Nicky Larson et le Parfum de Cupidon, demi Madeleine de Proust

Nicky Larson et le Parfum de Cupidon
de Philippe Lacheau
Comédie, Policier
Avec Philippe Lacheau, Élodie Fontan, Tarek Boudali
Sorti le 13 février 2019

Détective hors-pair, Nicky Larson (Philippe Lacheau) vit et travaille avec son associée Laura (Élodie Fontan), recueillie après la mort de son frère Tony, assassiné par la Main Noire. Pervers invétéré, Nicky n’accepte de travailler que pour de jolies filles ! Pourtant, lorsque Dominique Lettelier (Didier Bourdon) le contactera pour protéger son invention, le Parfum de Cupidon, notre héros comprendra les bénéfices qu’il pourrait retirer de cette mission. En effet, le parfum possède le pouvoir de rendre follement amoureuse toute personne qui le respirerait…

Nous vous en parlions il y a quelques semaines, ce nouveau film de Philippe Lacheau était attendu à deux égards : d’abord parce que le personnage de Nicky Larson a bercé l’enfance de nombreux spectateurs du Club Dorothée aujourd’hui trentenaires, ensuite parce que le réalisateur est parvenu à fidéliser un public large grâce à sa duologie Babysitting et à Alibi.com. Malgré la réserve exprimée par de nombreuses personnes, la rencontre de ces deux univers était donc de nature à attirer les foules ! Néanmoins, force est de constater que ce pari n’est pas totalement réussi… Si de nombreux ressorts comiques auront l’impact souhaité, s’inscrivant dans la dynamique des précédents films de la Bande à Fifi, et que Philippe Lacheau a bien assimilé l’univers City Hunter, le tout pourra en décevoir certains.

D’avance, il convient de dissiper les réserves concernant la présence au casting de Tarek Boudali et Julien Arruti : leur apparition dans les différentes bandes annonces avait en effet créé l’angoisse chez de nombreux fans de la série originelle qui comprenaient mal leur intérêt dans le film. Au-delà de leur rôle de Comic Relief pas toujours convaincant ou même utile, ceux-ci sont assez subtilement intégrés à l’intrigue et participent au développement de celle-ci sans trop alourdir le propos. On appréciera également une brève apparition de Gérard Jugnot en psychologue louche !

Philippe Lacheau quant à lui ne personnifie pas toujours Nicky Larson de façon très juste : s’il tient bien la facette comique de City Hunter, l’acteur parviendra rarement à retranscrire à l’écran la dimension dramatique du héros. Le seul personnage tirant réellement son épingle du jeu reste celui de Laura, incarné par Élodie Fontan qui dynamise le film par sa présence, sa délicatesse et la justesse de sa composition.

Un autre élément viendra dénoter un léger problème : les jeunes générations ne sont pas toutes familiarisées avec l’œuvre originale et il faudra, en 1h30, introduire quantité de personnages issus de l’univers créé par Tsukasa Hōjō. Au lieu de présenter ceux-ci de manière naturelle, le réalisateur choisira parfois un raccourci visant à expliquer platement qui ils sont, comme par exemple avec Mammouth : « Falcon, autrement connu sous le nom de Mammouth. C’est un ancien mercenaire devenu homme de main ». En plus d’alourdir la narration, ce procédé ôtera la profondeur à certains intervenants qui seront dès lors réduits à leur plus simple expression morale. Au-delà de tout le background qu’on lui connaît dans le manga original, Mammouth ne sera dès lors plus qu’un bloc monolithique et limite décérébré.

Vu sous cet angle, on peut au fond questionner l’intérêt de faire un film Nicky Larson en brûlant certaines étapes, sachant que tous les spectateurs ne sont pas familiarisés avec le héros. Et surtout, il est légitime de se demander à qui cette œuvre est destinée : le fan de City Hunter qui connaît déjà celui-ci et n’a pas besoin de présentation, ou le néophyte qui ne connaît rien à cet univers et aurait pu bénéficier d’une introduction plus solide de certains personnages ? Il est évident que Philippe Lacheau cherche à atteindre les deux publics et la chose est tout à fait compréhensible, mais la construction de certains personnages s’en trouve alors impactée négativement. Reste que si justice n’est pas toujours faite à ces héros, le réalisateur a l’immense mérite de faire connaître City Hunter aux jeunes générations !

