Raiders ! The Story of the Greatest Fan Film Ever Made

Raiders ! The Story of the Greatest Fan Film Ever Made

de Jeremy Coon et Tim Skousen

Documentaire

Sorti le 17 juin 2016 aux Etats-Unis

Le 12 juin 1981 sortait sur les écrans américains Les aventuriers de l’Arche perdue, premier volet de la saga Indiana Jones. Mené de main de maître par le tandem George Lucas-Steven Spielberg, disposant d’une superbe affiche signée Drew Struzan, de personnages hauts en couleur et d’un héros iconique, le film hommage aux feuilletons des années 30, s’est rapidement hissé au rang de classique du Septième Art.

Raiders of the Lost Ark : The Adaptation

L’année suivante, dans le Mississippi, deux jeunes de onze et douze ans eurent l’idée improbable de diriger leur propre adaptation du film, réalisant ainsi le rêve de nombreux enfants – et, il faut bien l’avouer, de pas mal d’adultes ! Chaque été durant sept ans, Chris Strompolos et son ami Eric Zala, rapidement rejoints aux effets spéciaux par Jayson Lamb, se réunirent pour donner vie à leur projet fou. Durant ces sept années, les trois comparses recréèrent plan par plan le chef d’œuvre de Spielberg avec les moyens du bord : un chien servit par exemple de remplacement au singe empoisonné par une date mortelle. De même, nombreux furent les acteurs amateurs qui endossèrent plusieurs rôles à la fois.

Alors que beaucoup d’adolescents durant les années 80 passaient leur temps devant MTV et les chaines câblées, Chris, Eric et Jayson occupèrent leur adolescence ensemble à la mise en place de ce projet fantasque. Pour comprendre le grain de folie qui animait ces jeunes, il faut revenir en 1982 : à cette époque, il était relativement peu évident de se procurer un film et c’est donc sur base d’une cassette audio, d’un comic-book, d’une novélisation du film et de leur mémoire que Chris et Eric établirent leur storyboard. Un travail titanesque qui semble encore aujourd’hui prouver à quel point le film de Steven Spielberg était particulièrement percutant dans le paysage cinématographique de l’époque.

De façon assez amusante – leur tournage s’étalant sur un peu moins d’une décennie –, l’évolution physique des protagonistes s’observe à l’écran d’une séquence à l’autre. Mais si ce projet semble fou (Les Aventuriers de l’Arche perdue était alors l’un des films les plus techniquement difficiles, disposant d’un budget de 18 millions de dollars), il doit surtout sa pérennité au manque de vigilance de leurs parents qui leurs laissèrent de grandes libertés, ne soupçonnant pas le moins du monde les risques encourus. Ainsi, Eric Zala s’arracha par exemple les sourcils avec un masque mal graissé. Mais surtout, lors de la reconstitution de l’incendie de l’auberge de Marion, ils mirent le feu à la cave de la mère de ce dernier et immolèrent l’un de leurs camarades de classe venu jouer le rôle d’un soldat nazi, ne parvenant pas à maîtriser le feu. Suite à quoi, leurs parents réagirent en imposant que le projet soit supervisé par un adulte. Fort heureusement pour eux, comme l’indiquera plus tard l’un des trois complices, ceux-ci étaient parvenus à trouver un adulte encore plus irresponsable qu’eux pour les superviser. Le film put ainsi continuer avec l’aval de l’autorité parentale.

Six mois avant la fin de leur projet, Chris inséra une petite touche d’Hélène et les garçons dans le projet en ayant une aventure avec la petite amie d’Eric, mettant ainsi en péril le projet tout entier. Il n’en sera fort heureusement rien et ils parvinrent tous deux à mettre de côté leurs dissensions pour le bien du projet. Cependant, une fois le film achevé, ils ne s’adressèrent plus la parole durant plusieurs années.

On aurait pu croire que le film tomberait dans l’oubli si, dans le courant des années 90, un ami d’Eric n’avait visionné la VHS et été séduit. Il réalisa ainsi une copie qui passa discrètement d’une main à l’autre pendant quelque temps, jusqu’à arriver dans les mains du futur réalisateur Eli Roth alors aux études. Le 14 décembre 2002, alors qu’il sortait du tournage de Cabin Fever, ce dernier fit en sorte que le métrage soit diffusé lors de la quatrième édition du festival geek texan Butt-Numb-a-Thon Festival. Devant cet étrange spectacle, les gens rirent dans un premier temps… Cependant, lorsque les organisateurs interrompirent la projection pour diffuser le clou du spectacle, Le Seigneur des Anneaux : les Deux Tours, le public commença à huer, désirant voir la fin du film et la façon dont ces jeunes allaient parvenir à mener leur projet à bien.

