Le Chagrin des Ogres au Théâtre national

Conception et mise en scène par Fabrice Murgia et la compagnie Artara avec Victoria Lewuillon, Alizée Gaye et Baptiste Monnoyer au Théâtre national jusqu’au 13 décembre. Crédit photo : Carlos Rego

Après avoir présenté son spectacle Sylvia, aux airs de superproduction, Fabrice Murgia revient avec la reprise de son Chagrin des Ogres, aux allures beaucoup plus intimistes. À la trentaine de comédiens de sa précédente production succèdent ainsi trois acteurs, dans une scénographie apparemment dépouillée.

Sur une scène volontairement réduite et donnant l’impression d’être composée de murs blancs, deux ouvertures carrées semblables à des fenêtres se distinguent, sur le mur du fond. Elles permettent de voir l’intérieur de deux chambres adolescentes: à gauche, celle d’une femme, à droite, celle d’un homme. Une grande partie du Chagrin des Ogres prendra place dans ces petits interstices, créant une ambiance confinée à peine égratignée par les projections murales qui permettent de voir les acteurs en gros plans ou de mieux discerner certains détails. Les deux occupants des chambres semblent ne pas avoir de liens entre eux, hormis la présence d’un troisième personnage. Ce dernier n’est autre qu’une jeune fille qui semble les connaître et fait également office de présentatrice.

À l’image des différents protagonistes, à la fois proches mais parfaitement isolés, Fabrice Murgia manie des éléments qu’on imaginerait opposés et mêle le conte au fait divers, ainsi que la poésie à la violence. S’il peut être difficile dans un premier temps de comprendre où le metteur en scène/dramaturge veut en venir, les différents éléments ne tardent cependant pas à s’assembler au fur et à mesure de l’avancement de la pièce qui gagne ainsi en sens sur la durée. De ce fait, elle jouit également d’un regain de force, jusqu’à un final nihiliste et désabusé d’une belle portée émotionnelle.

Difficile d’en dire plus sans gâcher les multiples surprises à ceux qui découvriraient cette pièce de 2009 pour la première fois. Ajoutons simplement que près de dix ans après sa création Le Chagrin des Ogres n’a rien perdu de sa pertinence et de son impact, dans un univers où sortir de l’enfermement ne veut pas dire être libre pour autant.

Guillaume Limatola
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Journaliste - Responsable BD du Suricate Magazine