Mauvaise Réputation, le grand écart impossible

Mauvaise Réputation

d’Iram Haq

Drame

Avec Maria Mozhdah, Adil Hussain, Ekavali Khanna

Sorti le 6 juin

Pour son deuxième long-métrage, la réalisatrice norvégienne d’origine pakistanaise Iram Haq (I Am Yours) sonde ses racines et livre un film très personnel. A travers le portrait bouleversant d’une adolescente écartelée entre deux cultures, elle nous raconte l’histoire d’un amour impossible entre deux parents et leur enfant.

Nisha est une jeune fille de 15 ans qui mène une double vie. La journée, elle joue la parfaite fille pakistanaise dans sa famille. Le soir, elle fait le mur et sort en discothèque avec son groupe d’amis norvégiens. Mais la situation dérape pour Nisha le jour où son père Mirza découvre son petit ami dans sa chambre. Fou de rage, il agresse violemment les deux jeunes. Alertés par les voisins, les services sociaux prennent en charge Nisha dans un centre durant quelques jours, le temps d’entamer une médiation difficile avec le père. Dans une tentative d’apaisement, la jeune fille s’enfuit du centre pour retrouver sa famille suite à un appel rassurant de sa mère. Mais elle est loin d’imaginer le piège qu’on lui tend : son père la kidnappe et l’envoie au Pakistan dans l’intention de la marier.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Mauvaise Réputation n’est pas un film à charge. La réalisatrice a attendu d’être prête avant de revisiter son propre parcours. Elle souhaitait y apporter les nuances nécessaires pour ne pas retrouver d’un côté une adolescente victime et de l’autre, des parents coupables. Construit en trois actes, le film tend à montrer la difficulté pour une jeune femme de vivre en Occident tout en étant baignée dans une culture patriarcale avec des traditions bien enracinées. Iram Haq revient sur le contrôle social des pairs pakistanais en Norvège, la famille qui tombe en disgrâce, le mariage à organiser pour retrouver l’estime de la communauté… Il est clair que la communication est difficile entre les parents et leur fille car la honte et le déshonneur sont plus forts que tout. Leur désarroi sonne même comme une fin de non-recevoir et resserre l’étau autour de Nisha. Elle doit se racheter à tout prix ; le bien-être de sa famille en dépend.

Arrivée à Islamabad chez une tante coriace qui a pour mission de la tenir à l’œil et de lui apprendre la soumission silencieuse et les règles de bienséance, Nisha ne tombe pas pour autant dans un coma affectif. Entourée de cousins bienveillants, elle découvre sa culture d’origine et apprécie les charmes de la ville, notamment du cerf-volant. Mais un nouveau drame se pointe lorsqu’elle se rapproche du fils de sa tante. On n’oubliera pas de sitôt une scène particulièrement choquante avec l’intervention de la police dans les ruelles d’Islamabad. Ce passage glaçant pourrait nous laisser croire que Nisha est arrivée à un point de non-retour, qu’elle va devoir vivre sa vie plus qu’en pointillé, dans l’effacement complet. Mais la tension ne fléchit jamais et jusqu’à la fin, le scénario réserve encore des surprises. Dans le troisième acte, le final offre un bel effet de miroir inversé en lien avec le début de l’histoire.

Le film doit beaucoup à la performance saisissante de ses deux acteurs principaux, Maria Mozhdah et Adil Hussain, qui réussissent à établir un lien complexe à l’écran. Leurs expressions faciales, leurs regards en disent long sur leurs souffrances. On regrette, par contre, un manque de complexité des personnages féminins du côté des seconds rôles. La mère et la tante sont présentées comme des harpies, des gardiennes de l’ordre patriarcal sans la moindre compassion pour le sort de Nisha. Elles donnent même l’impression d’intégrer et de porter les valeurs traditionnelles à un plus haut point que les hommes !

Malgré quelques longueurs, Mauvaise Réputation est un film fort et touchant qui réussit à saisir, sur fond d’identités croisées, toute la difficulté du respect de l’altérité.

Marie-Laure Soetaert
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Journaliste du Suricate Magazine