Rob Dougan : The Life of the World to Come

Deux ans déjà ont passé depuis la sortie des dernières productions musicales de Rob Dougan. Après la sortie de deux Extended Play intitulés The 22nd Sunday in Ordinary Times et Misc. Sessions, l’artiste anglais a repris le chemin des studios annonçant la parution d’un troisième EP, The Life of the World to Come, annoncé pour le 20 septembre 2017.

Le jour venu, rien ne fut mis en ligne sur son site internet et les personnes ayant précommandé l’album restèrent à attendre patiemment une annonce quelconque. Sans autre message d’accompagnement, la sortie fut repoussée au 31 octobre… puis au 12 novembre… puis au 29 novembre… Puis au 14 décembre…

Après le passage à l’année 2018, la sortie fut encore repoussée au 14 janvier… puis au 28 janvier, avant que Rob Dougan ne cesse tout simplement d’annoncer une date de sortie.

Bienveillants, les fans exprimèrent leur soutien à l’artiste sur les réseaux sociaux, affirmant qu’ils comprenaient le retard et continueraient à attendre patiemment. Entre temps, début octobre 2018, Dougan annonça la sortie d’un autre album intitulé Films : Past and Future qui serait produit en copie physique sur divers supports et devrait rassembler une vingtaine de morceaux de l’artiste dans une version instrumentale. Pour ce projet, il lança un financement participatif qui remporta un très large succès, atteignant 182 % de l’objectif originalement fixé.

Afin de promouvoir ce projet, l’australien lança également une série de podcasts pour ses abonnés : chaque jour à partir du 15 octobre 2018, un morceau serait mis en ligne et commenté par Rob D. lui-même, exposant ses sources d’inspiration et le processus créatif ayant mené à chaque composition. Après quinze podcasts, l’artiste interrompit sa série le 8 novembre sans plus donner la moindre nouvelle, créant une nouvelle fois l’incompréhension ! Une version digitale de Films : Past and Present fut cependant dévoilée le 7 décembre 2018.

Mais le musicien garda le silence jusqu’au 18 février 2019, lorsqu’il prit la parole sur le site de financement participatif PledgeMusic : « Comme vous le savez, PledgeMusic a eu des difficultés et n’a pas été capable, pour la majeure partie, de permettre au projet d’aboutir. Dès lors, j’ai moi-même financé celui-ci. Tout, du design jusqu’à la manufacture, en passant par l’encodage et le pressage des disques. Tout est terminé. Comme vous pouvez vous en douter, c’est une sacrée somme et c’est de l’argent que je n’ai pas (ce qui est inquiétant), mais c’était le seul moyen. Le livret accompagnant l’édition limitée fait désormais 36 pages au lieu des 28 promises – donc rien n’a été tronqué. Bien au contraire. Tout est parfait et de la meilleure qualité qui soit. Sans tenir compte des conséquences pour moi, il n’y a eu aucune altération, aucune économie n’a été réalisée, aucun raccourci n’a été pris. Pas un seul défaut. Tout est parfait, comme vous pourriez l’attendre. En plus de cela, The Life of the World to Come est terminé et devrait sortir d’ici quelques heures. Nous allons également lancer un nouveau site d’ici peu – accompagné de nouvelles choses géniales. Donc, c’est à la fois un moment très excitant et parallèlement inquiétant. Toutes mes excuses pour le retard. Et merci pour votre soutien ».

En somme, le compositeur aura rencontré quantité de problèmes et aura dû lui-même financer ses projets pour les voir aboutir. Ainsi, le 4 mars, les crowdfunders auront reçu leur copie de Films : Past and Future. Quant à The Life of the World to Come, il est enfin sorti le 21 février, après un an et demi de retard !

The Life of the World to Come

Si Films : Past and Present ne représente pas une surprise musicale, étant composé de morceaux déjà connus, les choses sont différentes en ce qui concerne The Life of the World to Come !

Du point de vue de la pochette, ce nouvel EP s’inscrit dans la logique de Misc. Sessions. Si ce dernier avait pour couverture la chute de l’ange déchu, réalisée par Gustave Doré en 1866 en illustration au Paradis Perdu de John Milton, The Life of the World to Come présente quant à lui une scène de désolation, à savoir une photographie de la ville de Dresde réalisée en 1945 par Richard Peter suite aux bombardements Alliés. Donnant à voir la ville rasée sous les yeux tristes d’une allégorie de la bonté réalisée en 1908-1910 par le sculpteur Peter Pöppelmann pour orner l’hôtel de ville de Dresde et ayant miraculeusement réchappé aux bombardements, cette pochette semble annoncer un album mélancolique.

Comme pour Misc. Sessions, huit morceaux composent ce nouvel EP : quatre compositions chantées et leur pendant instrumental. Cependant, si l’on pourrait s’attendre à un album sombre, la première piste nous détrompera rapidement.

Ce nouveau disque s’ouvre ainsi sur la plage éponyme. Puissante, riche, The Life of the World to Come est une chanson à couper le souffle dans la plus pure tradition de ce que sait faire Rob Dougan, avec une section rythmique très prononcée, des chœurs lancinants, un leitmotiv puissant (« Stay with me » répété encore et encore) et un crescendo délicatement amené jusqu’à s’estomper doucement en fin de morceau.

