Paddington 2, charmante friandise familiale

Paddington 2

de Paul King

Animation, Comédie

Avec Guillaume Gallienne, Hugh Bonneville, Sally Hawkins

Sorti le 6 décembre 2017

À sa sortie en 2013, Paddington était pour beaucoup une belle surprise. Loin d’être une cynique tentative de capitaliser sur le succès des aventures de l’ours brun créé par Michael Bond, cette adaptation s’était révélée comme un des meilleurs films pour enfants de ces dernières années. D’une ravissante inventivité visuelle et d’une sincérité trop rare, le film de Paul King se permettait de jongler avec les gags en cascades et un propos pro-immigration très sensible. Le résultat était d’un si excellent calibre qu’il semblait difficile de le surpasser. Sa suite, qui sort cette semaine, vient à nouveau déjouer nos attentes : Paddington 2 déborde autant d’idées de cinéma que de bons sentiments, et rivalise de charme avec son prédécesseur.

C’est donc avec un plaisir certain que nous retrouvons l’adorable ours brun. Celui-ci mène depuis le premier volet une vie paisible avec les Brown, qui considèrent cet être aussi poilu que généreux comme une part intégrale de leur famille. Le cœur sur la patte, Paddington est prêt à beaucoup pour égayer et améliorer le quotidien de ceux qui l’entourent, même si ses efforts se révèlent parfois maladroits. Lorsqu’approche l’anniversaire de sa tante qui réside au fin fond du Pérou, il lui apparaît essentiel de trouver un cadeau à la hauteur, et un superbe livre pop-up de Londres s’impose comme le parfait substitut à une vraie visite. Mais l’ouvrage est plus convoité qu’il n’y paraît, et par quelques malheureux concours de circonstances, Paddington est condamné à passer dix années en prison pour le vol dudit objet. Cela peut sembler excessif, mais ne l’oublions pas  : le héros du film est un ours brun parlant.

Et pour héros improbable, il se doit d’y avoir un méchant encore plus absurde. C’est Hugh Grant qui endosse cette fonction : il incarne Phoenix Buchanan, un acteur dont les heures de gloires sont depuis longtemps passées, et qui cherche à acquérir une fortune cachée. Flamboyant et égocentrique, il commet ses méfaits sous divers costumes : nonne, clochard, chien (!), tout y passe, et Grant prend un plaisir évident à se ridiculiser sous les atours les plus grotesques. À l’image des autres acteurs du film, sa performance est terriblement sirupeuse — à l’excès parfois —, mais sa joie est communicative, et son charisme indéniable. Le reste du casting est tout aussi appréciable, avec une mention spéciale pour Brendan Gleeson, génial dans le rôle d’un cuisinier de prison terrifiant mais secrètement assez tendre.

Le film ravi particulièrement par son sens de l’humour, qui se mêle souvent aux scènes d’actions qui le parcourent. Avec un impeccable contrôle du burlesque, Paul King filme les cascades chaplinesques de ses personnages, avec des effets souvent jubilatoires. Le long-métrage n’est que partiellement en images de synthèse, mais il a le mouvement joyeusement cinétique des meilleurs films d’animation.

Paddington 2 impressionne tout autant par la beauté de ses visuels. L’œuvre combine le charme suranné du passé et le multiculturalisme du présent pour imaginer un Londres hors du temps, aux décors pimpants et aux costumes colorés. S’il est impossible de situer son monde dans un contexte historique précis, c’est tout simplement parce qu’il n’existe que dans l’imagination de ses créateurs. Ce qui n’est pas si étonnant, puisque, rappelons-le encore une fois, le film met en scène un ours brun qui parle.

Le pouvoir de la parole n’est d’ailleurs pas le seul don étrange dont est doté l’ours brun : il a un talent qui confère presque au surnaturel pour rendre les gens autour de lui meilleurs. Comme le meilleur virus au monde, sa bonté et sa bienveillance transforment les individus les plus patibulaires en personnes généreuses et épanouies. Épousant complètement son point de vue, le film proclame à tout va qu’il existe du bon en chacun de nous, et souligne gentiment l’importance de l’acception de l’autre, de l’altruisme, mais aussi de la réinsertion des prisonniers. Rien que ça.

Le message derrière Paddington 2 peut paraître à certaines occasions naïf, et d’une certaine manière… il l’est. Mais pendant les 103 minutes que dure le film, la perspective qu’il nous présente sur le monde est une perspective que l’on est prêt à croire. Les plus cyniques résisteront peut-être à l’avalanche de bons et de mièvreries contenues en son sein, mais la générosité cinématographique et humaine de ce charmant long-métrage a quelque chose de désarmant.

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Adrien Corbeel
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Journaliste du Suricate Magazine

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