Stan & Ollie, le chant du cygne de Laurel et Hardy

Stan & Ollie
de Jon S. Baird
Biopic, comédie dramatique
Avec Steve Coogan, John C. Reilly, Nina Arianda, Shirley Henderson, Rufus Jones
Sorti le 13 mars 2019

En 1953, alors que leur carrière est sur le déclin, Stan Laurel et Oliver Hardy se lancent dans une tournée théâtrale à travers l’Angleterre, reprenant quelques-uns de leurs grand « hits » avec un timing comique toujours au point. Peinant d’abord à remplir les salles, la tournée finit, à la grande surprise de leur impresario, par être un véritable succès. Mais tandis que le duo semble être en symbiose une fois sur scène, leurs relations en coulisses sont plus compliquées, entravées par de vieilles rancunes et un projet de film qui ne verra jamais le jour.

Arborant une structure actuellement très en vogue dans le genre du biopic, Stan & Ollie se concentre sur une période donnée des vies et de la carrière de Laurel et Hardy. Dépeignant une sorte de chant du cygne d’un duo comique sur le retour, le film aurait pu être emphatique ou mélodramatique. Il se teinte effectivement d’une certaine dose de mélancholie et se plaît souvent à montrer l’envers du décor, le revers de la médaille de clowns tristes fatigués.

Mais malgré ces tendances un peu roublardes et un classicisme affiché et assumé, le film parvient à développer une vision plus complexe de l’artiste comique, questionnant la frontière entre vie et scène et dans quelle mesure l’une inspire l’autre et vice versa. Dans une scène convoquant la nostalgie du burlesque, Laurel et Hardy font leur numéro devant une réceptionniste d’hôtel qui se demande si ce sont les acteurs ou les personnages qu’elle a devant elle. Plus tard, une autre scène entre en résonance avec la première, quand une véritable dispute entre les deux hommes, lors d’une réception, passe aux yeux des convives pour un numéro comique de plus.

Stan & Ollie parvient à interroger son spectateur sur le statut et les affects de ses personnages à partir de ce jeu de résonances entre différents degrés de représentation, qu’elle soit scénique ou sociale. En outre – contre toute attente concernant un projet en apparence aussi formaté à un classicisme de bon aloi –, le film charrie quelques véritables idées de mise en scène, notamment lors du climax final, une ultime représentation lors de laquelle des plans sur les ombres des comédiens apporte à ce qui sonne comme un dernier tour de piste une dimension inattendue.

Thibaut Grégoire
A propos Thibaut Grégoire 318 Articles
Journaliste du Suricate Magazine