Mauvaises graines de Michèle Rosaux

Mauvaises graines

auteur : Michèle Rosaux 
édition : Reines-Beaux 
sortie : décembre 2014 
genre : récits

Dans un orphelinat des Ardennes, à Bertrix, Johnny et Dédé voient jour après jour les maîtres des lieux commettre des sévices sexuels sur les enfants qu’ils sont censés protéger. Rompus à ces mauvais traitements, le chacun pour soi est maître mot. Mais le jour où arrive Louis, un nouveau pensionnaire, Johnny se surprend à prendre sa défense pour finalement se rendre compte qu’il pourrait bien ressentir des sentiments jusqu’alors inconnus pour le jeune homme.

Deuxième roman de Michèle Rosaux, Mauvaises graines est pour le moins un livre surprenant. La première partie du roman est la plus intéressante jouant le jeu du grand écart entre le naturalisme à la Zola et le roman à l’eau de rose gay. La fracture entre les deux options se situe dans l’irréconciliabilité entre l’histoire d’amour entre les deux personnages et leur milieu. Michèle Rosaux plante le décor de manière convaincante. L’ambiance de l’orphelinat et des sévices font froid dans le dos. Malheureusement, ce début prometteur cède la place à un récit mielleux et qui ne dépasse pas les attentes liées au genre.

Michèle Rosaux écule les clichés de la littérature gay : le jeune rebelle bien bâti et insensible s’éprend d’un éphèbe aux boucles blondes et finit par s’avouer son amour pour lui. Dès le moment où ses sentiments – qu’on comprend très rapidement – se révèlent à lui-même, il devient aussi doux qu’un agneau et nous sert du « mon petit cœur » à longueur de phrases. De la même façon qu’elle débarrasse le personnage de toutes ses caractéristiques, l’auteur abolit les obstacles de manière un peu trop simpliste et ouvre certaines pistes qu’elle ne fermera pas.

La deuxième partie du roman ne tend plus que vers l’assouvissement d’un désir qu’elle a construit tout le long du roman. Néanmoins, elle prouve sa capacité à créer des espaces littéraires. En effet, tous les lieux sont particulièrement bien décrits et, chose pas toujours évidente, existent, prouvant ainsi que si elle s’est laissée enfermer par les prérequis du genre, elle n’en reste pas moins une bonne paysagiste au sens littéraire du terme.

Malgré les clichés utilisés, les empressements de la narration et les défauts de ses personnages, l’auteur arrive, dans son envolée finale, à susciter une autre émotion que le simple assouvissement d’un désir de lecteur, quelque chose de plus noble que l’accomplissement d’une pulsion lubrique. En effet, bien que maladroitement conclu, le roman arrive à transmettre de l’empathie pour son personnage, une trace qui porte à penser que Michèle Rosaux a certainement des choses à nous dire.

Mathieu Pereira
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