Comme dans La Dernière Croisade, le souffle de Dieu ?

Suite à ce succès inattendu, au début de l’année 2003, Jayson Lamb fut contacté par Eli Roth qui proposa aux trois anciens complices une nouvelle projection à l’Alamo Drafthouse (Austin, Texas) trois soirs de suite à partir du 30 mai. En février de la même année, Eric, Chris et Jayson reçurent une lettre de Steven Spielberg lui-même, disant qu’il avait visionné le film et l’avait apprécié, le qualifiant de « Loving and Detailed Tribute ». Il en aurait même envoyé une copie à George Lucas.

Contre toute attente, une heure avant la diffusion au Drafthouse, les gens faisaient massivement la file pour assister à la projection. Depuis, malgré le budget dérisoire du film et le peu de bandes de qualité existant, le film a reçu nombre d’éloges. Il est aujourd’hui coté à 100 % auprès des critiques professionnels sur le site référentiel Rotten Tomatoes. Il faut dire qu’en dehors de son côté amateur, Raiders of the Lost Ark : The Adaptation fait preuve d’une étonnante exactitude dans la restitution de la gestuelle et des expressions faciales de son pendant original. Les jeunes comédiens prennent leur projet au sérieux et ne cherchent pas à compenser la maigreur de leurs moyens en tournant les choses en dérision. Plus encore, devant la qualité de certains décors, le spectateur peine à croire que les scènes ont été tournées dans la cave d’une petite maison du Mississippi.

Devant l’engouement du public, en 2014, les trois anciens compères lancèrent une campagne Kickstarter destinée à financer le tournage d’une dernière scène jusqu’ici jamais tournée faute de moyens : celle de la bataille entre Indy et un molosse nazi, autour d’une aile volante, techniquement trop difficile à réaliser sans un budget adéquat. Cette campagne fut un succès et rapporta 58 273 $, soit près de 8000 $ de plus que la somme minimale requise. Forts de ces crédits, Chris, Eric et Jayson firent construire une copie conforme de l’avion utilisé pour le tournage originel et entreprirent de tourner la scène finale de leur projet, près de 35 après le lancement de celui-ci !

Raiders ! The Story of the Greatest Fan Film Ever Made 

En parallèle à la genèse du projet, c’est sur le tournage de cette ultime scène que se penche le documentaire « Raiders ! The Story of the Greatest Fan Film Ever Made » de Tim Skousen et Jeremy Coon, sorti le 17 juin 2016 et diffusé depuis sur Netflix. On y découvre le cheminement de Chris, Eric et Jayson pour faire naître leur projet au début des années 80, tout en exposant les difficultés inhérentes au tournage de cette ultime scène en 2014 : Eric avait par exemple demandé congé à son employeur pour se consacrer à ce nouveau projet, et le retard pris par la production risquait de lui faire perdre son travail.

En réalité, en dehors de ce retour sur Raiders : The Adaptation, le documentaire de Tim Skousen et Jeremy Coon offre une réelle plongée dans le déroulement d’une production cinématographique. De ce point de vue, « Raiders ! The Story of the Greatest Fan Film Ever Made » est à ranger aux côtés de A Filmmaker’s Apocalypse (Eleanor Coppola, George Hickenlooper et Fax Bahr, 1991) qui revenait sur le tournage cauchemardesque d’Apocalypse Now, ou de Burden of Dreams (Les Blank, 1982), exposant les déboires rencontrés par Werner Herzog et son équipe sur le tournage de « Fitzcarraldo ». Qui plus est, tout comme le public avait salué le professionnalisme de Chris Strompolos, Eric Zala et Jayson Lamb, il est possible ici encore de se voir impressionné par la qualité et le sérieux de leur travail sur cette ultime scène de l’avion, mis en lumière par ce documentaire.

Il est aujourd’hui, possible de visionner cette ultime scène sur le site : http://www.raidersguys.com/

Le film Raiders : The Adaptation et le documentaire lié montrent à quel point il est important de s’accrocher à ses rêves, quel que soit son âge, et que les projets les plus dérisoires peuvent connaître une portée extraordinaire pour peu qu’on y croit suffisamment. En ce sens, le visionnage de Raiders ! The Story of the Greatest Fan Film Ever Made, suivi de tout ou partie de Raiders of the Lost Ark : The Adaptation est une expérience unique qui fera rêver les grands enfants que nous nous devons de rester.

Alexandre Alvarez
A propos Alexandre Alvarez 132 Articles
Journaliste du Suricate Magazine