Wildlife, drame familial classique

Wildlife
de Paul Dano
Drame
Avec Carey Mulligan, Jake Gyllenhaal, Ed Oxenbould, Bill Camp
Sorti le 19 décembre 2018

Dans le Montana des années 60, le jeune Joe, 14 ans, est le témoin impuissant de la détérioration des rapports entre son père et sa mère. Le père, Jerry, qui vient de perdre son travail, décide de quitter sa famille plusieurs mois pour aller combattre un feu de forêt ayant cours dans les montagnes environnantes. Déçue par ce qu’elle considère comme un abandon de foyer, Jeannette débute une relation avec un homme d’âge mûr, au vu et au su de son fils.

Pour sa première réalisation, le comédien Paul Dano (Little Miss Sunshine, There Will Be Blood) adapte un roman de Richard Ford et caresse le double projet de donner un beau terrain de jeu à ses acteurs et de faire le portrait de cette dégradation d’un mariage, d’un foyer familial, vu par les yeux de l’enfant. Il échoue malheureusement sur les deux tableaux, se laissant trop facilement porter par le classicisme bien pratique qu’il charrie.

Cette soi-disant montée en puissance que le film porte en étendard, l’exposition prétendument progressive de la fin de la cellule familiale est particulièrement mal négociée, puisqu’elle est en réalité résumée à quelques scènes de ménages, puis symbolisée par l’absence du père – et d’un acteur, Jake Gyllenhaal, dont la présence en tête d’affiche est éminemment mensongère. Par le fait que l’on ne comprenne pas bien pourquoi ce couple périclite, on en vient également à ne pas comprendre le comportement de la femme qui, du jour au lendemain, passe de la femme au foyer caricaturale de l’époque à la non moins caricaturale « chercheuse d’or », qui entame une relation avec un riche vieux monsieur.

Ce personnage féminin est assez ambigu, voire douteux, et n’est pas dépeint avec assez de complexité ni de respect pour que le spectateur lambda ne soit pas au mieux agacé, au pire révolté par son comportement et ses attitudes. Le jeu peu subtil de Carey Mulligan, tout en minauderies et recherche d’apitoiement, y est sans doute pour beaucoup. Douteuse également est la manière de vouloir présenter, dans un premier temps, le personnage de l’amant comme positif, sympathique, avant de finalement le catégoriser purement et simplement comme « vieux cochon libidineux ».

Ce qui est probablement le plus agaçant dans Wildlife, au-delà des maladresses d’écriture, c’est l’orchestration d’un festival de cabotinages, de numéros d’acteurs agencés en morceaux de bravoure où chacun à son moment. Il en résulte quelques scènes de confrontations hystériques entre des comédiens en mode « oscar » (Mulligan et Gyllenhaal, donc) dont l’opposition à un acteur aussi fade et peu charismatique que le jeune Ed Oxenbould (dans le rôle de Joe) laisse encore plus pantois.

Thibaut Grégoire
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Journaliste du Suricate Magazine