En ce qui concerne la forme, dans sa première partie, Nicky Larson et le Parfum de Cupidon s’apparentera beaucoup à une simple succession de séquences, avant de trouver son rythme. À cela s’ajoute une palette graphique qui pourrait en décevoir certains : d’aucuns salueront la proximité du film avec la série animée originale, d’autre déploreront l’absence de noirceur à cet univers. Comme le déclarait Tsukasa Hōjō lors de son récent passage au Comic-Con de Paris, City Hunter est un personnage relativement facile à adapter au cinéma, car il évolue dans un univers réaliste. Le choix des éclairages et des couleurs réalisé ici semble indiquer qu’il s’agit avant tout de l’adaptation d’un dessin animé et non de tout un univers réaliste établi sur une variété de supports. City Hunter est un héros qui se situe quelque part entre John Wick et Jerry Lewis, et allie une terrible noirceur à des phases de comédie burlesque. Cela devrait se ressentir tant dans la photographie que dans la construction des personnages ou l’intrigue, ce qui n’est pas toujours le cas ici.

On pourrait opposer à cela l’argument selon lequel Lacheau adapte ici Nicky Larson et non City Hunter, mais même dans la version française censurée, on trouvait des thématiques sombres, comme par exemple le premier épisode de la série dans lequel Larson traque un tueur, ou le troisième épisode de cette même saison dans lequel il est chargé d’assassiner un boxeur.

Cette adaptation souffre ainsi d’une trop grande légèreté qui ne rend pas toujours hommage à la complexité du héros… Ce manque de sérieux impactera alors certaines scènes d’action qui perdront de leur force – phénomène parfois renforcé par l’utilisation de musiques peu adaptées comme « Are You Gonna Be My Girl » du groupe Jet…

Néanmoins, outre les points soulignés précédemment, Nicky Larson et le Parfum de Cupidon constitue un film générationnel alignant les références à Ranma ½, aux Chevaliers du Zodiaque, à Dragon Ball, Olive & Tom, Rémi sans famille, etc. Un énorme amour de cet héritage du Club Dorothée transparaît dans ce nouveau film de la Bande à Fifi. À cela s’ajoutent certains passages réellement drôles – et d’autres franchement limites – qui permettront au spectateur de passer un agréable moment. On trouvera encore un twist final inattendu et en réelle adéquation avec l’univers de la série. Dans son dénouement, Nicky Larson et le Parfum du Cupidon offrira une séquence dans la plus pure lignée de ce qu’on attend de City Hunter, montrant le Nicky Larson as de la gâchette tel qu’on le connaît !

En conclusion, le paradoxe de cette adaptation de l’œuvre de Tsukasa Hōjō est qu’elle ne se prend pas au sérieux, ce qui est à la fois une qualité et un défaut dans la mesure où l’œuvre originale possède de nombreux éléments sombres qui contribuent à la richesse du héros. Ce manque de prise en considération de la noirceur de City Hunter enlève toute ambition au film qui se contente dès lors d’être un bon épisode de la série animée, mais pas particulièrement un bon long métrage indépendant… En soi, les qualités de ce film sont également ses défauts, le dernier point souligné mettant en évidence le fait que Philippe Lacheau a correctement compris une bonne partie de l’univers et des relations entre les personnages, créant un film tout à fait assimilable à la série télévisée originale.

Nicky Larson et le Parfum de Cupidon risque ainsi de diviser : il plaira à une partie des spectateurs qui y retrouveront le dessin animé de leur enfance et déplaira à d’autres qui n’y retrouveront rien de plus qu’un épisode de ce dessin animé sans autre ambition ; il plaira à ceux qui apprécieront sa légèreté quand d’autres déploreront le manque de noirceur aussi bien graphique que thématique. Enfin, le fort ancrage du film dans une certaine culture risque de rebuter certains spectateurs trop vieux ou trop jeunes pour avoir suivi le Club Dorothée. Reste que, s’il n’est pas toujours réussi, le film constitue une Madeleine de Proust qui devrait ravir de nombreuses personnes nées à la charnière des années 90.

Alexandre Alvarez
A propos Alexandre Alvarez 128 Articles
Journaliste du Suricate Magazine