La Somnanbule dans une Traînée de Soufre de Catherine Gil Alcala

auteur: Catherine Gil Alcala
édition: La Maison brûlée
sortie: juin 2017
genre: poésie

La poésie à cela de fascinant qu’elle peut être à la fois ouverte à toutes les interprétations et à la fois terriblement précise dans ce qu’elle veut transmettre, dans ce qu’elle veut décrire, dire, raconter. Au lecteur de voir s’il souhaite avoir les clés de lecture ou s’il veut se laisser happer par l’incompréhension et parfois se trouver démuni devant des mots au sens qui lui reste hermétique.

Catherine Gil Alcala est une auteure, metteur en scène et performeuse, elle vogue entre la scène et l’écriture et parfois lie les deux en prenant le rôle de metteur en scène. Ici, elle se fait poétesse de l’intime et de l’étrange, empruntant à la mythologie et au fantastique son bestiaire et ses figures marquantes. Oubliez les cours de poésie qui ont pu nous user à l’école, oubliez les rimes croisées et embrassées, oubliez les quatrains et les alexandrins, ici, les rimes sont décroisées voire inexistantes et les alexandrins n’ont pas pignon sur rue.

Le sens des poèmes de Catherine Gil Alcala se dérobent sous nos yeux, trompeurs, ils s’offrent à nous dans toute leur simplicité de forme mais se rient de nous lorsque nous essayons de les comprendre. Alors que le sens nous semble évident, il file et s’enfuit. On le relit, on cherche à comprendre, un fil de se détache puis nous lâche.

La structure est familière, en prose,  le vocabulaire est extrêmement riche, il paraît presque inventé mais sous ce couvert, comme une toile de brume, le sens est tapi là, quelque part. Il nous parle de la femme et de son désir, de sa sensualité et de sa sexualité. Il nous parle aussi des dieux et des hommes. Mais il pourrait tout aussi bien nous parler de l’univers qui se crée. Ou de l’homme dans toute sa petitesse.

Plonger dans la lecture de La Somnanbule dans une Traînée de Soufre c’est accepter de ne pas comprendre et de ne pas avoir les clés, c’est accepter l’idée que le seul sens qui sera, sera celui tout personnel du lecteur. Et c’est simplement écouter la mélodie intime des mots. Une lecture déroutante et envoûtante à avoir sur sa table de chevet pour la savourer avant de dormir.

Commentaires

commentaires

Elodie Kempenaer
A propos Elodie Kempenaer 57 Articles
Journaliste