Le Réserviste au Théâtre de La Vie

De Thomas Depryck, mis en scène de Antoine Laubin, avec Angèle Baux, Baptiste Sornin, Renaud Van Camp

Du 3 au 14 février 2015 à 20h au Théâtre de la Vie

L’emploi se fait rare, c’est un fait. Mais où est-il passé? Où sont les postes intéressants qui ne requièrent pas de qualification particulière? Ne reste-t-il de place dans ce monde que pour les menuisiers, plombiers, éboueurs et autres cuisiniers? C’est ce que notre anti-héros se demande. Un beau jour, un anarchiste lui souffle dans l’antichambre du bureau de l’emploi qu’il existe une réserve, un groupe d’inactifs qui sert à alimenter les besoins d’un régime capitaliste basé sur la terreur.

Il ne fait aucun doute, notre politique en matière d’emploi laisse à désirer. Quand un gouvernement tolère qu’un nombre grandissant de sa population ne trouve pas d’emploi et pire qu’il est normal de trimer comme un esclave pour gagner juste de quoi mettre du pain dans sa soupe, c’est qu’il est temps de se poser des questions.

La compagnie De Facto s’empare de ce problème de société en présentant un personnage, avachi dans son salon comme un légume, abruti de tant de culpabilisation: il est chômeur et la société le lui fait sentir: il est un poids, un parasite. Interprété par trois comédiens, ce monsieur-tout-le-monde refuse de se soumettre au premier job venu, comme le voudrait son conseiller et finalement décide d’accepter qu’il fait partie de cette « réserve ».

Le propos est salutaire et sa forme intelligente. Déléguer l’interprétation de ce personnage à trois comédiens indique qu’il est le symbole de tout un groupe. Il représente la collectivité au chômage et son abrutissement est collectif.

La scénographie inversée place le spectateur sur scène et les comédiens dans la salle comme pour nous forcer à nous regarder nous-même en nous changeant de position. Depuis la scène nous découvrons ce texte, à la fois rythmé, drôle et parfois poétique. Malheureusement, la pièce manque quelque peu de subtilité. Le texte dit trop directement ce qu’il signifie et ne prend pas assez de distance avec son sujet mais est servi par des comédiens engagés à 300% dans leur rôle. Et la mise en scène, même si elle est un peu évidente se révèle vite jouissive grâce à l’énergie du jeu d’acteurs.

Chaque soir un intervenant différent vient donner une conférence au beau milieu de la pièce. La nôtre portait sur la notion de capital emploi et la spécificité de son vocabulaire. Cette intervention, sensée se dérouler dans le téléviseur du personnage ne se fond pas au reste de la pièce et existe comme un appendice étrange dans le flux du texte.

Au final, Le Réserviste est une pièce intelligente, drôle et revendicatrice qui s’attaque à un sujet nécessaire et d’actualité sur un ton léger qui a parfois du mal à intégrer le sérieux de son propos. La pièce reste sans conteste un bon moment de théâtre et nous sert du grain à moudre.

Mathieu Pereira
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