Les Talons aiguille rapprochent les filles du ciel d’Olivier Gay

auteur : Olivier Gray
éditions : Le Masque
date de sortie : octobre 2013
genre : Roman noir

John Fitzgerald, dit Fitz, est un dealer à la petite semaine. Collectionnant les clients dans le monde de la nuit parisienne, son monde, il se voit rapidement confier par son ex une mission qui lui échappe complètement : traquer un serial killer qui coiffe ses victimes de leur vagin mutilé. La petite frappe est vite dépassée par les événements.

Salué par le Prix du Premier Roman du Festival de Beaune, Les Talons aiguille rapprochent les filles du ciel n’arrive ni vraiment à convaincre ni vraiment à surprendre. Malgré une entrée en matière détonante qui promettait un très bon moment dans la plus pure tradition du roman noir et du gore de série B, le récit se perd dans des digressions constantes qui font perdre de vue l’objectif premier de l’histoire. En effet, le roman d’Olivier Gay s’attarde trop longuement sur son personnage principal sans jamais se concentrer pleinement sur l’intrigue. C’est dommage car il tenait un antagoniste prometteur mais malheureusement fort absent.

Le style est encore imprécis et oscille entre quelques moments de littérature bien sentis et une myriade de ratages stylistiques. Le plus grand problème étant la caractérisation des personnages par les dialogues : tous les personnages parlent sur le même ton, une sorte de parler nonchalant fort châtié qui sonne faux où on trouve autant de « putain » que de sujets ,verbes et compléments. Le tout est arrosé d’un humour assez lourd et de références culturelles plus que moyennes.

L’erreur d’Olivier Gay a été de surexploiter la narration à la première personne. Ce qui était à la base une excellente idée – il s’inscrit ainsi dans le genre du film noir – devient vite le talon d’Achille du roman pour la simple et bonne raison que le héros est un espèce de raté dont le point de vue constant sur les événements manque d’intérêt. Il jouait sur le capital sympathie de son personnage mais à force de lui donner trop de place, il l’a rendu agaçant.

En transformant son récit en roman de personnage plutôt qu’en roman noir, l’auteur lui a enlevé ce qui rendait le premier chapitre si intéressant : le jeu jouissif sur le genre. Néanmoins, les quelques moments où le récit marche poussent à penser que les erreurs d’Olivier Gay tiennent plus de la maladresse du débutant que d’une incompétence littéraire. On attend avec curiosité de voir ce qu’Olivier Gay peut faire sans John Fitzgerald.

Mathieu Pereira
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