Population 48 : des psychopathes, de l’amnésie… et de la patience !

auteur : Adam Sternbergh
édition : Super 8
sortie : octobre 2018
genre : thriller

Caesura. Ses habitants l’appellent aussi Blind City. C’est le nom d’une ville très particulière au Texas. Qu’a-t-elle de si étrange cette petite bourgade aux allures de village de téléfilm niais de l’après-midi ? Pour commencer, il n’y a que très peu d’habitants, 48 exactement. Ensuite, ces 48 personnes sont un ramassis de psychopathes, tueurs, pédophiles, dealers et mafieux. Pour couronner le tout, parmi eux se trouvent des innocents qui sont là en tant que témoins… sous protection !

Leur point commun à tous : la Justice leur a proposé de faire partie d’un programme scientifique visant à effacer chimiquement certains souvenirs traumatiques causés ou vécus. S’ils acceptent, ils se voient ensuite transférés dans cette ville inexistante aux yeux du monde extérieur, alternative audacieuse qui évite aux témoins gênants et aux criminels qui ont balancé leurs confrères le risque de se faire zigouiller pour ce qu’ils ont vu ou dénoncé. Ce groupement atypique d’assassins et de blanches colombes finit donc par cohabiter sans que personne ne connaisse la raison de sa présence à Blind City.

Tout dérape lorsqu’un jour, ce beau petit monde est brusquement tiré de sa vie bonhomme quand un habitant est tué. Quand le deuxième mort fait son apparition, plus de doute, il y a un meurtrier parmi eux… enfin, un de plus ! Le shérif de Caesura, est contraint de mener l’enquête avec ses deux adjoints pour ne pas que sa micro-ville soit décimée. Cependant, est-ce judicieux d’investiguer sur des personnes au passé si trouble qui ne cherchent qu’à se faire oublier ?

Avec Population 48, on est plongé dans une ambiance pas du tout de saison. Au milieu de nulle part, en plein cœur du Texas sous une chaleur étouffante et poisseuse. Une véritable atmosphère de western très bien rendue dans laquelle on s’attend à voir débouler Clint Eastwood et son poncho miteux.

La ville est également le point fort de l’histoire, car mis à part sa raison d’être si singulière, c’est un véritable système autarcique qui s’est organisé et qui permet à ses habitants de vivre dans l’anonymat. Pour commencer, chacun change d’identité en arrivant. Ensuite les règles sont rapidement inculquées à chaque nouveau venu : aucun contact avec l’extérieur, aucune question ni spéculation sur qui aurait fait quoi, à qui et par quel moyen. Ce système fermé ne comporte ni argent, ni voiture, ni arme, bien entendu. La vie pépère au milieu des amnésiques peut alors commencer entre le bar, la laverie, le commissariat, la bibliothèque et l’infirmerie.

C’est donc un huis-clos étouffant assez prometteur qu’a mis en place l’auteur, et dont les perspectives sont excitantes. Malheureusement, on regrette un manque de paranoïa bien palpable qui pèserait sur les habitants, élément crucial et jouissif dans ce genre de vie repliée. Ces 48 âmes vivent trop sagement tels des Schtroumpfs dans leur village. Bref, on s’ennuie parfois. Car même si l’auteur balance  peu à peu des informations sur l’un ou l’autre des habitants, tout le suspense et les rebondissements (parfois un peu tirés par les cheveux) se concentrent en fin d’ouvrage. Une fin qui sauve l’histoire, mais il faut être patient.

Au final un thriller que l’on aurait aimé un peu plus stressant, révoltant et même dégoûtant mais qui se laisse lire. On a hâte de découvrir quelles autres idées tordues Adam Sternbergh a encore dans son sac !

Emmanuelle Lorriaux
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Journaliste