The Trip to Italy de Michael Winterbottom

the trip to italy affiche

The Trip to Italy

de Michael Winterbottom

Comédie dramatique

Avec Rob Brydon, Steve Coogan, Rosie Fellner, Marta Barrio, Claire Keelan

Dans le cinéma se côtoient des films bons et moins bons. Les raisons d’un échec sont diverses : excès d’effets spéciaux, absence de psychologie dans les interprétations des personnages, scénario prévisible… Pourtant, il est souvent possible, avec un peu de clémence, de sauver l’un ou l’autre élément d’une mauvaise réalisation (qualité des images, scénario bien pensé, enchainement des séquences et des plans inventifs…). Pour The Trip to Italy, cela devient très difficile. À dire tout de go, c’est sans doute un des plus mauvais films qu’il m’ait été donné de voir depuis longtemps…

Bien sûr, on pourra rétorquer que le jeu des acteurs ici est bien mené. Mais cela aurait été un comble que ce ne fut pas le cas, puisque Rob Brydon et Steve Coogan interprètent leur propre personne, jouant de la confusion entre monde réel et monde fictif.

Mais là où le bât blesse, c’est dans l’ensemble du film en général. The Trip to Italy s’attache avec une longueur désespérante à suivre deux prétendus amis sur les routes italiennes. Pour les deux compères britanniques, ce voyage est l’occasion de découvrir la péninsule ainsi que de renouer avec une amitié mise quelques temps entre parenthèse.

Or, si certains paysages sont très beaux, l’aspect culturel (très axé sur la littérature, ce qui n’a rien d’étonnant au vu du parcours de Michael Winterbottom qui a tout de même reçu une licence de lettres à Oxford) n’est abordé que par le prisme de l’Angleterre. En effet, mis à part Dante ― invoqué sans doute pour légitimer les aventures amoureuses des personnages―, seuls Shelley et Bolton intéressent réellement Steve et Rob. Pour le reste, il y a bien sûr quelques références cinématographiques, apparaissant dans les nombreuses imitations auxquelles s’adonnent les deux personnages. Mais de Michael Caine à Brigitte Bardot, rien de particulièrement italien…

Vous pourriez me rétorquer que Rob et Steve visitent tout de même le Vésuve tandis que Le Parrain est plusieurs fois mentionné. Je vous répondrais qu’outre le fait qu’il me semble, sans stéréotype aucun, impossible de ne pas les aborder, ils ne servent que de prétexte pour révéler la tension entre les deux voyageurs. En effet, il y a comme une forme d’incompréhension mêlée de jalousie entre ceux-ci. Elle s’affiche d’ailleurs clairement lorsque Rob s’exprime avec les restes d’un Vésuvien à propos de son agacement pour Steve ou lorsqu’il se rêve Parrain tuant ce dernier…

Adieu donc amitié et culture. Il reste sans doute la cuisine pour se consoler. Mais là encore, The Trip to Italy déçoit. Alors que Steve et Rob sont tout de même commissionnés par The Observer pour faire des critiques culinaires, les nombreuses dégustations dans des restaurants à l’air ma foi plutôt guindés ne se résument qu’à des « c’est très bon » et lorsqu’on questionne les deux personnages sur la gastronomie italienne en général, ceux-ci ne peuvent que répondre un piètre : « c’est des pâtes ». De plus, les plans présentant les cuisiniers à l’œuvre ne sont finalement que juxtaposés. Sur cet aspect encore, on reste sur sa faim.

Pour égayer ou remplir ce triste road trip culinaire, Michael Winterbottom a ménagé de longues conversations entre les personnages. Parsemées d’imitations et de références pas toujours évidentes à comprendre, elles figurent souvent des situations improbables. Un moyen sans doute de montrer le besoin d’évasion de Rob et Steve, tous deux enlisés dans un quotidien problématique, à moins qu’il ne s’agisse d’une volonté de faire rire. Par leur redondance (la répétition est d’ailleurs particulièrement présente à tout propos dans ce film, le réalisateur considérant que « well live’s repetitive »), elles finissent par excéder, d’autant que l’on n’est pas forcément réceptif à l’humour britannique. Au final, pour un film en majorité composé de dialogues, on aurait pu proposer des échanges plus piquants.

Pour terminer, il nécessaire de mentionner que ce film a pour origine la seconde saison de la série télévisée The Trip diffusée par la BBC Two ainsi qu’un premier long métrage du même nom. Pour répondre à l’inquiétude du réalisateur, qui transparait d’ailleurs au détour de cette citation de Lord Byron : « S’il m’est donné de produire encore une unique et belle œuvre d’art, je pourrais alors arracher à la méchanceté son venin, à la lâcheté ses sarcasmes et couper à la racine la langue du mépris », on aurait préféré, du moins pour cette fois-ci, qu’il se fut abstenu…

Nassima Cherke
A propos Nassima Cherke 42 Articles
Journaliste du Suricate Magazine

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.