu’au décès de Marston) donneront à voir des scènes que d’aucuns pourraient juger choquantes dans des livres destinés à un public peu averti. La puissance féminine est ainsi célébrée en parallèle à des images de soumission et de bondage.

Les pages de Sensation Comics deviendront le véhicule des idées de Marston au point que, dès le numéro 2, Wonder Woman sera aidée dans ses aventures par Etta Candy and the Holiday Girls. Etta Candy est une jeune femme de nature généreuse, rapidement présentée comme la meilleure amie de Wonder Woman et qui sera souvent accompagnée des Holiday Girls, les filles de la sororité de la Holiday University… Au-delà de ces ressemblances avec les théories du psychologue, leur discours parle de lui-même : « Who’s afraid of a man ? If they’re men, we can catch them ! », alors que ces aventurières s’apprêtent à affronter un groupuscule nazi caché aux États-Unis.

Sensation Comics #2 (Février 1942)

Toujours dans une logique Marstonienne, dès les premières pages de ce numéro, Diana Prince – déguisée en infirmière – sera faite prisonnière par des soldats et parviendra sans mal à se libérer, s’exclamant : « They should have used chains – it would be more fun breaking them » avant de revêtir son costume de Wonder Woman.

Sensation Comics #2 (Février 1942)

À la fin de ce même épisode, Etta Candy fesse la diabolique Dr. Poison avec une planche de bois, tandis que Steve Trevor loue le travail de Wonder Woman auprès d’un journaliste, ajoutant que celle-ci est « l’être humain le plus séduisant qui soit ».

Sensation Comics #2 (Février 1942)

Le Sensation Comics #3 mettra quant à lui en scène la jeune Eve, séduite par un nazi afin de travailler pour les intérêts du Reich. Celle-ci sera introduite au sein de la sororité des Holiday Girls à la fin de l’épisode et suivra un rite de passage consistant à attraper des bonbons avec la bouche, yeux bandés, à genoux. Celle-ci sera bien évidemment fessée à chaque tentative ratée…

Sensation Comics #3 (Mars 1942)

La même Eve réapparaîtra dans le numéro suivant, toujours en position de dominée, fessée par une planche de bois et enchaînée par le cou à un radiateur dans la case suivante…

Sensation Comics #4 (Avril 1942)

C’est dans ce numéro qu’apparaîtra la Baronne Paula Von Gunther, antagoniste mineure de l’univers de Wonder Woman, dotée d’un penchant pour le déguisement. Celle-ci est en effet caractérisée par une tendance visant à se déguiser comme Cléopâtre et à réduire ses victimes en esclavage. Bien entendu, elle attachera rapidement Wonder Woman qui – comme cela est écrit dans les pages de la bande dessinée – se laissera faire !

Sensation Comics #4 (Avril 1942)

Quelques cases plus loin, la baronne fera à l’Amazone une démonstration de force au cours de laquelle des jeunes filles seront fouettées afin de leur « apprendre la discipline », promettant par la même occasion à Wonder Woman qu’elle subirait bientôt le même traitement. Ce à quoi, l’héroïne répondra bien entendu que cela risquerait d’être très amusant…

Sensation Comics #4 (Avril 1942)

On pourrait croire qu’au vu de la société de l’époque, ce genre de scènes aurait tôt fait de sonner le glas des aventures de Wonder Woman, mais à ce moment un demi million d’exemplaires du Comic Book se vendaient déjà chaque mois ! Au fond, il est difficile d’expliquer ce qui attirait réellement le lecteur dans ces scènes mais l’on peut sans crainte risquer d’affirmer que le scénario n’était pas le seul point d’attrait des jeunes garçons qui constituaient alors une bonne partie du lectorat de la revue, quoi qu’ils aient pu chercher dans ces pages… Toujours est-il que ce succès conforta Marston dans ses croyances et qu’il renchérit rapidement.

Le numéro 11 de Sensation Comics emmena ainsi Wonder Woman, Etta Candy et Steve Trevor sur la planète Eros, « récemment découverte par des astronomes américains ». Plus que les précédents, ce numéro donnera ouvertement corps aux théories de Marston, Eros étant une planète entièrement dirigée par les femmes et dans laquelle la culture de la soumission joue un rôle prépondérant. Les femmes y sont ainsi soumises à des périodes d’emprisonnement qu’elles semblent apprécier. L’une d’entre elles, Reba, sera cependant obligée de quitter sa cellule afin de diriger Eros. Refusant les responsabilités, elle renonce au pouvoir et place un homme, Dominus (ça ne s’invente pas !), sur le trône. Bien entendu, cette solution s’avérera rapidement désastreuse (mais donnera lieu à de nouvelles images de femmes enchaînées) et Wonder Woman devra renverser le nouveau souverain afin de rétablir l’ordre sur cette lointaine planète.

