Resurrection, l’ermite et l’assassin

Resurrection

de Kristof Hoornaert

Drame

Avec Johan Leysen, Gilles De Schryver, Kris Cuppens, Thomas Ryckewaert

Sorti le 10 janvier 2018

Après avoir commis un meurtre, un jeune homme trouve refuge chez un vieil ermite, qui semble reconnaître en lui le fantôme de son fils disparu. Une relation particulière et pratiquement mutique se tisse entre les deux hommes. Mais quand le vieillard se rend compte que celui qu’il héberge est un assassin, il est face à un cas de conscience qui le fait se questionner quant à ses propres convictions et valeurs.

Situant son action principale dans la maison de l’ermite, une habitation vétuste et spartiate dont chaque pièce est meublée du strict minimum et parée d’un papier peint jauni et décrépi, le film met en parallèle le dépouillement extrême de ces décors restreints avec les vastes étendues et les bois sauvages dans leurs environs, tout aussi simples mais tendant vers une forme d’infini.

Cette sobriété surjouée des lieux où évoluent les personnages n’est que l’un des nombreux indices qui tendent à pointer de manière assez lourdingue que l’on se trouve là dans un film d’auteur « austère », peu enclin à dévier de son ascétisme programmatique ou à explorer des voies excentriques. La réduction de l’intrigue, des dialogues et des personnages à leur strict minimum, les longs plans fixes « lourds de sens » censés montrer le questionnement et la torture intérieure des personnage – cette fameuse « intériorité » que bon nombre d’aspirants auteurs espèrent éperdument atteindre par leur mise en scène –, ainsi qu’une parabole chrétienne aussi lisible que rébarbative sur le pardon et l’amour filial, participent à faire de Resurrection une caricature de film « d’art et essai », comme si un détracteur du genre avait voulu en faire une parodie.

Pourtant, alors que l’on est constamment partagé entre consternation et admiration pour certains plans, certaines visions, le surgissement d’une dimension moins « premier degré », plus étrange, et l’ébauche d’un certain humour – tout de même très discret – font douter que l’on se trouve réellement devant une purge prétentieuse et complaisante. La fin du film, très ambigüe et presque incompréhensible, va dans ce sens d’une tentative d’évasion de l’austérité unilatérale que semble pourtant arborer une grande majorité du film.

Thibaut Grégoire
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Journaliste du Suricate Magazine