My Generation : « Trois minutes à vivre »

My Generation

de David Batty

Documentaire

Avec David Bailey, Michael Caine, Joan Collins

Sorti le 12 septembre 2018

Au sortir du Second Conflit mondial, l’Angleterre était une nation en crise, désireuse de se reconstruire après cinq années de guerre. La volonté était de redresser rapidement le pays et d’en revenir à une situation stable. Après une phase d’allégresse, le pays s’est donc doucement replié sur lui-même. Des années plus tard, les baby-boomers se sont retrouvés jeunes adultes dans une société en pleine stagnation, codifiée et régie par un système de classes étouffant.

Malgré un confort lié à un meilleur système de santé ou d’éducation, la jeunesse était en perte de repères – comme on peut notamment le voir dans le film « Samedi soir, dimanche matin » de Karel Reisz (1960). Les Sixties devinrent donc une époque de changements dans laquelle la jeunesse allait redéfinir le monde. Cette génération déboussolée allait bientôt secouer la société, les jeunes aux cheveux longs allaient bientôt cohabiter avec le monde codifié des vieilles générations : « Nous avions décidé de ne plus être Mickey Mouse à moins de vaincre les gens, qu’ils le veuillent ou non » nous dira Michael Caine, commentateur de My Generation.

Cette époque était également celle de la Guerre Froide et de la bombe atomique. La révolution naissante était ainsi nourrie d’une peur de voir un conflit atomique éclater : « Nous n’avions que trois minutes à vivre » témoignera Roger Daltrey, chanteur des Who. À ce sujet, le visionnage du docu-fiction La Bombe de Peter Watkins est terriblement intéressant pour entrevoir un certain état d’esprit en place à l’époque concernant l’arme atomique.

À tout cela s’ajoutaient encore la naissance du Pop Art, la révolution sexuelle, la contestation de la guerre du Vietnam, les drogues, etc. Les radios pirates comme Radio Caroline étaient encore là pour braver l’interdit et contourner le monopole étatique sur les radios, permettant à la jeunesse de découvrir les Beatles, les Rolling Stones ou encore les Who. Michael Caine résume cette décennie ainsi : « C’était peut-être la première fois que le futur était secoué par les jeunes générations. Nous étions intimement persuadés que notre tour était venu. Le meilleur moment de notre vie ! »

My Generation aborde un sujet présenté une bonne dizaine de fois dans toutes sortes de documentaires mais parvient à le revisiter de manière particulièrement ambitieuse. La seule présence de Michael Caine au casting – cockney ayant réussi à dépasser le système de classes et à percer à Hollywood pour jouer dans des films intemporels comme L’or se barre (1969), Alfie le dragueur (1966), La Loi du milieu (1971) ou le chef d’œuvre Le Limier (1972) – apporte toute la cohérence et la légitimité nécessaires à cette nouvelle présentation. En résulte un film-documentaire chaleureux, enrichi d’une subjectivité étonnamment bienvenue.

De plus, My Generation parvient à livrer un portrait relativement complet du changement survenu à la charnière des années 1960 et à le nourrir des images d’archives et des témoignages nécessaires à une bonne compréhension. Il constitue ainsi un extraordinaire document pour comprendre le changement survenu dans nos sociétés d’un point de vue culturel et, par là-même, la naissance de notre monde actuel.

Alexandre Alvarez
A propos Alexandre Alvarez 113 Articles
Journaliste du Suricate Magazine