Dernier exemple particulièrement poussé, dans Wonder Woman #6, l’héroïne sera plongée dans un aquarium, enchaînée de la tête au pied, un masque de cuir sur le visage et un collier métallique autour du cou… Même au vu de tout ce qui vient d’être énuméré, la chose reste hautement surprenante…

Wonder Woman #6 (Septembre 1943)

Mais quoi que l’on puisse en penser – et en dépit des conceptions/fantasmes de William Moulton Marston –, ces nombreuses références aux chaînes sont là pour souligner de manière métaphorique la nécessité d’une libération de la femme et pousser celle-ci à perturber l’ordre établi.

6. Wonder Woman au cinéma

Bien que divers projets aient été envisagés, Wonder Woman n’eut jamais la chance d’obtenir son propre show hebdomadaire au cours des années 1940. Certains de ses homologues masculins, comme Batman, Superman ou Shazam, bénéficièrent de cette chance, mais aucun serial lié à l’Amazone ne prit jamais forme.

Il fallut attendre 1967 pour qu’apparaissent de nouveaux projets d’adaptation. À cette époque, la série télévisée Batman mettant en scène Adam West et Burt Ward connaissait un immense succès et son producteur, William Dozier, envisagea la mise en place d’une création similaire consacrée à Wonder Woman. C’est ainsi que naquit le projet « Who’s Afraid of Diana Prince ? ». Le réalisateur Leslie H. Martinson, ayant l’année précédente réalisé le célèbre long-métrage consacré au chevalier noir, fut ainsi commissionné et filma cinq minutes de test footage. La comédienne Ellie Wood Walker fut quant à elle engagée pour incarner Diana Prince, tandis que son alter-ego Wonder Woman prit les traits de Linda Harrison. La médiocrité de ce segment n’emballa cependant pas les producteurs et le projet tomba à l’eau.

C’est donc dans l’animation que Wonder Woman fit ses premiers pas sur écran, apparaissant dans la série animée The Brady Kids en 1972 puis, l’année suivante, dans la série Super Friends consacrée à la Ligue des Justiciers.

Deux ans plus tard, un nouvel essai de pilote télévisé vit le jour et, le 12 mars 1974, un téléfilm d’1h10 fut diffusé sur la chaîne ABC. Mettant en scène l’ancienne joueuse de tennis Cathy Lee Crosby, ce nouvel essai fut lui aussi un échec, la faute à un budget trop réduit et à un manque de cohérence par rapport au matériau de base. Cathy Lee Crosby était en effet blonde et bien loin de ressembler à Wonder Woman. Quant à son costume, à défaut de bannière étoilée, l’actrice se vit affubler d’une sorte de training rouge et bleu agrémenté d’une mini-jupe. Le scénario n’aida pas non plus à faire oublier ces étonnants choix.

Wonder Woman 1974

On aurait pu croire que tout projet visant à porter à l’écran les aventures de Wonder Woman allait être définitivement enterré. C’était sans compter sur un contexte télévisuel particulièrement favorable. L’époque était celle de Sergent Anderson et de Bionic Woman qui venait de faire son apparition dans L’Homme qui valait trois milliards. Désireuse de capitaliser sur ces succès, ABC commanda un nouveau pilote consacré à Wonder Woman. Ce troisième essai fut le bon : le costume était tout droit sorti du Comic Book ; Lynda Carter, bien que peu expérimentée, livra une prestation parfaite, et le budget était suffisamment étoffé pour permettre l’utilisation d’effets spéciaux comme le super saut, le lancement de la tiare de Wonder Woman et la déflection de balles au moyen des bracelets magiques. Le premier épisode de cette nouvelle série fut diffusé le 7 novembre 1975 et le succès fut immédiat.

Ce triomphe donna naissance à un projet de spin-off consacré à Wonder Girl, l’acolyte de Wonder Woman introduite dans le cinquième épisode de la série.  Celui-ci ne vit jamais le jour mais ABC comprit néanmoins qu’un nouveau marché s’ouvrait et lança l’année suivante le concept Drôles de Dames. Wonder Woman sera donc parvenue à bousculer une nouvelle fois les mentalités en montrant que les femmes pouvaient également occuper une place de choix à la télévision.

Pourtant, si le succès était au rendez-vous, ABC décida de ne pas continuer l’aventure. C’est donc la chaîne CBS qui sauva le show et produit une nouvelle saison en septembre 1977, rebaptisant par la même occasion Wonder Woman en The New Adventures of Wonder Woman. Malgré des audiences positives, cette troisième saison fut la dernière et Lynda Carter revêtit pour la dernière fois le costume de l’Amazone en 1979. Reste qu’après trois saisons, l’actrice avait marqué Wonder Woman de son empreinte à tout jamais.

