Singspiele au Théâtre 140

De Maguy Marin, scénographie de Benjamin Lebreton, avec David Mambouch

Le 20 novembre 2014 à 20h30 au Théâtre 140

Dans Singspiele, seul en scène, un homme revêt à tour de rôle différents apparats et se transforme au fil des poses ; sur son visage, une succession de visages photographiés en noir et blanc qu’il effeuille avec délicatesse. C’est une prouesse exceptionnelle que le danseur David Mambouch livre durant près d’une heure et demie. Le visage caché, avec une concentration extraordinaire, il saisit sur les porte-manteaux ces morceaux de tissus qui créent les profils et façonnent les personnalités. C’est un tour de passe-passe fascinant, troublant par moments, comique aussi grâce à la surprise de ce qui va suivre. On est tenu en haleine, impatient de voir s’articuler le corps au rythme des déambulations. L’atmosphère est, dans ce spectacle, calme mais anxiogène par moments, baignée dans une superposition de sons d’ambiances, de voix, de cris urbains. La recherche est intéressante et l’effort plus que louable mais ce climat peut aussi s’avérer pesant et l’on imaginerait bien quelques vagues de musique s’infiltrer pour y injecter de la légèreté.

Toutefois Maguy Marin, pour cette seconde création présentée au Théâtre 140 – après May b – se montre originale et assidue, plongeant le spectateur dans une réflexion sur le rôle interchangeable que prennent les Hommes dans leur attitude et leur reflet aux autres. Le panel sociétal est d’une certaine manière exposé au monde, dans ce spectacle, entre visages célèbres et anonymes. On soulignera le talent de David Mambouch qui incarne à la perfection la succession de personnages, tout en traversant ce plateau sobre et d’une esthétique idéale. La lumière reste neutre, quelque peu inchangée, mettant le projecteur sur l’homme seul dans cette chambre qu’il traverse à petits pas. C’est un beau spectacle nécessitant un minimum de patience car le rythme est lent et le geste méthodique. Une réflexion pertinente sur la danse en tant qu’art qui ne se cantonne pas à ce qu’on imagine de prime abord ; une chorégraphie du quotidien.

Justine Guillard
A propos Justine Guillard 91 Articles
Journaliste du Suricate Magazine

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.