Philida d’André Brink

philida andre brink couverture

auteur : André Brink
éditions : Actes Sud
date de sortie : septembre 2014
genre : Roman noir, Apartheid

André Brink nous propose avec Philida un roman noir et intense, inspiré d’un passé familial en Afrique du Sud. Philida raconte l’histoire d’une esclave, qu’on pourrait penser banale et redondante, mais nous emmène au contraire à travers le caractère bien trempé de Philida au plus près de la vie d’esclave en Afrique du Sud en 1832.

Philida est une jeune esclave qui s’est laissée embobinée par le fils de son baas. En lui faisant miroiter une promesse d’affranchissement, François Brink profite de Philida et de sa beauté. De cette union secrète naitront plusieurs enfants. Le mirage de cette liberté prochaine a aveuglé Philida, qui décide néanmoins, une fois la supercherie dévoilée, de porter plainte contre François auprès du juge des esclaves.

L’histoire pourrait continuer sur ce thème plutôt simple d’une esclave trahie par son maitre. Mais André Brink va plus loin. Par une habile alternance de narrateur, le lecteur peut appréhender le point de vue de chaque personnage et se rendre compte au final que François aime intensément Philida et souhaite réellement l’affranchir, mais se trouve sous le joug d’un paternel autoritaire et tout puissant. Cornelis Brink, le père de François, devient lui aussi narrateur et donne son point de vue.

Ce mélange de narrateur offre tour à tour différentes versions  de l’histoire et surtout les arguments de chacun pour défendre sa position. Nullement perturbant, le changement de narrateur s’accompagne d’un changement de style : Philida par exemple ne parle pas très bien français, contrairement à François et Cornelis. Dans les premières lignes de chaque début de chapitre, l’auteur donne des indications permettant d’identifier rapidement le narrateur. Ceci permet au lecteur de ne pas être perdu et de suivre aisément le récit, qui en devient, de part ce changement de narration, dynamique et intriguant.

L’histoire se déroulant en Afrique du Sud, André Brink glisse dans son récit plusieurs mots et expressions typiquement afrikaans. Un glossaire est fourni à la fin de l’ouvrage afin de comprendre ces subtilités linguistiques et profiter pleinement de l’histoire. Ce détail dans l’écriture de l’auteur permet de rendre l’histoire plus anecdotique et de faire voyager le lecteur au fur et à mesure de la lecture jusqu’en Afrique du Sud.

La lecture devient peut-être pour certains passages un peu lente, ralentie par un surplus de détail ou un narration qui stagne quelque peu. Pour le reste, André Brink a un style clair et fluide, son récit mettant un accent sur l’émotionnel. Un livre à découvrir si l’on veut se plonger dans le quotidien d’une esclave malmenée.

Déborah Lo Mauro
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Journaliste

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