L’été des noyés de John Burnside : une saison en eaux troubles

auteur : John Burnside
édition : Métailié
sortie : 28 août 2017
genre : Thriller

Au seuil de sa vie d’adulte, Liv vit sur une île reculée du nord de la Norvège avec sa mère, Angelika Rossdal, une peintre célèbre. Ensemble, elles mènent une vie simple, l’une se consacrant à son art, l’autre évitant de penser à son avenir et préférant se promener, feuilleter des livres d’art et épier les locataires de la hytte de Kyrre Opdahl. Ce dernier, intemporellement vieux, a bercé l’enfance de Liv avec d’obscures légendes locales. C’est à elles qu’il recourt pour expliquer la noyade des deux frères Sigfridsson. La huldra, une entité malfaisante qui attire les gens à leur perte sous l’apparence d’une femme magnifique, est-elle vraiment responsable de ces disparitions ?

Le principal protagoniste du roman est l’atmosphère que met en place John Burnside. Contrairement aux polars de gare qui utilisent les pays scandinaves comme décor de fond pour s’offrir un peu d’étrange, ici, le mystère n’est pas feint, il est opaque. Cette ambiance est intrinsèquement liée au lieu reculé qu’est l’île de Kvaløya et aux nuits blanches de l’été arctique propices au dérangement de l’esprit.

L’écriture de Burnside, dont Liv se fait l’interprète dix ans après les événements, est vaporeuse, translucide. L’auteur décrit les choses en disant ce qu’elles ne sont pas, ce qu’elles sont un peu, ce qu’elles pourraient être. Ces descriptions en creux s’inscrivent dans une narration lente, répétitive et qui semble fonctionner en huis-clos.

Contrairement à ce que pourrait laisser penser le résumé, L’été des noyés se situe plus du côté du fantastique tel que défini par Tzvetan Todorov, c’est-à-dire ce qui est entre l’étrange et le merveilleux, plutôt que du côté du roman policier. Une parfaite illustration de cette ambiance est « La maison du pêcheur », un tableau peint en 1906 par Harald Sohlberg. L’artiste comme son œuvre sont d’ailleurs cités à maintes reprises dans le roman.

L’été des noyés demande de s’immerger totalement dans son ambiance énigmatique et de lâcher prise, comme on se laisse égarer sur une barque. Gare au lecteur qui s’accrochera à tout prix à la boussole de la raison et qui cherchera des explications, il sera déçu par ce roman.

Elodie Mertz
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Journaliste du Suricate Magazine