Le jeu, anti-vaudeville au casting soigné

Le jeu
de Fred Cavayé
Comédie dramatique
Avec Bérénice Bejo, Suzanne Clément, Stéphane De Groot, Grégory Gadebois, Vincent Elbaz
Sorti le 17 octobre 2018

Au cours d’un dîner, un groupe d’amis décide de jouer à un jeu dangereux consistant à laisser tous les téléphones portables face visible au centre de la table et à lire ou écouter ensemble tout ce qui y arrivera dans le courant de la soirée. Assez vite, il s’avère que cette idée était loin d’être bonne.

Remake d’un film italien de Paolo Genovese (Perfetti Sconosciuti, 2016), Le Jeu est, comme le suggère son « pitch », un grand huis-clos dérivant assez vite vers le jeu de massacre entre amis. Même s’il ne s’agit pas à strictement parler de l’adaptation d’une pièce, on se trouve clairement ici devant du théâtre filmé, vaguement rehaussé visuellement par des tentatives un peu vaines de rappeler que l’on se trouve malgré tout au cinéma – Fred Cavayé est un habile technicien, à défaut d’être un auteur.

Pourtant, ce Jeu fonctionne assez bien en tant que vaudeville amélioré, d’abord parce que son idée initiale s’avère être un très bon ressort comique et ludique, permettant à des rebondissements a priori téléphonés – il est tout de même beaucoup question d’adultère ou de petits secrets vaguement honteux – de s’enchaîner de manière plus fluide, moins lourdingue. Ensuite, le film doit probablement beaucoup à ses acteurs, plutôt très bons, bien que cantonnés dans des emplois définis, parfois caricaturaux. Mentions spéciales, à ce titre, au toujours excellent Grégory Gadebois, qui a droit à son monologue bien senti, et à Doria Tillier, petite révélation de ce film d’ensemble.

Mais ce qui fait probablement la particularité de ce film, ce qui lui permet réellement de se distinguer du tout-venant des comédies reprenant la configuration du théâtre filmé, c’est qu’il se révèle, in extremis, assez réflexif quant à sa condition de vaudeville bien huilé, en remettant carrément en question, dans un final très déceptif mais assez bien vu, la mécanique de ce type de pièces ou de films. Au final, Le Jeu apparaîtra presque comme un anti-vaudeville, car il porte en lui la négation de ce qu’il semblait fondamentalement être. Cette donnée rend le film bien plus déroutant qu’il n’en a l’air, donc forcément plus intéressant.

Thibaut Grégoire
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Journaliste du Suricate Magazine