Un Musée du Capitalisme à Namur

Le Musée du capitalisme s’est installé dans la bibliothèque de l’université de Namur. Créé à l’initiative d’un collectif de bénévoles, le projet se veut pédagogique et réflexif.

Interview de Maud ELOIN, membre du collectif :

Comment est né ce musée ?

Après une visite au musée du communisme à Prague, un membre du groupe est revenu avec la volonté de créer un musée du capitalisme, jusque-là inexistant partout ailleurs. Des jeunes potentiellement intéressés par la thématique ont ensuite rejoint le groupe et les choses se sont mises en place. Nous étions 4 ou 5 étudiants en dernière année ou ayant tout juste terminé nos études. Il s’est écoulé deux ans entre le début du projet et sa concrétisation.

Pourquoi avoir choisi Namur ?

Pour l’opportunité d’avoir une salle à disposition gratuitement. Nous n’avons pas de revenus, hormis les subsides obtenus pour la création des panneaux notamment de la part du service jeunes de la fédération Wallonie-Bruxelles ou encore de contributeurs privés. L’asbl Quinoa est également venue donner une formation sur l’aspect pédagogique indispensable. L’inauguration s’est donc faite le 13 février 2014.

Quels sont les profils des bénévoles membres du collectif ?

Il y a certaines personnes issues du secteur culturel, des chercheurs d’emploi, des animateurs, des étudiants ou des jeunes travailleurs. Les horizons sont variés, nous venons de plusieurs filières confondues : économie, sociologie, environnement, communication ou encore romanes.

Quelles sont les perspectives d’avenir pour le musée ?

Nous avons la volonté de faire de ce lieu un musée permanent. Dans un avenir proche, le but est de présenter ce musée à Bruxelles en 2015. Nous avons beaucoup de visites d’écoles et l’engouement est spontané et vient directement du public. Il y a un réel intérêt des professeurs et des jeunes. Nous avons au départ informé les organismes de l’enseignement du musée et ensuite le bouche-à-oreille a fonctionné. Nous proposons des visites avec des guides qui sont membres du collectif ou bénévoles. La visite dure entre 1h30 et 2h.

De quelles régions proviennent les écoles qui viennent au musée ?

Les écoles viennent plutôt de Namur, Arlon, Liège, des environs. Dans l’idéal, le musée s’apprécie mieux lorsqu’on effectue la visite deux fois. Il y a beaucoup d’information et c’est un sujet large. Le musée se destine plutôt à un public du secondaire à partir de 15 ans.

Fournissez-vous des outils pédagogiques à destination des enseignants ?

Non, pas à proprement parlé. Nous avons un guide des guides et un dossier pédagogique que nous pouvons fournir par la suite. Les enseignants préparent souvent la visite en classe avant de venir au musée. La visite est vraiment pensée comme un débat mouvant, nous essayons de vulgariser le discours sur le capitalisme.

Y-a-t-il une bonne participation des élèves ?

Oui, les visites sont toujours très interactives avec des questions-réponses. L’idée est de faire regarder et réfléchir les élèves.

Que souhaitez-vous transmettre à la fin de la visite ?

Nous voulons offrir un lieu de réflexion. Le but est vraiment d’initier cette réflexion et de donner des pistes au visiteur. C’est ensuite à chacun d’y retirer ce qu’il veut. Une visite est réussie lorsqu’on repart avec un intérêt pour le sujet, des clés de compréhension et que la réflexion puisse continuer.

Vous n’avez qu’un public scolaire ou les visiteurs isolés sont également présents ?

Nous avons des visites des formateurs d’Oxfam avec leurs jeunes en formation, des asbl avec un thème proche ou éloigné de la thématique du musée, ainsi que des adultes de manière isolée.

La visite du musée débute par une salle introductive dans le hall d’accueil expliquant la définition du capitalisme et ses origines. Des panneaux explicatifs détaillent chaque terme de cette définition et toutes les questions que pose cette définition. Des citations de Gide, Jaurès, Coluche jalonnent le sol et offrent des pistes de réflexion supplémentaires. Les origines du capitalisme, les différentes écoles, les relations avec d’autres idéologies permettent de poser les notions de bases. La salle se termine par un jeu sur les profits, les ressources naturelles et la gestion du marché, où le visiteur doit créer sa société. Une grille d’analyse permet ensuite de comparer le type de capitalisme créé avec des exemples concrets de sociétés où il est d’application.

La deuxième salle du musée porte sur les espoirs. On y présente le contexte social de l’enrichissement favorisé par la révolution industrielle et les luttes sociales. L’enrichissement pour tous amène à cet espoir. Le film Les portes de l’abondance de 1953 (USA) explique les progrès de l’industrialisation et l’amélioration des conditions de vie. Il sonne quelque peu comme une propagande capitaliste : « Il n’y a pas de limite à l’aisance de vie que l’on veut obtenir. […] ….pour un monde de liberté, de sécurité et de paix ! ».

L’amélioration des conditions socio-économique est abordée au travers de l’évolution de l’alimentation, de la médecine, du travail et du rêve américain. Quatre casques relatent des extraits littéraires tels qu’Oliver Twist où la main d’œuvre est vendue comme des marchandises, un texte de George Simenon sur les mineurs grévistes ou encore le témoignage d’un employé de multinationale. Le rêve américain est quant à lui présenté à travers le destin de 4 personnes ayant atteint leurs objectifs : Bill Gates, Elio di Rupo, Jean-Claude Van Damme ou encore Barack Obama. Le monde devient un grand village.

La troisième salle présente les limites du système capitaliste. Des panneaux explicatifs parlent des abeilles et des pesticides, de la ploutocratie (le pouvoir par l’argent), de la pensée dominante ou encore de la liberté d’expression. Un panneau « Et moi dans tout ça ? » induit une réflexion chez le visiteur qui se poursuit avec un quizz « Jusqu’où es-tu capitalisme ? ». On s’attarde également sur la répartition des bénéfices pour un litre de lait produit et sur les exploitations et les inégalités selon le continent. Le visiteur est ensuite invité à penser à un moment heureux et à déterminer quel aspect rendait ce moment heureux (sensation, relation, achat, action, victoire, …). Un bureau de banque nous reçoit avant de sortir de la pièce pour nous proposer d’investir notre épargne dans des entreprises florissantes et en pleine expansion : groupes pétroliers, fabrications d’armes ou encore usines agro-chimiques. Le thème du gaspillage et des déchets est également abordés, en mettant l’accent sur les catastrophes naturelles et les changements climatiques découlant de notre mode de vie. Le film Le syndrome du Titanic de N. Hulot et J.-A. Lièvre sorti en 2009 présente l’opposition du virtuel face au réel, du superflu des uns sans limites, alors que l’essentiel des autres n’est pas satisfait.

Le petit couleur menant à la quatrième salle nommée Alternatives est recouvert d’exemples d’individualisations inutiles et commerciales. Les alternatives proposées permettent d’élargir nos horizons et de trouver des solutions aux limites présentées juste avant. Chaque alternative permet d’atténuer une limite du capitalisme, afin d’amorcer une transition et un mode de vie différent.

Nullement moralisateur, le musée décrit et présente concrètement des faits. Le visiteur est libre d’y retirer l’information qui le concerne plus et d’y dégager ses propres pistes de réflexion. La visite reste en tout cas très enrichissante et le travail fourni pour la création de ce musée offre un résultat très professionnel.

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Déborah Lo Mauro
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