La route du levant, humaniser la radicalisation religieuse pour l’interroger

De Dominique Ziegler, mise en scène de Jean-Michel Van den Eeyden avec Jean-Pierre Baudson et Gregory Carnoli. Du 11 janvier au 24 janvier 2018 à 20h30 au Théâtre National.

Le Théâtre National diffuse la nouvelle pièce du metteur en scène et directeur du théâtre de l’Ancre Jean-Michel Van den Eeyden. Elle traite de la radicalisation des jeunes élevés dans la société occidentale, d’après un texte de l’auteur engagé Dominique Ziegler.

Deux hommes se font face dans un commissariat de banlieue. L’un est un policier revêche ; l’autre est un jeune accusé de vouloir rejoindre la Syrie pour intégrer un groupe extrémiste. L’interrogatoire devient rapidement tendu, et ce ne sont plus deux personnes qui s’affrontent, mais deux visions de la société occidentale, un Occident qui piétine d’ailleurs autant de chances qu’il en donne. Comment répondre à la radicalisation ? Un terrain d’entente, un « deal » est-il encore possible entre ces deux individus ?

La Route du Levant s’ouvre sur un décor austère. Les deux comédiens s’y trouvent comme au centre d’une arène, prêts à entamer une joute verbale. Jean-Pierre Baudson (le policier) et Gregory Carnoli (le jeune) investissent chacun leur rôle avec précision et intensité, tout en ayant la nonchalance d’un jeu naturel. Seuls en scène, dans ce décor minimaliste, ils portent le spectacle sur leurs épaules. Ils représentent deux pôles qui parfois semblent accepter certains compromis et souvent s’affrontent. La confrontation échappe à tout manichéisme, elle est mouvante, et le spectateur ne distingue plus si nettement les bourreaux et les victimes. Le spectacle se clôt sur un final à double tranchant. Le dénouement paraît « gros », peu subtil… Mais il prouve aussi que les extrêmes se touchent, et que l’individu accepte – plus ou moins volontairement – de devenir le pion d’idéologies qui le déshumanisent.

La pièce manque toutefois d’une certaine « aura ». Elle pose certes des questions pertinentes, mais en tant que prestation artistique, elle ne surprend pas dans le traitement du sujet ou les éléments de contenu convoqués. Par ailleurs, le fond sonore, au départ complémentaire de l’histoire, perd peu à peu en cohérence, et finalement en subtilité.

La Route du Levant est malgré tout un spectacle de qualité qui, en jouant sur l’ambiguïté, ouvre un espace de parole précieux… Et c’est l’objectif, car la pièce « a été pensée comme un moyen de susciter un dialogue entre les spectateurs et les acteurs associatifs autour du sujet brûlant du radicalisme islamiste violent ». Le spectacle est d’ailleurs toujours suivi d’un débat et d’une rencontre avec l’équipe artistique du projet, et une forme simplifiée est prévue pour être diffusée dans les écoles.

Elodie Mertz
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Journaliste du Suricate Magazine