Si, dans un premier temps, ce nouvel album semblera s’ouvrir sur une tonalité aussi sombre que son prédécesseur, l’artiste détrompera rapidement l’auditeur. Les deux premiers couplets sembleront ainsi annoncer une teinte négative : « Tu quittes ta maison, ferme la porte pour t’en aller. La totalité de ce que tu n’as jamais eu. Un fils n’est pas là pour appeler son père. Sans famille et sans argent, il y a une vie, une autre vie (…) La vie du monde à venir est une vie tranquille. Les heures solitaires fondent face au miroir qui ne montre pas son visage. Il y a un temps qui ne vient jamais, l’amour de Dieu, le révolver chargé (…) ».

Pourtant, la suite de cette plage titulaire sera autrement plus lumineuse : « Et quand tu penses être seul, l’amour de Dieu te ramène à la maison vers la vie du monde à venir. Alors lance toi vers cette grande aventure (…) et montre un peu d’amour à tes frères humains. Observe l’éternité et sache que tu es aimé et le seras encore dans la vie du monde à venir. (…) Au revoir, ma bien aimée, je m’en irai là où les lumières du soir rencontrent le crépuscule, où le haut clocher tinte doucement et où aucun trouble ne vient déranger les lilas qui escaladent le mur du jardin ».

Si dans le précédent opus, Dougan semblait se remettre péniblement d’une rupture sentimentale, cette première plage semble témoigner de la fin de son processus de cicatrisation. Phénomène de nouveau souligné dans la seconde piste, Beautiful Things brièvement présentée en janvier 2018 à l’annonce de l’album.

Avec une tonalité vocale faisant songer à Tom Waits, Rob Dougan continue ainsi ce nouvel Extended Play sur une note positive : « Le monde est rempli de choses merveilleuses. De personnes merveilleuses également… comme toi ».

Autre piste également introduite fin janvier 2018 afin d’annoncer l’album, Quasimodo’s Dream compose la suite de The Life of the World to Come. Cependant, à l’inverse des autres morceaux, celui-ci consiste quant à lui en une reprise du groupe australien The Reels. Bien loin des synthétiseurs à la mode lors de la sortie du morceau original en 1981, Rob Dougan donne une tonalité épique à cette extraordinaire composition, soulignant la puissance du texte par une section de violons renforcée par la voix rauque du chanteur !

Avec une atmosphère quelque peu prophétique, Quasimodo’s Dream comporte une réflexion sur les douleurs qui nous construisent sans jamais nous abandonner, comme une façon de montrer que Rob Dougan a appris à vivre avec sa souffrance passée : « L’amour n’anéantira jamais la haine. Elle te construit jusqu’à ce que tu n’en puisses plus mais elle ne te laissera pas être. La célébrité ne réparera jamais ton cœur brisé. Il frappe à la porte, te donne le ton et ne te lâche jamais plus. Et lorsque tu dis ’Cela suffit’, une main demande la clef. Je n’ai jamais voulu être dans le rêve de Quasimodo. Dois-je supplier le maître des clefs ? Trouver un autre moi ? » Probablement l’un des morceaux les plus puissants de ce nouvel album !

Enfin, plus délicate, dévoilant une composition laissant apparaître quelques légers arpèges au piano, la quatrième piste intitulée And then I think of you  est probablement la plus positive de cet album, exprimant le renouveau et notre capacité à avancer grâce à certaines personnes : « Parfois je me demande ce que j’ai fait, ce que je pourrais faire d’autre. Je voudrais tout recommencer, et puis je pense à toi. (…) Mon espoir est brisé, j’ai perdu la foi, et puis je pense à toi (…) Certains jours sont plus durs que les autres, et puis je pense à toi ». Durant sept minutes, Dougan nous gratifiera d’un morceau tendre et fragile comme on l’a rarement entendu le faire. Probablement l’une des plus belles compositions de l’artiste, tout album confondu !

Suite à ces quatre morceaux, l’artiste livrera – comme il l’avait déjà fait dans ses deux derniers Extended Play – des versions instrumentales des chansons présentes sur ce nouveau disque.

Une fois encore, Rob Dougan livre une œuvre extraordinaire, riche, puissante qui se sera longtemps fait attendre mais vaut grandement le détour ! Reste une fois encore à espérer que l’artiste saura délaisser son vignoble de La Pèira en Damaisèla pour se consacrer pleinement à la production musicale et trouvera le financement nécessaire pour donner naissance à un album complet…

Les trois derniers EP de Rob Dougan sont uniquement disponibles à la vente en ligne.

The Life of the World to Come : https://gumroad.com/l/NJzN

The 22nd Sunday in Ordinary Times Sessions : https://gumroad.com/l/robd2

Misc. Sessions : https://gumroad.com/l/izwfK?wanted=true

Alexandre Alvarez
A propos Alexandre Alvarez 132 Articles
Journaliste du Suricate Magazine