« Ma Fille » ou la quête d’un père à travers la nuit parisienne

Ma Fille

de Naidra Ayadi

Thriller

Avec Roschdy Zem et Natacha Krief

Sorti le 12 septembre 2018

Où est Leila ? C’est la question que se pose Hakim, son père, et Nedjma, sa sœur de quatorze ans. Leila a tout juste la vingtaine. Elle est censée faire des études de coiffure à Paris. Elle a grandi dans le Jura, qu’Hakim et sa femme ont rejoint dans les années 1990 pour fuir les violences en Algérie. Le couple travaille dur pour offrir une meilleure vie à leurs deux filles. Lorsque la veille du réveillon de Noël, Leila envoie un SMS pour annoncer qu’elle ne viendra pas, ses parents s’inquiètent et Hakim décide d’aller chercher lui-même sa fille dans la capitale, accompagnée de sa benjamine.

Ce « voyage surprise » commencé dans l’enthousiasme vire toutefois rapidement au cauchemar. Leila est introuvable. Hakim découvre que sa fille aînée a abandonné ses études pour travailler dans le milieu de la nuit. Un choc pour ce père qui pensait connaître ses enfants, et le début d’une remise en question douloureuse.

Pour son premier long métrage comme réalisatrice, l’actrice Naidra Ayadi s’est inspiré du roman Le Voyage du père de Bernard Clavel (1965). Elle prend toutefois de nombreuses libertés avec le texte en transposant l’intrigue du Lyon des années 1950 dans le Paris d’aujourd’hui, et surtout en faisant des parents des immigrés algériens. À la difficulté de communiquer entre générations, entre parents et enfants, s’ajoutent les différences culturelles entre la campagne et la ville, la tradition et la modernité, l’Algérie et la France…

Drame familial filmé comme un thriller, Ma Fille comprend plusieurs scènes fortes en émotions. Ainsi celle où Hakim se regarde dans le miroir et serre les poings de rage alors qu’il a traversé un club échangiste à la recherche de sa fille, craignant de la surprendre dénudée en plein acte sexuel. Roschdy Zem est très attachant dans le rôle de ce père aimant mais maladroit, déterminé à tout faire pour protéger sa famille. La caméra le suit pas à pas dans ses recherches désespérées pour retrouver Leila, contribuant à renforcer l’effet d’empathie et d’identification du spectateur.

La jeune Nedjma, incarnée par Natacha Krief, apporte une touche d’optimisme et de légèreté à ce film plutôt sombre. Enthousiasmée par la découverte de Paris, elle veut agir comme un trait d’union pour renouer le lien entre sa sœur et ses parents, mais elle aussi est en train de perdre le contact avec sa sœur. Son extraversion et sa joie de vivre contrastent avec les silences et les non-dits des adultes, poussant Hakim à sortir peu à peu de sa réserve pour enfin exprimer ses sentiments.

Malgré quelques scènes cousues de fil blanc, le jeu des acteurs principaux est excellent et le scénario est globalement efficace. Le spectateur est maintenu en haleine jusqu’au dénouement… plutôt réussi. Un bon moment de cinéma et un début derrière la caméra très prometteur pour Ayadi.

Soraya Belghazi
A propos Soraya Belghazi 28 Articles
Journaliste du Suricate Magazine