Près de vingt ans plus tard, la scénariste Deborah Joy Levine qui connaissait alors le succès avec Lois et Clark : les nouvelles aventures de Superman envisagea de ramener l’héroïne sur nos écrans. Un appel fut lancé afin de trouver une interprète à la fin de l’année 1997 mais rien ne fut jamais concrétisé.

Le cinéma n’était cependant pas en reste, et divers projets s’y succédèrent également. À la fin des années 1990, Warner Bros développa un projet visant à porter à l’écran les aventures de la célèbre amazone. Ce long métrage devait être produit par Silver Pictures et Ivan Reitman y fut associé comme réalisateur dès 1996. Pas moins de sept scénarios furent écrits entre 1999 et 2001 mais une fois de plus, le développement fut interrompu, probablement à cause de l’échec de Batman & Robin et la légère traversée du désert que connaitra le département cinéma de DC Comics jusqu’à Batman Begins en 2005 et surtout The Dark Knight en 2008.

Un autre projet vit le jour en 2007 : Justice League Mortal, une tentative de porter les aventures de la Ligue des Justiciers à l’écran avec George Miller derrière la caméra et Megan Gale dans le rôle de Wonder Woman. Malgré la création d’un costume et la prise de clichés promotionnels, ce projet ne connut pas non plus l’aboutissement espéré.

Megan Gale dans son costume de Wonder Woman pour le projet Justice League Mortal (2007)

C’est donc une fois encore dans l’animation que l’héroïne trouva le succès, apparaissant à de nombreuses reprises dans la série télévisée La ligue des justiciers produite par Cartoon Network entre 2001 et 2004. Plus encore, le quatrième long métrage du DC Universe Animated Original Movies lui fut consacré en 2009. La réalisatrice Lauren Montgomery ayant déjà officié sur le premier film de la série, Superman : Doomsday, releva le défi haut la main. Néanmoins, malgré un accueil positif, aucune suite ne fut apportée à ce film.

Deux ans plus tard, la chaîne NBC commanda un pilote consacré aux aventures de l’héroïne. L’actrice Adrianne Palicki enfila le costume mais les polémiques apparurent rapidement à ce sujet. Celui-ci était en effet une tentative maladroite de mettre l’uniforme de l’héroïne au goût du jour tout en le dégageant d’un maximum de références au drapeau américain. Inutile de dire que cette dénaturation condamnait d’avance la future série télévisée. Et en effet, les projections test ne parvinrent pas à convaincre la production et Adrianne Palicki dû renoncer à incarner l’héroïne.

Adrianne Palicki sur le tournage de la série Wonder Woman en 2011

La chaîne CW tenta à son tour de donner corps à l’univers des Amazones en 2012, galvanisée par le succès de sa série Arrow. Elle envisagea ainsi une création dans la même veine que Gotham ou de Krypton, actuellement en cours de tournage, à savoir un show basé sur les origines lointaines de nos héros. Ce projet nommé Amazon ne vit lui non plus jamais le jour et Wonder Woman resta loin de nos écrans pendant plusieurs années jusqu’à l’annonce du casting de Gal Gadot dans le rôle titre le 4 décembre 2013 et sa première apparition trois ans plus tard dans Batman v Superman.

Si Batman v Superman fut boudé par les critiques à sa sortie, la majorité d’entre eux s’accordèrent à dire que Wonder Woman tira largement la couverture vers elle, mettant ainsi fin aux inquiétudes des fans qui jugeaient Gal Gadot trop maigre et peu apte à faire honneur au personnage. Ce succès permit d’envisager positivement la sortie du film qui devait lui être consacré. Le jour venu, le 2 juin 2017, la critique fut unanime et salua le travail de réalisation de Patty Jenkins. Après trente-huit ans d’errance cinématographique, Wonder Woman venait à nouveau de conquérir nos écrans. Et cela semble loin de s’arrêter !


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Bradyn Shively, Men in Tights, Women in tighter Tights : How Superheroes Influence and Inform the Perceptions of Gender and Morality in Children and Adolescents, Kent State University [En ligne], https://etd.ohiolink.edu/!etd.send_file?accession=ksuhonors1482164420864626&disposition=inline, 2016.

  • Vidéo

Wonder Women ! The Untold Story of the Great American Superheroines, Réal. Kristy Guevara-Flanagan, Harriman, New Day Films New York, 2012.

Alexandre Alvarez
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Journaliste du Suricate Magazine