The Woman Who Left, Philippines confidentielles

The Woman Who Left

de Lav Diaz

Drame

Avec Charo Santos-Concio, John Lloyd Cruz, Michael De Mesa

Sorti le 13 décembre 2017

Philippines, années 90. Emprisonnée à tort pendant de longues années, Horacia apprend qu’elle est ici en partie par la faute de celle qui est devenue sa meilleure amie. C’est également grâce à cette dernière qu’elle sera libérée. Cela synthétise l’esprit d’un long-métrage tout en nuance, qui dresse le portrait d’un pays en s’articulant autour d’une héroïne qui semble bien décidée à assouvir sa vengeance contre celui qui a organisé une machination la privant de trente années de sa vie.

Cependant, disons-le d’emblée, ce n’est pas forcément cet aspect qui intéresse le plus le réalisateur sur la durée totale du long-métrage, même si le thème de la vengeance ressurgit régulièrement, lui apportant rythme et structure, et jouant avec certains codes du film d’auto-justice.

En effet, The Woman Who Left tend avant tout à dresser le portrait d’une femme qui essaye tant bien que mal de se reconstruire, tout en étant parasitée par un passé douloureux duquel elle ne peut faire abstraction la plupart du temps. La grande durée du long-métrage, à savoir 3h46 tout de même, vient appuyer ce fait, laissant à Horacia la marge dont elle a besoin pour tenter de réapprendre à vivre hors de la captivité.

Cela se fait notamment au gré de rencontres de personnages également marqués par la vie, l’héroïne s’infiltrant en quelque sorte au sein de la communauté pauvre, dans le but premier de recueillir des informations. Elle ne tardera cependant pas à voir son but se diluer au contact de ceux qu’elle n’hésitera pas à aider, offrant au film des séquences tour à tour touchantes et absurdes, sans toutefois se défaire d’une certaine dureté. C’est là que réside la principale qualité du film, à savoir composer avec pudeur et humanité des instantanés marquants d’individus qui tentent de vivre tant bien que mal dans une période violente et difficile.

Cela explique peut-être pourquoi la dernière partie, lors de laquelle Horacia, livrée à elle-même, part à  la recherche de son fils disparu des années auparavant, sonne quelque peu dissonante eu égard du reste.

Il n’empêche, avec ses plans (en grande majorité fixes) à la composition travaillée, rehaussés par un noir et blanc soigné, The Woman Who Left parvient la plupart du temps à trouver le ton juste entre rêverie et réalisme. Bien qu’ayant pu bénéficier d’une bonne demi-heure en moins, le film, qui a reçu le Lion d’or lors de la 73e Mostra de Venise est, sous ses atours exigeants, une proposition de cinéma intrigante non dénuée de qualités.

Guillaume Limatola
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Journaliste - Responsable BD du Suricate Magazine