Trois fois la fin du monde : une fable sérieusement très inspirée…

auteur : Sophie Divry
édition : Notabilia
sortie : août 2018
genre : roman

Pour avoir aidé son frère à braquer une bijouterie, Joseph Kamal se retrouve en prison. Un nouveau roman ayant pour décor des cellules exigües, malodorantes et surpeuplées, des trafics et combines en tous genres et autres sodomies dans les douches ? Vous n’y êtes pas. Joseph quittera la prison bien plus tôt que prévu. Il fera partie des quelques rares survivants aux radiations causées par l’explosion d’une centrale nucléaire. C’est ainsi que débute pour Joseph une vie de pérégrination dans une France décimée, jonchée de cadavres.

Une histoire estampillée fin du monde ? Vous n’y êtes toujours pas. Trois fois la fin du monde est plutôt une réflexion sur le retour à l’essentiel. Que ferions-nous sans notre confort habituel dans une vie où notre but premier serait la survie ? Un monde où l’on serait obligé de cultiver ce qui se retrouvera dans notre gamelle. Une existence où si l’on se chauffe intelligemment, ce n’est pas pour retoucher des subsides de l’Etat mais bien par conscience d’économiser nos précieuses ressources. Un monde où l’on se recentre sur les sentiments humains et l’Amour. Quand Joseph cogite un moment et conclut « Ce soir, j’me tape la courge », il a bien dans la tête de débiter une cucurbitacée et non d’entreprendre de façon cavalière une inconnue accoudée au bar.

Autre aspect militant de ce roman : seuls la nature et les animaux ont survécu à la catastrophe. Les Hommes ont péri, à quelques exceptions près, comme l’atteste la présence du héros. Sophie Divry veut-elle nous faire passer le message que l’Homme est le seul être destructeur sur Terre et qu’il va se prendre un fameux retour de boomerang dans la tronche? Certainement.

N’oublions pas la notion de liberté qui est un des éléments porteurs de cet ouvrage. Tout d’abord, la privation pure et simple de liberté abordée en début d’histoire dans la description du milieu carcéral extrêmement dur et injuste et qui, dans cette histoire, avilit les détenus. Et à l’inverse, le trop plein de liberté que Joseph s’accorde par la force des choses et qui ne comporte plus aucune limite. Si ce système peut être alléchant par certains aspects, plutôt secondaires, certes, tels que le pillage de l’Intermarché du coin ou repeindre sa maison sans se soucier des règles d’urbanisme, en société néanmoins, cette absence de règles serait tout simplement synonyme de chaos. Cela a le mérite de nous faire réfléchir.

Cependant, si Trois fois la fin du monde revêt des thématiques intéressantes, le rythme du roman est assez inégal. Le caractère palpitant du début laisse place à une longue errance sans rebondissements majeurs qui peinent à tenir le lecteur en haleine. De plus, l’humour coutumier de l’auteure n’est malheureusement pas au rendez-vous… légère déception pour ses lecteurs assidus.

Mais que cette dernière note plus négative ne vous rebute pas, car Trois fois la fin du monde est une lecture intelligente, et son auteure l’est tout autant. Nous attendons son prochain roman avec grande impatience !

Emmanuelle Lorriaux
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Journaliste