La Reine Lear jusqu’au 19 janvier au Théâtre National

De Tom Lanoye, mise en scène de Christophe Sermet, avec Anne Benoît, Philippe Jeusette, Iacopo Bruno, Yannick Renier, Baptiste Sornin, Bogdan Zamfir, Claire Bodson et Raphaëlle Corbisier. Du 8 janvier au 19 janvier 2019 au Théâtre national. Crédit photo : Marc Debelle

Après un Dernier lit intimiste et prenant, Christophe Sermet revient avec La Reine Lear, aux moyens plus conséquents d’une scénographie ambitieuse. Due à la plume de l’écrivain flamand Tom Lanoye, la pièce offre une relecture actualisée du Roi Lear de William Shakespeare.

Premier élément marquant : le souverain de Grande-Bretagne qui donne son titre à l’œuvre originelle laisse ici sa place à la gérante d’un empire financier multinational. Ses filles, sur le même principe d’inversion, se voient devenir des fils.

Bien que simplifiant quelque peu la structure de son modèle matriciel, la version modernisée en garde toutefois l’essentiel, à commencer par son postulat de base : souhaitant quitter son poste de PDG, Elisabeth Lear veut répartir ses biens entre ses trois fils. Pour ce faire, elle leur demande de lui déclarer leur amour de la manière la plus forte et flatteuse possible. Elle ne sait pas encore qu’elle paiera sa vanité au prix fort, son geste allant lui montrer à quel point les liens familiaux peuvent être fragiles.

En transposant son intrigue dans un monde où les complots pour accéder à la succession sont remplacés par des OPA hostiles, La Reine Lear n’en garde ainsi pas moins ses atours de tragédie. Si quelques pointes d’humour caustique font leurs apparitions de part et d’autre, ce n’est souvent que pour mettre en exergue la férocité des luttes que vont mener les personnages, que ce soit entre eux ou contre un système économique instable, menaçant et trop lourdement présent.

Pour mettre en lumière ce monde rongé par les conflits intrinsèques et par un capitalisme jusqu’au-boutiste, la pièce fait la part belle à une scénographie travaillée et impressionnante. Elle se révèle cependant un brin alambiquée, répétitive sur la durée, voire même un peu trop littérale par moments. Pour l’exemple, nous pouvons citer les rideaux argentés, qui font souvent office de fond, et qui se gonflent d’un vent censé représenter une tempête aussi bien atmosphérique que financière. Cet aspect légèrement bancal se retrouve également dans le texte, qui s’embourbe par moments dans une grosseur de trait malvenue pour mieux se révéler parfaitement inspiré à d’autres. Si certaines longueurs sont également à dénombrer, La Reine Lear n’en reste pas moins digne d’intérêt, ne serait-ce que pour la noirceur de son propos et la qualité de son interprétation, qui permet de rendre quelque peu attachants des personnages au demeurant forts désagréables.

Guillaume Limatola
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Journaliste - Responsable BD du Suricate Magazine