Une histoire de fou, mémoire d’Arménie

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Une histoire de fou

de Robert Guédiguian

Drame

Avec Ariane Ascaride, Simon Abkarian, Grégoire Leprince-Ringuet, Syrus Shahidi

Sorti le 9 décembre 2015

Cinéaste marseillais d’origine arménienne, Robert Guédiguian avait attendu 2006 pour faire un film sur ses racines. Si Le Voyage en Arménie prenait des allures de retour aux sources salutaire, Une histoire de fou s’intéresse aux conséquences du génocide plus de soixante ans plus tard, et plus précisément à leur impact sur une famille arménienne immigrée en France.

Dans les années 80, Aram, jeune marseillais d’origine arménienne, rompt avec sa famille pour rejoindre l’Armée de libération de l’Arménie, persuadé qu’il faut recourir aux armes pour faire reconnaître le génocide par l’opinion publique. Lors d’un attentat ciblé contre la voiture de l’ambassadeur de Turquie à Paris, Aram fait une victime collatérale, le jeune Gilles Tessier, qui y perd l’usage de ses deux jambes. Tessier va tout faire pour comprendre les motivations de son bourreau et tenter de le rencontrer, avec l’aide de la mère de celui-ci.

Avant d’installer les prémisses de son récit principal et de présenter la famille d’Aram, Guédiguian passe par une première partie en noir et blanc, dans laquelle il retrace l’exécution de Talaat Pacha, principal responsable du génocide arménien, par Soghomon Tehlirian dans les rues de Berlin en 1921. Cette manière de mettre en perspective la petite et la grande histoire lui permet aussi de placer sa fiction dans une relation d’égalité avec la réalité.

L’histoire de Gilles Tessier est inspirée de celle de Jose Antonio Gurriaran, journaliste espagnol qui, après avoir sauté sur une bombe posée à Madrid par l’armée de libération d’Arménie, s’était lancé dans une enquête sur la question arménienne et avait fini par rencontrer les responsables de son état afin de discuter avec eux. Cette base scénaristique et la démarche de mémoire historique, ainsi que le style de Guédiguian, le conduisent à livrer un film très classique, un peu didactique, mais duquel émergent quand même une vraie authenticité, une conscience politique et quelques moments d’émotion pure.

Le film est constamment intéressant par la réflexion qu’il porte sur ce qu’est un combat politique, comment il doit être mené, et comment il peut amener à des dérives de violence, voire terroristes. La révélation de son héros touché malgré lui par la problématique arménienne (Gilles Tessier) est cristallisée par une vraie belle scène de cinéma, lorsque le père de son bourreau le porte sur ses épaules afin de l’emmener voir la chambre de celui-ci. Guédiguian n’est certes pas un formaliste, mais son cinéma donne parfois naissance à des instants de grâce, notion qu’il applique aussi à la caractérisation de ses personnages, toujours traités avec beaucoup de respect et de dignité.

Thibaut Grégoire
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Journaliste du Suricate Magazine