Trente-trois fois mon amour : les péripéties d’un Orphée des temps modernes

titre : Trente-trois fois mon amour
auteur : Nicolas Barreau
éditions : Héloïse d’Ormesson
sortie : 7 février 2019
genre : roman

« Il y a quelque chose de plus entre le ciel est la terre » répète le héros de ce roman citant Shakespeare. Trente-trois fois mon amour nous relate l’histoire de Julien Azoulay, trentenaire parisien d’aujourd’hui, quelques mois après la perte de son épouse. Il s’attèle avec peine à l’écriture de trente-trois lettres à sa femme, honorant ainsi sa dernière promesse.  La disparition des missives de leur réceptacle secret et leur remplacement par de mystérieux objets vont lui fait croire à un signe de l’au-delà.

L’histoire au romantisme assumé plonge son protagoniste entre douceur et douleur. Cet auteur de comédies romantiques en souffrance verra ainsi sa route parsemée de références artistiques, par exemple, des poèmes de Heinrich Heine et Jacques Prévert ou des pièces de Sartre et Cocteau. Montmartre, l’ancien quartier des artistes, surplombé de la Basilique du Sacré-Cœur où aiment flâner touristes et amoureux, compose le décor idéal du récit. Son cimetière, lieu de la première rencontre entre Julien et sa femme où cette dernière est inhumée, accueille ce drôle de dialogue entre le héros et sa bien-aimée disparue. Les statues décorant les sépultures, sur lesquelles le jeune-homme projette des émotions imaginaires, jouent un rôle important dans cet échange.

L’auteur évite néanmoins de sombrer dans la mièvrerie en inscrivant son protagoniste dans ses relations familiales, amicales et professionnelles. A ce titre, les moments de complicité entre Julien et son petit garçon de 4 ans sont décrits avec une jolie authenticité, comme lorsqu’ils regardent un film en partageant un paquet de chips. Par ailleurs, l’entourage du jeune-homme le pousse à s’ouvrir à de nouvelles relations amoureuses avec plus ou moins de délicatesse.

Nicolas Barreau réussit à alterner les séquences romantiques et réalistes grâce à un style généralement enlevé. On peut cependant regretter la trivialité surfaite de certains dialogues, notamment entre Julien et son ami Alexandre.

Le jeune veuf va donc trouver différents objets (un caillou en forme de cœur, un poème, un ticket de cinéma…) qui traceront un véritable jeu de piste à travers Paris. Le suspense, dont le dénouement est quelque peu cousu de fil blanc, sert surtout de prétexte pour balader le héros entre rencontres et coïncidences.

Le lecteur prend plaisir à suivre les péripéties de Julien et devient complice de l’auteur en s’amusant de la cécité de cet Orphée des temps modernes. Le charme romantique à la fois actuel et suranné de Trente-trois fois mon amour devrait séduire les âmes sensibles appréciant les belles plumes.

Sophie Karides
A propos Sophie Karides 6 Articles
Chroniqueuse du Suricate Magazine