Sonate d’automne au Boson

D’après Sonate d’automne d’Ingmar Bergman, mise en scène de Bruno Emsens avec Francesso Mormino, Jo Deseure, Julie Duroisin et Inès Dubuisson. Du 9 au 26 octobre 2018 au Théâtre Le Boson.

C’est en 1978 que sort Sonate d’automne d’Ingmar Bergman, réalisateur, scénariste et metteur en scène suédois qui a marqué le cinéma avec une grande et puissante œuvre, primée et récompensée à plusieurs reprises. Bruno Emsens, débutant sa carrière professionnelle au C.E.R.N, de chemins en chemins,  fonde en 2012 Le Boson où se joue Trahisons de Harold Pinter, première pièce qu’il met en scène. Sonate d’automne est sa dernière création. C’est l’histoire d’une mère et d’une fille qui vont démêler  les fils d’une relation toxique.

Pour accueillir cette histoire, une maison-cage, des arêtes et des châssis transparents qui dévoilent sans pudeur  l’intimité d’une famille, et des ombres et des sons d’ambiance comme au cinéma, créant à la fois un espace réel et onirique.  Eva invite sa mère Charlotte, brillante pianiste, à venir la voir à Bindal, bourgade suédoise perdue, dans le presbytère où elle vit avec Viktor, son mari, et narrateur discret du drame qui va se jouer. Elles ne se sont plus vues depuis 7 ans, la tension se ressent entre elles, et après autant d’année, où se trouvent le vrai et le faux dans les comportements et les gestes ? En haut, à l’étage, Héléna est clouée au lit, sa maladie empire et Eva a décidé de la reprendre chez eux pour prendre soin d’elle. Sans ménagement, Eva place sa mère devant le fait accompli et Charlotte doit affronter ce qu’elle a en horreur, la maladie de sa fille. Le soir arrive et alors, sans ménagement non plus, Charlotte humilie sa fille au piano, soufflet de la femme orgueilleuse à la femme effacée.

Chacune va jouer cette partie d’échec avec ses armes, jeu sinistre où les rancœurs et les injustices bouillonnent sous la surface lisse de l’amour. Trois femmes encagées, l’une dans son corps, les deux autres dans leurs passés et leurs  blessures, Charlotte, Eva, Héléna, brillamment incarnées par Jo Deseure, Julie Duroisin et par Inès Dubuisson.

Sonate d’automne n’est pas une pièce légère, elle n’est pas drôle malgré ces instants où des sourires s’esquissent, où des gorges rient, c’est une pièce tragique avec des personnages tragiques et tristes, c’est une pièce qui englue le spectateur dans un sentiment de malaise, sans échappatoire possible. L’art n’est pas que divertissement, il peut être aussi catharsis, et Sonate d’automne est une pièce introspective de qualité qui aura peut être, qui sait, quelques vertus libératrices pour l’un et l’autre.

Elodie Kempenaer
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