L’affaire de la rue de Lourcine aux Martyrs jusqu’au 16 décembre

D’Eugène Labiche, mise en scène de Thibaut Wenger, avec Pedro Cabanas, Bernard Gahide, Marie Luçon, Fabien Magry, Tristan Schotte. Du 29 novembre au 16 décembre 2017 au Théâtre des Martyrs.

Paris, un matin, le bourgeois Lenglumé se réveille avec une méchante gueule de bois. De la soirée de la veille, il ne lui reste qu’un vague souvenir. Dans son lit, quelque chose bouge. Ou plutôt quelqu’un… Un homme. Mistingue. Tout aussi ignorant que lui-même des raisons qui ont poussés les deux inconnus à partager un lit. Qu’à cela ne tienne, les fêtards prennent le petit-déjeuner ensemble afin de faire à nouveau connaissance et de tenter de remettre de l’ordre dans le reliquat des idées qu’ils ont conservé de leur soirée commune. C’était sans compter le journal du jour qui relate un meurtre, la nuit même, commis par deux hommes, et qui fait mention de deux pièces à conviction : un mouchoir marqué des initiales J.M. et un parapluie vert. Deux objets que Lenglumé et Mistingue ont précisément perdu la veille…

Si l’affaire semble plutôt funeste, ne vous y trompez pas, c’est bien d’une comédie qu’il s’agit. L’affaire de la rue de Lourcine est même un vaudeville dans sa forme la plus originelle, teinté d’une humeur déjantée et d’un kitsch assumé.

Le décor donne le ton : écrasant d’excentricité, saturé de couleurs, de formes et de textures. On est dans l’appartement de Lenglumé où le mobilier d’époque rouge trône sur la moquette bleue roi et côtoie la table nappée de vieux rose accompagnée de ses chaises jaunes. Sans compter la toilette de Madame l’épouse de Lenglumé qui est attifée d’un chemisier haut en fleurs et d’un pantalon à froufrous.

A défaut de pouvoir changer de décor (la pièce se déroule en un acte), l’éclairage aussi se farde de couleurs pour accompagner les changements d’humeur : pleins feux rouge sur les moments de folie collective ; contre-jour orangé et fumant qui relate une humeur meurtrière ; latéraux rasants, glauques et verdâtres, pour traduire l’état d’ébriété des protagonistes. C’est tout l’espace qui s’anime à mesure que la raison vacille.

Malgré tous ces stimuli, le cauchemar enivré de la veille s’épaissit, pour Lenglumé et Mistingue certes, mais pour le spectateur un peu aussi : la comédie manque d’originalité pour guider une intrigue peu facétieuse et sevrée de dialogues ciselés. Après la lente mise en route poussive du réveil de Lenglumé, la monotonie s’installe insidieusement en dépit de quelques sursauts musicaux chantés dont sont issus les moments les plus drôles.

Engoncée dans une moquette épaisse et des murs de velours, la pièce vaut avant tout pour la forme, étincelante par moments, plus que pour le fond. En ce sens, si l’on apprécie le théâtre dans sa forme caricaturale, ce spectacle remplit son rôle et offre un moment empreint de rire simple et de la folie du désespoir.

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Katelyne Marion
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Journaliste au Suricate Magazine